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Interview

Exclu : Alain Fiard raconte son histoire et revient sur son passage au LOSC

Emile Simon

Publié

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Crédit photo : LOSC Médias

Tout supporter du LOSC dans les années 90, se souvient forcément d’Alain Fiard. Milieu récupérateur des Dogues de 1987 à 1993. Du haut de son mètre soixante-cinq, l’attachant milieu ne rechignait pas à l’effort, et porta le brassard sous Jacques Santini, avant de prendre sa retraite en 1993.

En exclusivité pour Le Petit Lillois, il revient sur sa longue carrière en D1 (437 matchs), et sur un demi-siècle passé dans le monde du football.

Les débuts dans le football

Bonjour Alain, on raconte, que c’est grâce à une petite annonce de presse, que vous intégrez l’INF Vichy, sur concours.

C’est exact, à la fin des années 70, je jouais dans le club amateur du Postillon Olympique Longjumellois (Essonne). À l’époque, même les clubs professionnels, n’avaient pas tous leur propre centre de formation. Monsieur Bey, le président me conseille de répondre à l’annonce, puis je passe une à une les détections. D’abord régionales, puis nationales. Je me retrouve à l’INF Vichy, équivalent de Clairefontaine aujourd’hui.

Combien de temps passez-vous là-bas ?

J’y reste trois ans. Notre génération était entraînée par le Nordiste Pierre Michelin, futur éducateur au LOSC. La première saison, nous avions remporté le titre de DHR, la deuxième, nous gagnons la Gambardella contre le PSG, tout en étant champions de DH. Et la dernière année, nous sommes champions de CFA, la D3 de l’époque.

C’était sûrement la première fois qu’un centre de formation était titré à ce niveau. Forcément, cela a permis à certains d’entre nous de signer dans de bons clubs français. Alain Couriol, futur international français avait choisi l’AS Monaco. Jean-Pierre Mottet, ou Patrice Rey avaient signé à Lille ! Pour moi, ce sera le SC Bastia.

En Corse, vous gagnez la coupe de France 1981. Puis goûtez à l’Europe en Coupe des coupes la saison suivante.

Je n’étais pas le premier joueur de l’INF Vichy à signer pour le Sporting. Plusieurs précédents s’étaient bien passés, notamment Paul Marchioni, Simeï Ihily ou Bruno Mignot (le père de Jean-Pascal, défenseur auxerrois de 2003 à 2011, NDLR). Le coach Redin me fait rapidement confiance, et je suis titulaire dans cette belle équipe du SEC, avec le célèbre Roger Milla en pointe. C’est vrai que je gagne ce titre à même pas 23 ans, et que ce sera mon seul trophée en tant que joueur pro. (Joël Henry ou Félix Lacuesta, passés par le LOSC, sont aussi titulaires lors de cette finale de 1981, NDLR).

L’année suivante, je découvre l’Europe et on se hisse jusqu’en huitièmes de Coupe des Coupes, éliminés contre les tenants du titre de Dinamo Tbilissi. On a aussi galéré pour se maintenir. Donc, avant mes 25 ans, j’avais déjà connu les joies d’une finale, et les difficultés de jouer le bas du tableau. Ça forge le caractère.

En 1984, vous rejoignez l’AJ Auxerre, l’emblématique Guy Roux est déjà à la tête de l’équipe depuis vingt ans.

Monsieur Roux oui… Un véritable personnage. Je n’ai jamais vu quelqu’un qui croyait en ce qu’il faisait, plus que lui. Avoir amené le club d’Auxerre de la DHR à la Champions League… vous vous rendez compte. L’AJA c’est lui.

Justement, en parlant d’ascension du club, à votre arrivée, vous participez aux deux premières campagnes européennes du club icaunais.

Oui, en 1984-1985, nous sommes éliminés contre le Sporting Lisbonne aux prolongations. Et l’année suivante, on sort contre le Milan AC, malgré une victoire 3-1 à l’aller. D’ailleurs, j’ai une anecdote à propos de ce match.

Nous sommes menés 1-0 jusqu’à la fin de la première mi-temps. Et c’est grâce au public qu’on se surpasse pour en mettre trois à la défense du Milan, dans laquelle jouaient déjà Franco Baresi et Paolo Maldini. À la fin du match, les tribunes de l’abbé Deschamps nous réclament un tour d’honneur, alors on s’exécute. Et bien, vous n’imaginez pas la soufflante qu’on s’est prise dans les vestiaires, par Guy Roux. Même si nous savions tous qu’il y avait un match retour, nous pensions avoir mérité de profiter quelques instants de l’euphorie. Mais Guy Roux était très dur, très exigeant.

