Rejoignez nous !

Interview

Exclu – Entretien avec David Coulibaly (ex-LOSC), altruiste sur le terrain comme en dehors

Emile Simon

Publié

le

Crédit photo : Le Petit Lillois

Né à Roubaix, David Coulibaly a été formé au LOSC dans les années 90, avant de poursuivre une carrière honorable en D2 et avec la sélection malienne. Revenu dans la métropole il y a 10 ans, il porte encore régulièrement le maillot des « anciens Dogues ».

Formation

Quel est ton parcours avant d’arriver au LOSC ?

J’ai commencé à l’âge de 6 ans au Capreau Wasquehal. Ensuite, c’est le schéma assez classique ; le LOSC m’avait repéré et m’ont fait faire un test de quinze jours, qui a été concluant. J’intègre donc les pupilles à 11 ans. Ma génération comptait par exemple Faysal El Idrissi, Maxime Agueh ou Emmanuel Cerdan.

Tes parents étant sur la métropole, tu rentrais chez toi tous les soirs ?

Oui, c’est ça. Mes parents avaient un nombre important de conduites à effectuer, entre l’école et les entrainements. Ça s’est encore complexifié, quand mon frère Tidiany (né en 1984 NDLR) a rejoint le club. Franchement, je ne sais pas comment ils faisaient. Car nous n’avions pas les mêmes horaires. Lui est resté jusqu’en 1998 à Lille, avant de rejoindre le club voisin de Mouscron. D’ailleurs je ne remercierai jamais assez mes parents pour tout ce qu’ils ont fait pour nous !

Note : Tidiany, le frère cadet de David compte une trentaine de matchs en D1 belge avec l’Excel, et a même pris part à une campagne de coupe UEFA en 2002.

Une trentaine de matchs avec les pros

Tu fais tes débuts avec l’équipe première en mai 1996, à tout juste 18 ans. Quel souvenir en gardes-tu ?

C’est Jean-Michel Cavalli qui me lance dans le grand bain. Je rentre après l’heure de jeu, contre Bordeaux, à Grimonprez. En fait il s’agit de la dernière journée de la saison 1995/96, l’exercice a été difficile pour les deux clubs en championnat, puisque Bordeaux est 16ème et nous 17ème. Mais les deux clubs sont déjà sauvés, donc les entraineurs peuvent se permettre de faire tourner. D’ailleurs je me souviens que Kaba Diawara, fait aussi ses débuts en D1 dans le camp d’en face, et en plus il marque ! Malgré la défaite, j’étais content d’avoir croisé les Girondins. Ils avaient été incroyables en coupe d’Europe. Démarrant en Intertoto… ils venaient de perdre la finale retour de Coupe UEFA, trois jours plus tôt contre le Bayern.

Vous jouez davantage l’année suivante, mais le club descend.

Après plusieurs saisons à flirter avec la zone de relégation, le club n’y échappe pas en 1996-1997. J’étais tantôt utilisé en milieu défensif, tantôt en relayeur. J’alternais entre l’équipe réserve et les pros. Je dois faire 5 matchs en D1 cette saison-là, sur le banc le tandem Charly Samoy et Hervé Gauthier avait remplacé Jean-Michel Cavalli. Comme Gauthier s’occupait précédemment de la réserve, plusieurs jeunes ont été lancés afin d’arracher le maintien... en vain.

Thierry Froger prend ensuite la tête de l’équipe en juillet 1997.

Pour la première saison en D2, je ne joue que quatre rencontres. Le coach me fait pourtant débuter, mais je perds rapidement ma place. Ce n’était pas illogique, je devais encore murir dans mon jeu. La pression était importante, car le club voulait remonter rapidement en première division. Finalement on termine quatrième, une nouvelle saison de D2 commence, mais Thierry Froger est rapidement remplacé par Vahid Halilhodžić.

Avec 13 matchs en 1998-1999, puis 2 seulement en 1999-2000, Vahid ne misait pas vraiment sur toi ?

Vahid misait plutôt sur des joueurs d’expérience, mais tout le monde a eu sa chance. Au milieu, dans mon secteur de jeu, la concurrence était assez rude, avec Bruno Cheyrou, Patrick Collot, Roger Hitoto, Bob Senoussi puis Fernando D’Amico à partir de 1999. En même temps l’équipe tournait bien, donc je comprenais la situation. Au mercato d’hiver 2000, lorsque Châteauroux me propose de les rejoindre en prêt, j’accepte l’opportunité, afin de me montrer davantage. Ça a payé, car dès mon arrivée, j’ai pu m’exprimer. Je dois être absent sur une seule feuille de match sur la phase retour. Je marque également un but en avril contre Le Mans. Puis je signe définitivement à la fin du championnat.

Même si tu es officiellement champion de France, tu rates la fête à Grimonprez-Jooris, pour le titre de D2 ?

