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20 ans plus tard, le LOSC a-t-il définitivement oublié son maillot blanc ?

Emile Simon

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Crédit photo : IconSport

Cette saison, le LOSC n’a pas utilisé de maillot blanc en Champions League, ni à domicile, ni à l’extérieur. Si personne ne l’a remarqué, c’est parce que le temps a fait son effet. Retour sur un changement d’identité, opéré il y a plus de vingt ans.

Un maillot = une identité

Certains clubs sont facilement assimilables à la couleur de leur maillot domicile. Quand on parle des Verts, on pense à Saint-Etienne, idem pour les Blues de Chelsea, ou pour les Nerazzuri de l’Inter Milan… Le constat est le même avec certaines sélections. Évidemment les Bleus, la Roja… mais également  la Squadra Azzura italienne ou les Oranjes des Pays-Bas, qui évoluent dans une couleur pourtant absente de leurs drapeaux nationaux respectifs.

Avec le LOSC, faudrait-il plutôt chanter « Allez les rouges » ou « Allez les blancs » ? Question complexe. En tout cas, dans les premiers hymnes officiels du club, ni Verlor et Davril en 1953, ni Raoul de Godewarsvelde en 1971 ne tranchent. Les premiers entonnant « les Dogues […] ont deux amours : le rouge et le blanc » et le second choisissant la formule « rouges et blancs, en avant ». 

Pour le LOSC, du blanc pendant plus de 50 ans

Élaboré grâce aux illustrations de l’affiche Le vestiaire des Dogues, toujours en vente ici

Comme le montre le visuel ci-dessus, le maillot des Dogues était à dominante blanche pendant plus d’un demi-siècle. En effet, hormis quelques exceptions d’intendances, les lillois se sont présentés en blanc sur la pelouse du Stade Henri-Jooris, puis de Grimonprez-Jooris de 1944 à 1999. Par ailleurs, jouer en blanc, alors que peu d’adversaires utilisent cette couleur à domicile permettait aux lillois de réaliser bon nombre de déplacements sans avoir recours à un maillot différent. Avant que n’arrive la logique de marketing, il était parfois possible de réaliser l’ensemble des matchs d’une saison en blanc !

Le scapulaire/chevron, un symbole finalement peu présent

A l’automne 1944, lors de la fusion entre l’Olympique Lillois et le Sporting Club Fives, les dirigeants du LOSC font les choses proprement. Pour ne froisser aucune des deux entités, le maillot blanc (de l’O.L.) et les bas bleus (de Fives) seront conservés. De 1944 à 1952, un scapulaire rouge entourant le col vient habiller le haut immaculé de blanc. A partir de 1952, ce scapulaire devient plutôt un chevron partant des épaules des joueurs et descendant plus bas qu’auparavant. Ce design sera conservé jusqu’en 1964, avant de disparaitre quasi définitivement. Depuis, le chevron rouge n’est réapparu qu’en 1992/93 (maillot Lotto) et en 2016/17 (New Balance). En tout et pour tout, ce design que l’imaginaire collectif considère comme quasi permanent sur la tunique lilloise du siècle dernier, ne fut présent qu’une quinzaine de saisons sur le maillot des Dogues. Si le LOSC a remporté ses cinq premières coupes de France et ses deux titres de champions d’après-guerre… en blanc, il n’a finalement évolué qu’un tiers du temps avec un scapulaire ou un chevron.

Nike, court passage, lourdes conséquences

A l’été 1999, Nike prend la relève de Reebok en tant qu’équipementier du LOSC. Précipitation, coup marketing ? On ne connaît pas réellement le motif, mais lors de la deuxième journée de D2, le LOSC recevra Nîmes en rouge, à Grimonprez-Jooris. Et fera de même jusqu’à l’obtention de son titre de champion en mai 2000. Inversion de courte durée, retour à la normale sous peu… Les supporters ne s’inquiètent pas, d’autant qu’ils ont d’autres préoccupations. L’équipe survole le championnat de D2 et va enfin retrouver l’élite.

L’été suivant, le promu joue toujours en rouge, mais joue surtout les premiers rôles en championnat… arrachant un premier podium au sein de l’élite, depuis 1954 ! Sur cette réussite sportive, Nike quitte déjà le club, après deux années de contrat, mais laisse un sacré héritage. Qui aura l’audace de revenir au blanc, couleur des années galères ?

Kipsta, maintien du rouge pour la première saison européenne

Pour remplacer l’enseigne américaine, la direction opte pour une entreprise locale. C’est désormais Kipsta, marque de sports collectifs de Decathlon, novice dans le football professionnel, qui équipera les Dogues. Avec un siège social situé à quelques kilomètres de Grimonprez Jooris, Décathlon doit forcément savoir que Lille a toujours joué en « blanc » se disent les supporters. Pourtant, le kit à domicile sera de nouveau rouge.

