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Interview

Exclu – Charles Diers (ex-LOSC) : « Je suis heureux d’avoir terminé ma formation au LOSC »

Emile Simon

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Crédit photo : Le Petit Lillois

Né à Cambrai en 1981, Charles Diers a terminé sa formation au LOSC (1998-2002). Demi-finaliste en Gambardella 1999, champion de CFA et finaliste du championnat des réserves professionnelles en 2002, l’ailier n’a pas eu sa chance avec l’équipe première. Pourtant, à force de persévérance, il terminera sa carrière en L1, quinze ans plus tard.

Un joueur régional 

Né à moins de 70 kilomètres de la métropole lilloise, vous faites vos classes dans le club local de l’Atlhétic Club Cambrai, disputant à 16 ans vos premières rencontres en Senior.

C’est bien ça. Lors de ma première saison de moins de 17 ans, l’entraineur de la CFA 2, Denis Jouvenet, m’a convoqué courant septembre pour jouer un match de Coupe de France. Ensuite, je n’ai plus quitté l’équipe, pour finalement disputer environ 25 matchs de CFA 2 et atteindre l’objectif qui était le maintien. En dix ans à l’ACC, j’ai donc pu jouer dans toutes les équipes et catégories du club, des débutants aux Séniors.

À l’été 1998, alors que les bleus fêtent leur titre de champion du monde, vous êtes recruté par le LOSC, qui vous intègre dans son équipe des moins de 18 ans.

Le directeur du centre de formation Jean-Michel Vandamme, et le directeur sportif de l’époque, Pierre Dreossi, avaient mis en place un système de détection des meilleurs jeunes régionaux. Plusieurs joueurs du centre évoluaient au sein de la sélection du Nord, voire même dans les équipes de France de leur catégorie d’âge. Le RC Lens me surveillait également, mais nous étions plutôt supporters lillois dans la famille. En toute honnêteté, je fais aussi le choix de Lille, car le club évolue alors en D2, la marche semble donc moins haute, que chez le voisin lensois, tout frais champion de France. Je rejoins donc une très belle génération : Kader Zelmati, Mathieu Delpierre, Mathieu Maton, Laurent Pichon… Certains étaient là depuis quelques années, et avaient été champions de France U15/U16 en 1997 sous les ordres de Rachid Chihab. Benoit Cheyrou était également arrivé un an avant moi.

Avec cette génération vous faites un beau parcours en Gambardella.

En 1998-1999 nous atteignons les demi-finales, mais tombons contre l’AJ Auxerre, ogre des centres de formation à l’époque. La plupart des observateurs qui s’étaient déplacés pour le dernier carré (disputé à Vittel le 28 avril 1999) affirmaient que le Lille – Auxerre était une finale avant l’heure. Nous sommes défaits de peu : 2-1. Auxerre remportera l’épreuve, et fera d’ailleurs le doublé l’année suivante… contre la génération suivante du LOSC !

Quels souvenirs gardez-vous de ces années, de l’internat… ?

Au LOSC, j’ai découvert le monde professionnel. Je passe d’un club amateur (AC Cambrai) où l’on jouait davantage entres potes, à un club qui forme des jeunes qui ont l’ambition de faire du football leur métier. Il y a l’exigence, l’attente d’une régularité, la pression de la performance… On est bien plus observé. L’internat, sous la tribune de Grimonprez, je n’y suis resté que trois semaines. Ça n’avait rien de personnel contre le club, ou les autres joueurs du centre, c’est juste que je n’y retrouvais pas mon équilibre. J’étais lycéen, et j’avais terminé ma classe de première à Cambrai, une ville dans laquelle j’avais commencé à m’émanciper, où mes parents me laissaient libre d’aller et venir en cours, au foot et voir mes amis, en toute confiance … Mais là, c’était le choc. J’avais l’impression d’être enfermé. Dès septembre 1998, j’ai donc demandé à prendre mon propre appartement en ville. Ce choix a sans doute pu interpeller étant donné que je venais tout juste d’arriver et qu’avant 18 ans, aucun joueur du centre n’avait de logement individuel. Je pense avoir vite montré que j’étais sérieux sur ce point. Mon frère habitait Lille également, donc ça me permettait de nous voir.

Trois ans en réserve 

En 1999-2000 vous débutez en CFA, mais la saison est assez difficile (14ème sur 18 dans le groupe A), pendant que l’équipe première domine la D2.

En 1999, nous sommes beaucoup à faire nos débuts en équipe réserve, les pros redescendent assez peu. D’un côté ça permet de nous aguerrir rapidement et d’avoir du temps de jeu. Mais nous jouons le maintien jusqu’à la dernière journée, avec un seul match nul d’avance sur le premier relégué. Je me souviens de mise au point « musclé » soit par Eric Guerit, coach de la réserve à l’époque, ou de Vahid Halilhodžić, pour nous sensibiliser à l’importance de se maintenir à ce niveau.