Je jouais en parallèle, donc je n’ai pas pu être présent dans le stade. J’étais content pour les copains, après plusieurs années d’échecs, retrouver la D1 était une belle récompense, les images avec le stade plein et les joueurs maquillés c’était beau à voir. Mais je n’en voulais à personne. Quand on est bon on mérite de jouer ; à cette époque, les joueurs à mon poste étaient meilleurs que moi pour jouer le haut du tableau.

A lire aussi :  Clermont Foot 63 - LOSC : les notes des Dogues

Quelques mois plus tard, le LOSC se qualifie en Champions League, quel était ton sentiment en les voyant jouer à la télévision ?

De la fierté, forcément. J’avais joué avec la plupart : Landrin, Boutoille, Cheyrou, Cygan, Fahmi, Ecker…, l’équipe n’avait pas beaucoup bougé depuis mon départ. Les voir à Old Trafford, contre Beckham ou Barthez, ça donnait aussi envie. Certes, ils le méritaient plus que moi à l’instant t, mais je me disais aussi que je n’étais pas si loin, ça donnait des idées.

Carrière en deuxième division

Toi aussi tu as droit à quelques épopées, avec Châteauroux ?

Que ce soit en D2 où nous jouions souvent la montée, ou en coupe c’est vrai que le club était ambitieux. Nous atteignons les quarts en coupe de la Ligue en 2001, puis la fameuse finale de coupe de France en 2004, lors de ma dernière saison là-bas.

Des joueurs célèbres composaient l’équipe ?

Sur mes quatre années à Châteauroux, nous avions un bon petit groupe, avec notamment Jimmy Algerino, Teddy Bertin, Benjamin Nivet, Lilian Compan ou Sebastien Roudet. Steve Savidan n’était pas encore surnommé « Savigoal » et ne faisait pas partie des choix premiers du coach, mais on voyait son potentiel. Au niveau de mes connaissances lilloises, j’ai aussi retrouvé Mathieu Maton (grand espoir du centre de formation début 2000 NDLR), qui fut prêté à « la Berri » en 2001-2002.

Si on revient sur cette finale de Coupe de France. C’est Vahid alors entraineur du PSG, qui vous prive de la victoire. Décidemment il est toujours sur ton chemin ?

C’est le destin. Nous avions sorti Monaco, futur finaliste de Champions League en demi-finale. Mais ce soir-là, c’est plutôt Pauleta, unique buteur, qui nous prive du titre (rires). J’étais malheureusement en tribunes, car blessé pour la finale au Stade de France. Nous avions pourtant tout tenté pour que je sois présent. Le président Patrick Trotignon m’avait même envoyé voir un spécialiste sur les Champs-Elysées. Les tests étaient fragiles à quelques jours de la finale, mais j’avais tout de même participé à un entrainement … et je me suis (re)claqué. J’aurais dû faire preuve de patience, d’autant que derrière le club ne me garde pas. Et que je me retrouve quelques mois au chômage.

Tu rebondis tout de même en L2 à Niort, puis Grenoble.

Oui, je fais encore trois saisons complètes en L2. Puis je continue en National, à Tours, puis Arles. Je suis satisfait de ma carrière en professionnel. J’avais signé pro à 19 ans au LOSC. Certes je n’ai joué que quelques matchs en D1 en début de carrière, mais ensuite j’étais titulaire à l’étage du dessous. Certains me disent aujourd’hui que j’aurais pu faire mieux. Mais j’aurais aussi pu faire moins bien ! Le football est une histoire de trajectoires. J’ai côtoyé des joueurs comme Olivier Giroud à Grenoble, puis à Tours. Aujourd’hui il est champion du monde avec l’équipe de France, et il le mérite bien.

La sélection Malienne

En parlant de sélection nationale. Tu as connu quelques pré-sélections avec l’équipe de France U20 ?

Lors de mes débuts professionnels avec le LOSC, j’ai reçu une convocation pour le Tournoi de Toulon, la génération était dingue, avec Henry, Trezeguet, Anelka, Landreau, Luccin… J’avais déjà reçu plusieurs convocations, mais je devais toujours décliner en raison de blessures. Et là encore, le timing n’était pas bon, car je n’étais pas à 100%. Mais sur les conseils de mon père, j’y suis allé quand même. Premier taureau, impossible de faire une passe, donc j’ai rapidement quitté le groupe. Mais en juin 1997, à ma grande surprise, Pierre Dreossi, directeur sportif du LOSC m’annonce que je suis tout de même convoqué pour le Mondial U20 en Malaisie. Malheureusement, j’ai dû renoncer, car la gêne était toujours là.

Finalement tu n’es pas rappelé avec les Bleus, et tu fais le choix du Mali en 2001.

En avril 2000, quelques semaines après mes débuts à Châteauroux, Christian Sarramagna le sélectionneur du Mali, me contacte. Pour tous les joueurs binationaux, c’est très compliqué de faire un choix définitif. Le Mali ça représente mes racines paternelles. C’était un moyen de rendre fier mon père, et j’étais lucide sur mes chances quasi nulles d’évoluer un jour en Equipe de France qui s’apprêtait à remporter l’Euro. J’honore donc une première sélection face à la Libye. J’ai toujours été reconnaissant de pouvoir porter ce maillot « des Aigles ».