Vous avez d’autres anecdotes sur lui ?

Nous sommes toujours en contact. J’ai d’ailleurs été lui rendre visite le mois dernier. J’en ai profité pour lui faire dédicacer quelques livres, pour des connaissances. Et là encore, il me dit : « Attention Alain, avec les compliments ».

En tant qu’entraîneur, il avait peur que les joueurs se relâchent, il focalisait toujours sur les points de progrès. D’ailleurs, c’est souvent après leur départ, que les joueurs devenaient reconnaissant envers son travail, tant il savait être dur au quotidien. À l’inverse, en dehors du football, il faisait tout pour arranger les gens, trouver des logements, organiser des déplacements pour la famille…

Le passage au LOSC (1987-1993)

Vous arrivez donc libre d’Auxerre à l’intersaison 1987 ?

Auxerre termine quatrième, à deux points du vice-champion de France marseillais. Avec cette nouvelle qualification européenne en poche, Guy Roux me propose de rester. Mais j’avais donné ma parole à Charly Samoy, le directeur sportif du LOSC. Même si Lille venait de terminer quatorzième en championnat, je sentais qu’il ne fallait pas grand-chose pour qu’un déclic ait lieu. Je n’ai aucun regret d’avoir changé d’air.

Après Guy Roux, vous découvrez les méthodes Heylens et Santini dans le Nord…

Oui, d’abord le Belge Georges Heylens qui mettait beaucoup de rigueur dans son travail. Puis Jacques Santini, que j’apprécie énormément, et avec lequel je garde contact. Il m’avait désigné capitaine lors de son mandat. Lors de ma dernière saison en Dogue, c’est Bruno Metsu puis le polonais Henryk Kasperczak qui dirigeaient l’équipe, mais mon corps donnait quelques signes de faiblesse. Il était temps de raccrocher.

… ainsi qu’un tas de futurs coachs : Rudi Garcia, Christophe Galtier, David Guion

Oui, je me suis déjà fait la réflexion. J’ai joué avec les « 3G ». Garcia, Galtier, Guion, qui sont devenus de très bons entraîneurs. Les deux premiers ayant d’ailleurs permis au LOSC d’être champion. Le plus impressionnant, c’est que même leurs adjoints jouaient avec nous sur la période (Claude Fichaux pour Rudi Garcia et Thierry Oleksiak pour Christophe Galtier).

Après les matchs à domicile, il nous arrivait souvent de nous retrouver dans une pizzeria lilloise, “la Tramontane”. Nous étions nombreux. Gagné ou perdu, nous refaisions le match. Peut-être que leur reconversion vient de là (rires).

« Les gens du Nord étaient fidèles à leur réputation »

Même si tout n’était pas toujours rose en coulisse, avec quatre présidents différents entre 1989 et 1993. Vous terminez tout de même deux fois dans le TOP 10 (8e en 1988/89 et 6e en 1990/91), juste avant la période qu’on qualifiera de « vaches maigres ».

Ah, cette fameuse sixième place ! Franchement, je m’en veux encore, car nous manquons une qualification en UEFA Cup, pour deux points seulement. Dans le sprint final, on reçoit Lyon et l’arbitre siffle à la 84e, en me sanctionnant d’une faute inexistante sur Ali Bouafia. Rémy Garde égalise à 1-1, ce qui permettra à Lyon d’être devant nous, quelques semaines plus tard. C’est d’autant plus dommage, que je pense qu’une qualification aurait pu être un déclic pour le LOSC. Le club avait presque cinquante ans, mais on parlait encore beaucoup de la période glorieuse des années 40’ et 50’… Depuis tout ce temps, la ville et les supporters attendaient un sursaut. Finalement, il n’arrivera qu’avec Vahid Hallilhodzic, dix ans plus tard.

Vous parlez d’une bonne ambiance dans le vestiaire. C’est ce qui a permis ces deux belles saisons ?

Déjà nous avions pas mal de bons joueurs : Bernard Lama puis Jean-Claude Nadon dans les buts, François Brisson, le duo belge Desmet/Vanderbergh, Jocelyn Angloma, Eric Assadourian, les danois… Et Abedi Pelé forcément (entre 1988 et 1990 NDLR). Surement le joueur le plus talentueux, avec lequel j’ai pu jouer. Comme Roger Milla ou Eric Cantona, c’était un joueur de classe, mais il avait ce côté diablotin insaisissable, en plus.