Un choix assumé par la marque et par la direction du LOSC. Ces derniers veulent surfer sur la vague des résultats obtenus depuis la privatisation, mais ne ferment pas la porte à un retour rapide du blanc, en tant que couleur dominante. Pour se rassurer, les supporters notent que la couleur blanche est bien plus présente (notamment sur les flancs) en 2001/02 et en 2002/03 que sous l’égide de Nike.

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Le retour du blanc, serpent de mer estival (de 2000 à 2016)

Kipsta habillera les Dogues durant 5 ans, suivi de Airness (2006-08), Canterbury (2008-10), Umbro (2010-13) et Nike (2013-16).
Si l’idée du maillot blanc à la maison fera office de véritable serpent de mer à chaque intersaison, ravivant les débats entre nostalgiques et jeunes générations, les équipementiers s’éloigneront d’année en année d’un tel retour, préférant innover sur des third jaune ou noir, davantage dans l’air du temps.

Un cadeau d’adieu de Seydoux ?

En 2016 juste avant de quitter le club, Michel Seydoux, signe un contrat long terme avec New Balance. Dès sa première saison, la marque américaine proposera un kit Home blanc, avec chevron rouge et bas bleus. Serait-ce un cadeau d’adieu du président Seydoux, dont l’arrivée une quinzaine d’années plus tôt coïncidait justement avec le passage définitif au rouge ? Finalement le mirage ne durera que six mois, puisque le maillot domicile repassera au rouge dès l’arrivée de Gérard Lopez à la tête du club, en janvier 2017.

Cette machine arrière, d’ailleurs validée par un historique du club comme Patrick Collot, qui assurait alors l’intérim en tant que coach de l’équipe première, marque bel et bien la fin du blanc à domicile. Depuis, New Balance a systématiquement opté pour le rouge en couleur dominante à Pierre-Mauroy.

Ce qu’en pensent les supporters ?

Interrogés ces dernières semaines sur les réseaux sociaux, de nombreux supporters lillois, de tout âge, ont pu s’exprimer sur le sujet (un grand merci à eux). A la lecture des différents retours, plusieurs constats peuvent être faits :

Le premier maillot, une place à part

En général, le premier maillot que l’on voit au stade, garde une place spéciale dans nos mémoires. Peu importe les résultats sportifs du moment, chaque supporter place à part le maillot du LOSC qu’il a vu avec ses yeux d’enfants. Évidemment les plus anciens gardent en mémoire le Peaudouce à dominante blanche, col rouge, et poignets rouges, qui revient régulièrement comme maillot le plus emblématique du LOSC. Pas étonnant quand on sait que ce design et ce sponsor furent inchangé entre 1976 et 1988.

Rouge, ce n’est pas une hérésie

Toutefois, mêmes les plus nostalgiques affirment avoir de l’affection pour le rouge de l’ère Vahid, synonyme de miracle permanent et de tournant dans l’histoire moderne du club. Si quelques puristes pestent encore contre l’inversion de couleur, favorisée par l’équipementier américain, le rouge reste un bon compromis. Chacun s’entend pour dire que cette couleur fait partie de l’ADN du club. Même si elle fut d’abord associée à la tenue extérieure, elle a toujours fait partie la panoplie lilloise ! Le match inaugural de Grimonprez Jooris s’est d’ailleurs tenu en rouge (contre le Feyenoord Rotterdam en octobre 1975).

En revanche, la gronde s’accentue avec les couleurs qui ne trouvent pas leur racine dans l’histoire du club, mais davantage dans une logique commerciale et marketing. Notamment le noir, qui fut progressivement introduit avec des touches de jaune (au prétexte du drapeau des Flandres), mais qui depuis quelques saisons est intégral. Plus surprenant, alors que les dogues pouvaient jouer dans leur kit rouge à Wolfsburg, ils y ont obtenu une qualification historique en All Blacks ! Dans la même logique, le gris est complètement hors-sujet, si ce n’est pour la couleur supposée du ciel dans notre région. Pour ce qui est du troisième maillot (le third), le bleu du Sporting Club Fivois est bien plus légitime que le noir ou toute autre couleur.

Un maillot anniversaire trop éphémère

Le 30 novembre 2019, pour les 75 ans du club, New Balance avait proposé un maillot collector, porté lors d’un unique match (contre Dijon). Tunique produite et vendue à seulement 1944 exemplaires (en clin d’œil à l’année de naissance du LOSC). De nombreux fans estiment que ce maillot aurait pu être maintenu sur quelques matchs, ou réédité chaque saison pour le dernier match de novembre. A la manière du maillot Sainte-Barbe qui devint rituel chez nos voisins lensois. Toutefois, la multiplication du nombre de maillots à développer pour une même saison va à l’encontre de l’engagement éco-responsable pris par le LOSC. Quelques voix (certes minoritaires) prônent plutôt l’obligation de garder une même tunique sur deux saisons. Règle en vigueur en Premier League jusqu’au début des années 2000.