Les progrès sont rapides. L’équipe B finissant quatrième en 2001, puis première de son groupe de CFA en 2002. La plupart des titulaires finiront d’ailleurs professionnels à Lille ou ailleurs (Makoun, Moussilou, Saez, Dumont, Michalowski…). Vous êtes souvent renforcés par des joueurs pros moins utilisés par Halilhodžić (Allibert, Malicki, Rafael, Hammadou, Murati…).

C’est un tout. Les joueurs nés en 1981 ou 1982 avaient muris. L’équipe première jouait l’Europe donc l’effectif s’était étoffé et Vahid envoyait régulièrement les remplaçants pour qu’ils gardent le rythme. Il n’était pas rare de voir un pro descendre avec nous, y faire un très bon match et avoir de nouveau sa chance dès le week-end suivant en pro. En 2001-2002, nous dominons notre poule de CFA, et on se qualifie pour le championnat de France des réserves, que l’on perd en finale, contre l’OM de José Anigo et Jean-Pierre Foucault, alors Président de l’association. Ce que je retiens de ce match, c’est la capacité à gérer et maitriser un nouveau contexte sur et hors du terrain. Nous n’avions jamais joué d’équipe du sud de la France. C’est en partie sur ce plan-là, que Marseille a gagné ce match, hors du terrain dans sa capacité à déstabiliser et perturber mon équipe avant même que le match commence. Nous avons clairement perdu le match psychologique.

Vous participez à quelques entrainements sous Vahid. Quel sentiment d’évoluer avec des joueurs capables d’accrocher Parme, Manchester ou la Fiorentina … alors que lorsque vous signez le club était en D2 ?

Mon passage lillois, coïncide quasiment jour pour jour avec celui de Vahid Halilhodžić au LOSC (4 ans de l’été 1998 à mai 2002 NDLR). Son excellent travail a permis une croissance rapide du club, passant de la D2 à la Champions League en quelques mois. Est-ce cela qui m’a empêché d’avoir ma chance en équipe première ? Certes Vahid m’a convoqué pour quelques dizaines d’entrainements, notamment lors des trêves internationales. Mais c’était avant tout pour compléter l’effectif de travail. J’étais conscient que je n’étais pas là pour être testé, et prétendre à une place en A, au contraire des Mathieu Delpierre ou Benoit Cheyrou, qui étaient vraiment les plus talentueux de notre promotion.

Des regrets ?

Aucun regret sur mon passage lillois. En tant que nordiste, je suis heureux d’avoir terminé ma formation dans ce club. J’y ai appris énormément sur le football professionnel, j’ai beaucoup progressé et travaillé comme rarement ensuite. C’est le lot des réserves, c’est un âge où il faut répéter sans cesse ses gammes. Je n’ai pas connu Luchin. Et même si le club a clairement changé de standing aujourd’hui, j’y reste profondément attaché. Mon frère et mon père sont des fidèles ; le premier est toujours abonné au stade d’ailleurs. De mon côté, je conserve précieusement les feuilles de matchs et coupures de presse que me transmettait « Lucky » notre intendant (Jean Luc Saulnier, intendant des jeunes durant plus de 30 ans, NDLR). Avec le recul, j’aurai juste voulu savoir si Claude Puel, qui a lancé de nombreux jeunes en pro, m’aurait convoqué pour quelques bancs, et offert une chance de m’exprimer.

Un long chemin vers le professionnalisme

Après Lille, vous signez à Dijon, en National. Où vous croisez un duo d’entraineurs débutants : Rudi Garcia et Fred Bompard.

Lille me proposait de rester une année supplémentaire, dans les mêmes conditions, car mon profil les intéressait pour la réserve. Mais j’ai préféré gravir un échelon et rejoindre une équipe de National ambitieuse. Le DFCO était un club jeune, fondé en 1998 suite à la fusion des deux clubs amateurs de la ville (le Cercle et le FC Dijon NDLR). Le duo Garcia/Bompard qui arrivait en même temps que moi, y a fait des miracles. Dès 2004, nous atteignons les demies en coupe de France, et obtenons la montée en L2. Le club devient professionnel quelques années seulement après sa création. Je suis fier d’avoir fait partie de cette aventure, d’autant que depuis cette montée, Dijon a conservé son statut professionnel et a connu plusieurs saisons de L1.

Ensuite Boulogne-sur-Mer, Clermont ou Angers. Clubs qui ont tous connu la L1 depuis 2010. Vous savez choisir vos clubs !