En dehors du terrain, l’ambiance était très bonne. À la fois avec les joueurs, mais aussi avec les gens du Nord, qui étaient fidèles à leur réputation. Dès le début, je me suis senti chez moi. Pour illustrer mes propos, une fois, je rentrais du stade, et une voiture m’a suivi sur quasiment tout le trajet. Je me suis rendu compte que c’étaient des supporters qui habitaient à proximité de chez moi. À la longue, nous avions sympathisé. Avec mon épouse, nous dînions régulièrement chez Thérèse et Francis. Des gens adorables. On jouait aux javelots dans un café (jeu traditionnel sur cible NDLR). Ce sont devenus de vrais amis, Francis est d’ailleurs le parrain de ma fille.

Ça doit être un peu plus difficile maintenant, avec la surmédiatisation des joueurs, et le fait que ces derniers ne restent plus si longtemps dans le même club. Mais ces moments de simplicité, c’est ce que je retiens du Nord. Autre anecdote, j’ai aussi gagné deux « trophées des carottes ». C’était une sorte de classement relatif au fair-play, organisé par un groupe de supporters, et ça faisait l’objet d’une remise dans un bar de la ville.

L’après carrière 

À 35 ans, vous mettez un terme à votre carrière. Avec 437 matchs, vous faites partie du TOP 60 des joueurs les plus capés en D1/L1. À titre de comparaison, c’est plus qu’un Rio Mavuba (426), qui évoluait au même poste, et a passé la majeure partie de sa carrière en France.

J’ai eu la chance de démarrer assez tôt comme titulaire. En toute humilité, c’est également le fruit d’une bonne hygiène de vie durant quinze ans de carrière. Les cuites en pleine saison, très peu pour moi. Pourtant, je savais m’amuser une fois la saison terminée. Je me souviens d’ailleurs d’afters mémorables avec Claude Fichaux (rires).

Une fois les crampons raccrochés, vous reprenez un tabac/presse à Avignon ?

J’étais écœuré par le monde du football. Il y avait l’affaire OM/VA, l’arrêt Bosman pointait le bout de son nez. En tant qu’ancien Bastiais, j’étais très touché aussi par la catastrophe de Furiani. Donc j’ai décidé de quitter complétement le ballon rond. Mais c’était une erreur de ma part. Finalement, le football n’était que le reflet de la société.

Guy Roux vous rouvre les portes de l’AJA, notamment au sein du centre de formation à l’AJ Auxerre.

Tout à fait. Je reviens à l’AJA. On me confie d’abord l’équipe des moins de 17 ans. La première année, la génération est exceptionnelle avec Mexès, Cissé, Mathis, Mignot. On élimine le LOSC de Delpierre et Cheyrou en demi de Gambardella avant de remporter la compétition. La saison suivante, il y avait objectivement moins de talent, mais nous remportons de nouveau le trophée au Stade de France… encore une fois au détriment du LOSC de Jean-Noel Dusé, que je connaissais.

Ensuite Guy Roux m’a promu en tant qu’adjoint de l’équipe première. J’ai vite était propulsé dans le grand bain, en raison de son opération cardiaque en novembre 2001. J’ai assuré l’intérim pendant deux mois en D1. Comme je connaissais plusieurs garçons de nos épopées en Gambard’, nous avons réussi à maintenir la cadence. Auxerre termine sur le podium cette saison-là.

Photo : IconSport

Après un come-back à Auxerre, un come-back à Lille en 2005 ?

Après ma belle expérience en Bourgogne, mon ancien coéquipier lillois, Jean-Luc Buisine me propose d’intégrer la cellule de recrutement du LOSC. Je n’avais pas prévu de prendre ce chemin, mais le fait de pouvoir retrouver le Nord, les amis que j’y ai gardé, et d’ajouter une corde à mon arc, m’avait convaincu. Là-bas, je découvre un club qui a bien grandi. Vice-champion de France en titre, qualifié pour la Champions League…

Qui composait la cellule avec vous ? Et quel était précisément votre rôle ?

Même s’il participait encore aux entraînements, où il mettait d’ailleurs bien le pied ; Claude Puel avait un poste équivalent à manager sportif, au sein du club. C’est lui qui demandait à la cellule de Jean-Luc (Buisine) de plancher sur des profils particuliers.