A lire aussi :  Clermont Foot 63 - LOSC : les notes des Dogues

Tu participeras ensuite aux CAN 2002 et 2004, avec une génération dorée.

Pour la petite histoire, c’est grâce à la sélection que j’ai effectué mon premier voyage vers le Mali. Je n’avais jamais été à Bamako auparavant. En 2002, la CAN se disputait à domicile, mon père et mon frère m’ont accompagné, nous avons rencontré ma grand-mère sur place. C’était vraiment top. Sportivement, nous étions aussi au rendez-vous. Que ce soit en 2002 ou en 2004, nous sommes allés jusqu’en demi-finale. Je partageais le terrain avec Mahamadou Diarra ou Seydou Keita qui joueront ensuite au Real ou au Barça. Mais aussi Frédéric Kanouté, Adama Coulibaly, Momo Sissoko, Sami Traoré... que du beau monde. Les deux fois, on tombe sur le Nigéria en petite finale, Nwankwo Kanu, Jay-Jay Okocha, Peter Odemwingie ou Vincent Enyeama, ce n’est pas mal non plus (rires)

La passion du ballon qui perdure

En 2009, ton départ d’Arles pour Wasquehal marque un retour au monde amateur, en CFA2.

Je suis revenu dans la métropole. J’avais déjà évolué en prêt une saison à l’ES Wasquehal lorsqu’ils étaient en L2 en 2002-2003. Entre temps, le club était descendu jusqu’en cinquième division, donc j’ai essayé d’apporter l’expérience acquise dans mes clubs précédents ou en sélection.

Et cela t’a permis de (re)croiser la route du LOSC en 2011 !

En coupe de France oui, nous avions éliminé Auxerre au tour précédent, et ce seizième de finale au Stadium est une belle histoire. Même si on ne se connaissait pas personnellement, on avait l’impression de tous les connaître, il y avait un frangin Debuchy dans chaque camp, nous jouions devant nos familles. Je me souviens que Rudi Garcia nous avait respectés, puisque seul Eden Hazard était absent. Pour le reste c’était l’équipe type, et nous avions bien résisté (qualification lilloise 1-0 NDLR)

Tu as toujours une licence ?

Je suis resté à Wasquehal jusqu’en 2013, puis j’ai ensuite joué à l’US Marquette et à l’AS Hellemmes, où je suis toujours coordinateur pour les jeunes. J’ai encore une licence, et je dépanne quand je peux jouer. Grégory Tafforeau que vous connaissez bien, est entraîneur de l’équipe première.

Je joue aussi avec l’association des « anciens dogues », dès que Michel Castelain (secrétaire de l’association et manager de l’équipe des anciens depuis 2012 NDLR) fait appel à moi. A chaque occasion, c’est un vrai plaisir de nous retrouver. Il y a une bonne ambiance et on se charrie beaucoup. Finalement j’ai joué plus de matchs avec les anciens, qu’avec l’équipe première, et je ne suis pas le seul dans ce cas de figure. Mais c’est aussi ça la famille LOSC !

Et en dehors du football ?

Je suis marié à Sabrina avec qui nous avons une fille, Meimouna, qui aura trois ans en janvier. Mon épouse est aussi sportive puisqu’elle fait de la boxe (française et anglaise) et donne des cours. J’ai trois frères qui travaillent sur Lille. Issac s'est lancé dans l'immobilier et tient l'une des enseignes Notting Hill, Aliou est dans les travaux publics et Tidiany gère le Soultrain Café, un bar à cocktails. Je me permets de leur faire un peu de publicité (rires). J'en profite aussi pour passer le bonjour à tous mes amis, que je n’ai pas toujours le temps de voir, mais pour qui j’ai toujours une grosse pensée !

Coté professionnel, je suis employé à la mairie de Wasquehal. Actuellement je travaille plus particulièrement sur le thème du harcèlement des 12-25 ans. Je suis aussi impliqué dans la mission locale. En tant qu’homme de terrain, j’essaie de repérer des jeunes qui pourraient avoir besoin de nous. On leur propose un accompagnement sur la recherche d’emploi, de formation, d’orientation… ainsi que dans leurs problématiques personnelles en lien avec la santé, le logement, la mobilité, la citoyenneté… Enfin, je suis coach d’insertion professionnelle par le sport à l’APELS sur Croix (Agence pour l’Éducation par le Sport), association nationale d’inclusion par le sport destinée à la jeunesse peu ou non diplômée. Elle permet à des jeunes issus des territoires oubliés d’être reconnus pour leurs compétences et valeurs, de prendre en main leur avenir et d’accéder à l’emploi.

Félicitations pour ces nombreux engagements David, et encore merci pour ta disponibilité !

Cliquez pour commenter

Laissez une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Sondage de la semaine

Optimiste ou pessimiste pour la fin du parcours du LOSC en Ligue des Champions

  • Optimiste (60%, 339 Votes)
  • Pessimiste (40%, 226 Votes)

Total Voters: 565

Populaires