Grâce à notre montée en Ligue 2 avec Dijon, j’ai signé mon premier contrat professionnel. A partir de là, j’ai toujours conservé le statut pro. C’est vrai que j’ai eu l’opportunité de croiser des coachs et des effectifs qui visaient souvent le haut du tableau. Personnellement, je compte trois montées. Deux fois vers la Ligue 2, avec Dijon en 2004, puis Clermont en 2007. Et une fois avec Angers en 2015 en Ligue 1. On va dire, que c’était mon moyen à moi d’aller voir plus haut. Je n’attirais pas forcément les regards des écuries de l’étage supérieur, donc pour y goûter, il fallait faire monter le club avec mes coéquipiers !

Même en National, j’ai croisé des techniciens de qualité, qui appliquaient les méthodes d’un club pro. Que ce soit Rudi Garcia à Dijon, Philippe Montanier à Boulogne-sur-Mer, Didier Ollé-Nicolle à Clermont… je n’ai pas vu de différence avec les clubs de L2 ou L1 ensuite, en dehors des moyens financiers et des structures, la méthode et le rythme de travail étaient les mêmes. En France, le championnat de troisième division a cette particularité d’être semi-professionnel. On y trouve des clubs récemment relégués qui conservent le statut pro, et d’autres avec un statut fédéral. Comme l’UCN, je suis plutôt en faveur d’une « Ligue 3 », qui harmoniserait davantage les choses et serait en cohérence avec la réalité économique des clubs et du format de la compétition (1 seule poule nationale).

Près de 300 matchs à Angers, au contact de plusieurs « dogues »

Vous intégrez le SCO en 2008, et y finirez votre carrière en 2016. C’est le club de votre cœur ?

Je continue à suivre le LOSC, mais c’est clair que j’ai été adopté ici, par le club, puis la ville. Les gens apprécient mes valeurs. Pour ma famille et moi, ce fut un choix naturel que de rester vivre ici, après ma carrière.

C’est Olivier Pickeu, devenu Directeur Sportif du SCO qui vous recrute. Dans le vestiaire d’Angers, vous croisez plusieurs autres joueurs passés par le LOSC, nos deux gardiens Grégory Malicki et Ludovic Butelle, notre capitaine Philippe Brunel. Parlez-nous d’eux.

Pour Olivier, qui est nordiste, formé au LOSC, c’est plutôt ses relations avec Rudi Garcia ou Philippe Montanier (connus à Caen) qui ont dû le conduire à moi. Même si nous étions tous les deux présents à Lille en 1998-1999, nous ne nous sommes pas croisés. Je l’observais juste des tribunes les soirs de match. Les trois autres joueurs que vous citez, sont de grands professionnels. J’avais déjà côtoyé Grégory à Lille, lorsqu’il descendait en réserve pour garder nos buts en 2001-2002. Greg est un très grand professionnel et un énorme bosseur ; le 1er arrivé et dernier parti. À Angers, on se tirait la bourre à l’entrainement notamment sur les séances devant le but. Ludo avec lequel j’ai d’excellents souvenirs de la montée de L2 en L1 est quelqu’un de joyeux, festif. Je pense que sa blessure sérieuse en Espagne, qui l’a éloigné des terrains lors de son début de carrière, lui a fait prendre conscience, plus qu’à d’autres, de la chance de faire un métier fabuleux. Il continue d’en profiter au Red Star ! Enfin Philippe, est un super gars et un très grand joueur. Difficile de ne pas l’apprécier, et pour preuve, il a réussi à devenir capitaine du LOSC, tout en étant passé par le RC Lens quelques années plus tôt !

Vous avez aussi côtoyé des futures pépites lilloises (Boufal et Pépé). En tant que joueur offensif, sentiez-vous qu’ils avaient quelque chose en plus ?

Pour Sofiane Boufal, c’est clair qu’il avait une capacité d’élimination supérieure à la normale. Un très bon dribbleur. Nicolas (Pépé), j’avais moins ressenti sa vitesse, et la carrière qu’il allait faire. Heureusement, je ne me suis pas reconverti en recruteur (rires). Toutefois, il avait à peine 20 ans, et son prêt à Orléans en L2, lui a été très bénéfique pour la suite.

En revanche, vous n’avez jamais joué contre l’équipe première du LOSC.