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Une co-construction réclamée

100% des personnes interrogées regrettent que les supporters lillois ne soient pas associés davantage à la création du maillot annuel.
En effet, dans certains clubs, la cellule qui gère l’élaboration de la tunique avec l’équipementier sollicite les sections de supporters ou un panel de fans pour valider quelques détails. A Lille, ce n’est malheureusement pas le cas. Même quand la majorité propose une correction (exemple : le sponsor Boulanger maintenu en orange sur le away 2021/22), celle-ci n’est pas prise en compte.

Pourtant, la co-construction du maillot peut être une bonne manière d’associer toutes les parties prenantes du club autour d’un projet commun et rassembleur. Par ailleurs, certaines créations de graphistes amateurs sont parfois plébiscités sur les réseaux sociaux. Dommage que le club et New Balance ne s’en inspirent pas pour les saisons suivantes car derrière, c’est des ventes assurées.

En France, quels clubs ont changé leur couleur principale ?

L’OM, fondé en 1899, a toujours évolué en blanc à domicile. Même chose à Saint-Etienne, Nantes, Nice ou Rennes, clubs historiques du championnat, qui conservent les mêmes couleurs à la maison depuis leur création.
Ce n’est pas le cas du PSG, de Lyon ou de Lens qui, comme Lille, ont connu un ou plusieurs changements significatifs…

L’indécis PSG : Rouge à domicile (1970-73), puis bleu (modèle « Hechter » 1973-1981), puis blanc (1981-1994), puis retour du bleu (depuis 1994)…

Le PSG, lors de sa création au début des années 70, évolue à domicile dans un maillot rouge intégral. La tunique bleue avec une bande centrale rouge n’arrive qu’en 1973 quand Daniel Hechter, célèbre couturier et homme d’affaire, prend la présidence du club et crée lui-même le design (en s’inspirant du capot d’une Ford Mustang).

Véritable indécis, ce même PSG choisissait ensuite de jouer en blanc ses matchs au Parc des Princes, de 1980 à 1993, avant de revenir au bleu comme couleur dominante (en dehors de la saison anniversaire 2010/11).

OL : quinze saisons en rouge (1976 à 1990)

Le premier maillot domicile de l’Olympique lyonnais (1955) est blanc et le restera jusqu’en 1976. Date à laquelle un changement radical est opéré avec un passage au rouge intégral. Les maillots et les bas ne redeviendront blanc qu’au début des années 90.
Par ailleurs, souvent présentes sur les tuniques, les bandes rouges et bleues sont tantôt en chevron ou horizontales, tantôt verticales, plutôt centrées ou latérales, ne permettant pas de détacher un design spécifique au club.

RC Lens : sang et or, près de deux décennies après sa création

À la création du club en 1906, les Lensois évoluent en noir (couleur du charbon) et vert (en référence à la pelouse). Après l’arrêt des compétitions lié à la Première Guerre mondiale, le club adopte, en 1919, les couleurs du foyer franco-américain : un maillot bleu ciel, un short blanc et des chaussettes de couleur rouge. Ce n’est qu’en 1923, soit 17 années après sa création, que le club choisit les couleurs sang et or, qui perdurent actuellement. Si les motifs (bandes verticales, horizontales, damiers…) ou la couleur qui domine l’autre peuvent varier, les couleurs restent et sont aujourd’hui clairement identifiées au RCL.

A l’approche du 25 décembre, comment ne pas faire l’analogie avec le Père Noël ?

Le saviez-vous ? Comme le LOSC, la tenue du célèbre Père Noël a connu un changement définitif de couleur. Là encore, marketing et marque américaine sont au rendez-vous…

En France, c’est vers 1870 qu’on trouve les premières mentions d’un personnage chargé de distribuer des cadeaux, lors de la nuit de Noël. Ce dernier porte alors un manteau vert. Plusieurs décennies plus tard, après la seconde guerre mondiale, arrive en France le plan Marshall. Un système de prêts accordés par les USA pour la reconstruction des villes européennes. En échange, les bénéficiaires des prêts se doivent d’importer des produits américains… dont les boissons de la marque de soda Coca-Cola. Par ses publicités, Coca fige alors au sein du monde occidental, cette image d’un Santa Clauss tout de rouge vêtu. Image qui perdure depuis.

Demandez aujourd’hui aux enfants d’imaginer revenir à un « Papa Noël » dans un manteau vert parait compliqué. Ça l’est tout autant pour les nombreux supporters lillois, qui n’ont pas connu le club du siècle dernier !

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