Une base de données avait été élaborée et Jean-Luc répartissait ensuite les matchs à superviser. Je me souviens que Patrick Collot et Thierry Bonalair faisaient partie de l’équipe de scouts. De mon côté, je m’occupais surtout des matchs en Belgique ou aux Pays-Bas. Nous avions aussi pas mal observé les Messins : Youla, Obraniak et Béria, avant leurs signatures. En parallèle, nous devions parfois superviser les futurs adversaires.

Je suis resté dans ce poste jusqu’en 2008. Sur la période, le club a fait quelques investissements importants pour l’époque : Bastos, Keita ou Lichtsteiner par exemple, arrivés pour des indemnités de plusieurs millions… mais qui furent de gros coups, à la fois sportifs et financiers. Je reste encore deux ans dans la région, en tant que recruteur pour Valenciennes. Puis Auxerre me rappelle pour prendre les rênes de l’équipe réserve, tout en étant adjoint de Laurent Fournier en L1.

Décidément, vous êtes un fidèle ?

C’est vrai que j’ai tourné sur peu de clubs. Pour le coup, Guy Roux n’était plus entraîneur, mais désormais membre du conseil d’administration. Malheureusement, en cette saison 2011-2012, ça ne tourne pas bien. Le club venait de perdre quelques joueurs importants, dont Pedretti et Jelen qui étaient arrivés à Lille. L’entraîneur Laurent Fournier est remercié en mars, et Jean-Guy Wallemme n’arrive pas à redresser la barre. Depuis le club n’est plus remonté.

Fidèle aussi à vos origines, puisqu’après des touches avec la sélection du Vietnam en 2011, vous devenez entraîneur de Hô Chi Minh Ville en 2017. De par vos origines, on vous surnommait « le chinois », vous appréciez ce sobriquet ?

Ce surnom, date de mon époque à Auxerre. C’est Basile Boli qui a commencé, et encore aujourd’hui lorsque l’on se souhaite nos vœux, il me nomme « le chinois ». Je suis né à Phnom-Penh, au Cambodge. Mon père qui était dans le domaine équestre, s’occupait des chevaux du prince Sihanouk. C’est là-bas qu’il a rencontré ma maman, qui a aussi des origines indiennes et vietnamiennes. Donc vous voyez un peu ce métissage asiatique. Ce surnom ne m’a jamais déplu, ni choqué. Si je n’ai jamais pensé à défendre les couleurs du Cambodge (171e nation FIFA en 2021), j’ai effectué quelques missions en Asie après ma reconversion. D’abord entraîneur de l’équipe d’Hô Chi Minh au Vietnam (2017 à 2018), puis directeur de l’académie de Bengbu en Chine (2018 à 2019), pour le compte de l’AJA.

Justement, cette académie Bengbu, ça marche ? Car le LOSC a tenté un partenariat similaire avec des écoles à Suzhou, mais ça ne semble pas prendre.

Bengbu, j’y suis resté 18 mois. Il y avait moyen de faire quelque chose, mais faire changer les mentalités prendra du temps. L’ambition était de pouvoir détecter les meilleurs joueurs locaux pour intégrer à terme le groupe élite de l’AJA. Mais sur place, les enjeux financiers sont différents. Malgré tout l’argent investi, le football chinois stagne. Ils font davantage confiance à une logique de « masse », qu’à une logique « élitiste ».

En l’occurrence, j’avais l’impression que le partenariat avec Auxerre, servait davantage à récompenser les élèves inscrits à l’académie, par un voyage annuel vers un club européen. Il n’y a pas vraiment de sélection ; tant que le joueur paie la somme importante pour s’inscrire, il peut intégrer l’académie. De ce fait, on se retrouve à 400 joueurs sur des plaines immenses de terrains. C’est compliqué. Pourtant, certains ont un niveau intéressant.

La suite 

Quelle est votre occupation actuelle, à 63 ans ?

Je suis coach de l’Is-Selongey en National 3, dans le secteur de Dijon. Je commence à avoir des douleurs « de vieux », il faut accepter de vieillir. Je suis en parallèle sur un projet de biographie, qui retrace mes 45 ans de football. J’ai déjà rédigé toute la partie sur mon histoire de joueur, je dois désormais entamer la partie entraîneur. J’ai énormément de chose à raconter, notamment sur les à-côtés, sur le rôle de mon épouse… J’ai cet objectif de laisser une trace de mon passage.

Ensuite, pourquoi pas retourner vivre un moment en Asie, mon épouse et moi avons apprécié la qualité de vie sur place, lors de mes expériences au Viet Nam et en Chine.

Encore merci Alain, et on attend votre livre avec impatience !

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