Et non, à mon grand regret. En coupe de France, les tirages ne l’ont jamais permis, et notre défaite en demi-finale 2011 contre le PSG, me prive d’un Angers – Lille au Stade de France. En Ligue 1, lors de ma dernière saison, j’en suis plus proche. Je suis bien présent à l’aller comme au retour, mais je reste sur le banc. Le match au stade Pierre Mauroy reste une énorme déception, j’ai mis plusieurs jours à m’en remettre à l’époque, et le coach (Stéphane Moulin) l’avait ressenti. J’ai joué et même marqué contre tous mes anciens clubs. Fouler la pelouse à Villeneuve d’Ascq, devant ma famille aurait été un bel aboutissement. Pas une revanche, mais un moyen de boucler la boucle. Malheureusement, j’ai dû me contenter de l’échauffement.

On va dire que la boucle est bouclée grâce au titre lillois acquis à Angers, en mai dernier ?

C’est un petit clin d’œil oui. Je reste un enfant du Nord, avec ses valeurs. J’étais très fier en 2010, quand nous avions quatre clubs de la région en Ligue 1 avec Lille, Valenciennes, Lens et Boulogne-sur-mer. Je l’étais beaucoup moins, il y a quelques semaines en observant les débordements à Bollaert…

Nous avons évoqué plusieurs demi-finales : Gambardella en 1998 avec le LOSC, Coupe de France en 2004 avec Dijon, puis en 2011 et 2014 avec Angers. Soit quatre voyages à Saint-Denis ratés, si près du but.

Le Stade De France, pour moi, c’est uniquement en tant que spectateur. Ça reste déjà un bel exploit d’avoir atteint plusieurs demi-finales avec des clubs de divisions inférieures. J’en joue une avec un club de National et deux avec un club de L2. Mais c’est certain que j’aurai préféré n’en disputer qu’une seule, et basculer en finale.

Un unique but dans l’élite

Le 2 avril 2016, un mois avant votre retraite des terrains, vous entrez à la 79ème à la place de Gilles Sunu, le score est de 0-0 face à l’ESTAC. Vous marquez à la 92ème. Finalement ça reflète bien votre carrière, ne rien lâcher, et toucher le graal dans le temps additionnel.

Peut importe la division, chaque saison, j’avais réussi à marquer au moins un but. Donc ça aurait fait tâche de ne pas réussir au sein de l’élite. Je suis content de ce but. C’est une belle histoire. A noter, j’ai aussi la statistique du joueur le plus âgé à avoir connu sa première titularisation en Ligue 1 (à 34 ans et 7 mois en janvier 2016, NDLR). Comptablement la victoire contre Troyes permet au SCO de valider 45 points à la 32ème journée, et donc un maintien rapide pour ce retour dans l’élite. Je vous laisse revoir le but, ce n’est pas le plus beau, mais il reflète bien « la dalle angevine ».

Une reconversion, dans l’action plus que dans la politique

Justement, en parallèle de votre retraite sportive, vous créez avec votre coéquipier Olivier Auriac, une association portant le nom de « La Dalle Angevine ».

C’est une expression qui est née spontanément dans le vestiaire en 2012, un soir de victoire à l’arraché en L2. Alors capitaine, Olivier Auriac lance : « On a la dalle ! La dalle angevine ! ». Ensuite, ça fait le tour des réseaux sociaux avec le hashtag, et depuis l’expression est restée. La marque est déposée et protégée. Et pas simplement limitée au football, nous l’avons ensuite étendue à l’ensemble de la communauté sportive angevine : athlètes, clubs, supporters, médias… L’objectif de l’association est de promouvoir le sport en général sur le secteur d’Angers. C’est un concept assez unique en France, puisqu’il relie toutes les disciplines et tous les niveaux, des bénévoles aux professionnels.

Concept que vous continuez de développer depuis votre arrivée dans le Conseil Municipal ?

Lors de la campagne des dernières élections municipales (2020), le maire sortant Christophe Béchu me propose d’intégrer sa nouvelle équipe pour devenir Adjoint aux Sports. Il est réélu donc je prends le poste. Je n’ai pas hésité longtemps devant cette opportunité, qui se révèle très enrichissante grâce à la diversité du mouvement sportif. Tout d’abord, car les missions sont dans la continuité de ce que je pouvais faire au niveau de l’association. Celle-ci m’avait d’ailleurs permis de créer un certain lien avec la municipalité.

Par ailleurs, il n’y avait aucune obligation de s’encarter politiquement. À Angers, la moitié du Conseil Municipal est « sans parti politique ». C’est ce que je souhaitais surtout, être dans l’action et au service des clubs et associations sportives. Forcément, ces nouvelles fonctions, m’ont obligé à me mettre en retrait de l’association, qui continue parfaitement son œuvre. La pandémie a été particulière à vivre, mais depuis le printemps dernier, nous reprenons progressivement une activité normale. Il y a de quoi faire, avec 275 associations à rencontrer, une variété de projets et de sports à appuyer.

Merci Charles et bonne continuation !

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