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Hervé Renard : les dessous d’un échec au LOSC

Joseph Da Rocha

Publié

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Crédit photo : IconSport

Couronné d’un succès historique face à l’Argentine de Lionel Messi, Hervé Renard reçoit les louanges de nombreux observateurs du football. Son CV ne semble présenter qu’un seul accroc : à Lille lors de la saison 2015-2016. Retour sur un passage difficile de sa carrière.

L’arrivée au cœur d’un nouveau projet

En mai 2015, René Girard refuse de se relancer dans un projet qu’il sait moins ambitieux car beaucoup plus axé sur la jeunesse. Le départ de l’ancien Montpelliérain ne fait pas l’ombre d’un doute, tant les relations avec ses dirigeants se sont tendues depuis plusieurs mois. Dès le mercato d’hiver, le coach des Dogues décide de “boycotter” les recrues Abdoulay Diaby (de retour de prêt) et Sofiane Boufal, qu’il n’avait pas réclamé. La rencontre entre Eric Gerets, évoqué comme une piste pour la relève de Girard, et les dirigeants lillois, en décembre 2014, apparaît comme le point de rupture. Le LOSC va devoir se trouver un nouveau coach.

Le portrait-robot du nouveau coach est établi par le board nordiste : La Voix des Sports révèle qu’en interne, certaines sources évoquent la recherche d’un « Puel de 2015 ». On parle alors d’un certain Jocelyn Gourvennec comme piste potentielle. L’entraîneur breton coache toujours Guingamp avec brio en Ligue 1. Si son profil répond aux attentes des dirigeants lillois, un autre candidat au poste va rapidement se démarquer comme le favori. Ce candidat, c’est Hervé Renard, qui est alors un entraîneur qui a le vent en poupe. Victorieux avec la Zambie à la CAN en 2012 puis avec la Côte d’Ivoire trois ans plus tard, le natif d’Aix-les-Bains reste également sur une expérience prometteuse en Ligue 1 à Sochaux. Bien que relégués à la fin de la saison, les Lionceaux s’étaient battus jusqu’au bout pour leur maintien, réalisant une deuxième partie de saison de qualité (sixième de Ligue 1 sur la phase retour avec 29 points pris). Jean-Michel Vandamme, promu directeur général adjoint du club nordiste, jette son dévolu sur Hervé Renard, intéressé par le projet lillois, et paraphe un contrat de trois ans le 25 mai 2015.

Un mercato difficile

L’objectif des dirigeants est simple : voir du jeu, ce qui n’était plus tellement le cas depuis deux ans, lancer des jeunes et monter une équipe sur trois saisons pour retrouver les sommets. Il faut aussi redorer une image et une relation avec les supporters en partie écornées les saisons précédentes. La rupture avec le jeu pragmatique et la communication particulière de René Girard ont aussi orienté le choix des dirigeants lillois vers un Hervé Renard au style beaucoup plus policé, avec sourire “Colgate” et classe à la française au menu.

Le nouveau projet lillois s’amorce à peine que le mercato s’annonce comme l’un des plus mouvementés qu’ait connu le club ces dernières années. Les meilleurs joueurs de l’effectif, Idrissa Gueye, Simon Kjaer ou encore Nolan Roux en tête quittent le club pour renflouer les caisses. La jeune pépite Adama Traoré, à peine sacré meilleur joueur du Mondial des moins de 20 ans, s’envole pour Monaco. Du côté des arrivées, les rumeurs vont bon train quant à une arrivée de Jordan Ayew, réclamé par Hervé Renard, l’ayant croisé et relancé à Sochaux en 2014. Mais le prix demandé par Loïc Féry, le président de Lorient, et les relations tendues entre les deux directions empêchent le transfert.

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Le LOSC mise avant tout sur des jeunes joueurs à fort potentiel. Hervé Renard participe à la venue de Mike Maignan, troisième gardien du PSG, mais aussi de Yaw Yeboah, Junior Tallo ou encore Stoppila Sunzu. L’attaque est renforcée par l’arrivée de jeunes joueurs inexpérimentés comme Baptiste Guillaume, Sehrou Guirassy, encadrés par des cadres comme Mounir Obbadi, Eric Bauthéac ou encore Renato Civelli. Le club nordiste met également à l’essai le jeune zambien Patson Daka, aujourd’hui à Leicester en Premier League, tandis que Wilfried Kanon est recalé à la visite médicale. Tout ne se passe donc pas comme prévu, Daka repartant quelques mois plus tard après le départ du technicien, tandis que le club losciste ne se positionne pas sur Moussa Dembélé, alors jeune attaquant de Fulham, ni sur Virgil Van Dijk, évoqué comme une potentielle cible de la cellule lilloise.

Le LOSC finit par accélérer en toute fin de mercato en recrutant Lenny Nangis et Yassine Benzia. Plusieurs jeunes joueurs intègrent l’équipe professionnelle de manière permanente. Parmi eux, Benjamin Pavard, Jean Butez, Adama Soumaoro et dans une moindre mesure Alexis Araujo, Nolan Mbemba et Youssouf Koné postulent à une place dans le groupe lillois. L’effectif est très jeune et est encadré par des cadres qui rentrent dans leurs dernières années au plus haut niveau (Balmont, Mavuba, Enyeama, Basa).

Des résultats mitigés et des déclarations qui passent mal

La préparation lilloise est encourageante, mais le calendrier des Dogues, bien que privé de coupe d’Europe, n’en reste pas moins très difficile. Sur les cinq premières journées du championnat, le LOSC défie le PSG, l’OL, Monaco et Bordeaux. Rien que ça. Seulement défait contre le PSG, les hommes d’Hervé Renard s’en sortent bien. On remarque toutefois très vite que l’animation offensive souffre. Seuls le côté gauche et le duo Sidibé-Boufal semblent aptes à amener le danger. Les attaquants lillois restent muets. Le LOSC ne joue pas bien et commence même à concéder des défaites évitables face à Reims (1-0) et Nantes (1-0).

Surtout, la communication d’Hervé Renard, pourtant perçue comme l’un des points forts de l’entraîneur lillois, agace Michel Seydoux. Le fameux « Lille est un tremplin. (…). Je n’aurais pas peur d’entraîner l’OM si jamais on me le proposait un jour. Au contraire. C’est une magnifique opportunité dans une carrière », juste avant d’affronter Marseille en Ligue 1 (défaite 1-2), passe très mal auprès de la direction nordiste. L’Équipe affirme à l’époque que le président du LOSC mûrit sa réflexion et laisse trois matchs au coach pour redresser la barre. Une pression qui provoque l’incompréhension d’Hervé Renard. « C’est chaud. Il (le président) n’est pas content des résultats » lance-t-il à Patrice Beaumelle après ce nouvel échec face aux Phocéens.

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Le projet n’en est pourtant qu’à ses balbutiements, et si le LOSC figure parmi les deux pires attaques de Ligue 1, il n’en reste pas moins l’une des meilleures défenses. La 13ème journée face à Bastia est symbolique d’un début de saison poussif. Les joueurs d’Hervé Renard semblent perdus, et malgré un nul arraché dans les dernières minutes par Djibril Sidibé (qui se jettera dans les bras de son entraîneur après l’égalisation), le stade siffle ses joueurs. On est bien loin de l’optimisme provoqué par l’annonce du nouveau projet, et Hervé Renard indique après la rencontre à la presse qu’il « n’a pas de solutions ». Michel Seydoux, furieux par la nouvelle sortie hasardeuse de son entraîneur, a pris sa décision.

Un éternel goût d’inachevé

Pour la première fois depuis son arrivée au club en 2002, Michel Seydoux appuie sur le bouton rouge et décide de se séparer de son coach après 13 journées de championnat. Jusqu’alors, le président du LOSC a toujours favorisé la continuité, quitte à s’opposer à Xavier Thuilot en 2009 ou aux supporters réclamant la démission des coachs en place. L’Équipe révèle que, cette fois-ci, c’est bien Michel Seydoux qui a pris cette décision. Contre l’avis de ses collaborateurs et sans l’approbation des joueurs, qu’il n’a pas consulté et qui soutenaient encore, pour la majorité, Hervé Renard. Certains, comme Florent Balmont, apporteront publiquement leur soutien à leur désormais ex-coach. Après 13 journées, le bilan comptable n’est pas bon : le LOSC n’a obtenu que 13 points et reste englué proche de la zone rouge. Toutefois, René Girard (en 2014-2015), Rudi Garcia (en 2009-2010) ou encore Claude Puel (en 2002-2003 et en 2003-2004) ont chacun connu des débuts de saison très difficiles, sans connaître pareil destin.

On notera tout de même que le jeu lillois ne montrait aucun signe d’amélioration. Mais une question demeure aujourd’hui : cet effectif pouvait-il vraiment faire mieux ? L’arrivée de Frédéric Antonetti permettra certes à l’équipe lilloise de se redresser en deuxième partie de saison. Mais il aura fallu un mercato bien senti avec les arrivées de joueurs d’expérience, Eder et Morgan Amalfitano en tête, pour redresser l’équipe. Avant la clôture du mercato, en 10 matchs, le ratio de Frédéric Antonetti s’élève à 1,3 point par match, contre 1 point par match pour Hervé Renard.

Cette décision, qui pouvait sembler quelque peu précipitée, apparaît comme un véritable revirement dans le projet Seydoux. Après avoir connu quatre entraîneurs en quinze ans, le LOSC connaîtra six entraîneurs en deux ans par la suite. Pendant quatre saisons de suite, le club lillois connaîtra des débuts de championnat décevants, comptabilisant constamment moins de 16 points après 13 journées. Le résultat sera, entre 2014 et 2017, toujours le même, avec des effectifs trop jeunes, ou au contraire, trop vieux, marqués également par des divisions en interne. Peu importe les directions, les joueurs ou les entraîneurs. Et si le problème avait été ailleurs ?

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