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Interview

Exclu – Pascal Guion (ex-LOSC) : « Aucune équipe ne me donne autant d’émotions que Lille »

Emile Simon

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Crédit photo : LOSC Médias

Alors que le nom de David Guion était apparu dans la short-list du LOSC pour le poste d’entraineur. Nous étions en train d’interviewer son frère (Pascal). Attaquant du LOSC au début des années 1980, est toujours amoureux du club. L’ancien ailier des Dogues s’est montré enthousiaste pour répondre à nos questions.

Une arrivée lilloise à 14 ans 

Champion de France de D2 en mai 1978, l’équipe première alors dirigée par José Arribas s’apprête à retrouver l’élite. C’est lors de cette intersaison que vous rejoignez le club ?

Oui, c’est ça, vers 14 ans. Je joue alors pour le Stade Olympique Maine, l’un des clubs de ma ville natale du Mans. A l’époque l’entraineur du SOM (Monsieur Gendry) est ami avec José Arribas, et lui glisse mon nom pour rejoindre les cadets du LOSC. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont laissé le choix, entre poursuivre à proximité du domicile familial, ou intégrer le centre de formation lillois. (Le SOM fusionnera en 1985 avec l’US du Mans, pour former le MUC 72… devenu en 2010 le Mans FC, NDLR)

Quitter la famille à 14 ans, sans les moyens de communication actuels, ce ne doit pas être simple. Comment se passe votre intégration dans le Nord ?

Je garde un excellent souvenir de mon arrivée. J’y ai découvert une région, et des gens très accueillants. Au LOSC, c’est Charly Samoy, ancien gardien de l’équipe première, devenu entraineur puis directeur sportif, qui m’a fait signer. Il devait y avoir aussi Jean Parisseaux, le directeur du centre de formation. Je logeais à l’internat sous la tribune de Grimonprez-Jooris. Le centre de vie était flambant neuf, puisque le stade venait d’être inauguré (en 1975 NDLR).

En 2014, j’ai été invité pour les 70 ans du club. J’en ai profité pour faire un détour par la Citadelle avec quelques collègues de promo, et ça nous a faits mal au cœur de voir la plaine vierge… sans aucune trace de nos souvenirs d’adolescents.

Votre génération (joueurs nés en 1963-1964) est assez exceptionnelle, puisque les supporters apprécieront également les éclosions de Pascal Plancque, Eric Péan, Luc Courson, Thierry Froger, Michel Titeca, Eric Prissette ou Rudi Garcia…

C’est vrai que c’était quelque chose. Nous aurions pu faire une équipe complète avec des joueurs formés au club. Je pense que c’était la « philosophie Arribas » de s’appuyer sur le centre. L’objectif était de construire sur la durée une équipe à son image : loyale, modeste mais amoureuse du beau jeu. Arnaud Dos Santos a tenté de poursuivre son œuvre (1982-84)… (José Arribas est l’emblématique entraineur du « jeu à la nantaise ». Il termina sa carrière de technicien par un passage remarqué à Lille (1978-1982).)

Trois saisons en pro

C’est justement Arnaud Dos Santos qui vous lance avec les pros ?

Quand je suis arrivé en cadet, Dos Santos était encore joueur, il n’a pris sa retraite de joueur qu’en 1981, puis est devenu adjoint d’Arribas. Quand il a pris la tête de l’équipe première, c’était donc la parfaite continuité. Il me lance à l’âge de 17 ans, et ça a créé quelques remous.

C’est-à-dire ?

Le club avait recruté Albert Gemmrich à l’intersaison 1982. Attaquant expérimenté qui était même international français… Donc les dirigeants ne voyaient pas d’un bon œil qu’un jeune de 17 ans, joue à sa place.

Vous souvenez-vous de vos débuts avec l’équipe première ?

Je me souviens juste que c’était à l’extérieur, contre Rouen.

C’est bien ça, le 10 septembre 1982, lors de la sixième journée de D1. Quel bilan tirez-vous de cette saison 1982/83 ?

Je suis vraiment jeune, l’équipe aussi (23 ans de moyenne d’âge), on termine treizièmes mais c’est un bon apprentissage pour moi. Je dispute une dizaine de matchs. Et le parcours en Coupe de France est intéressant, puisqu’on atteint les demi-finales.

1983, c’est aussi l’année de votre sacre européen, avec l’équipe de France Juniors ?

Un sacré souvenir également cet Euro des moins de 18 ans. La compétition se déroulait en Angleterre et nous étions trois joueurs lillois, avec Prissette et Lauricella. En demi-finale on joue l’Italie, puis on remporte le titre contre la République Tchèque. Nous avions joué dans l’ancien stade de Tottenham : White Hart Lane ! Autant dire que ça sentait le football !

Dos Santos est reconduit pour une saison, pourtant vous ne jouez pas beaucoup plus de matchs en 1983-1984 ?

Je débute la saison titulaire, mais tout bascule lors de la 12ème journée. On reçoit Monaco et au milieu de la première période, alors que je file seul au but, Juan Ernesto Simon, le libéro monégasque, me tacle par l’arrière. S’en suit une saison galère… Je suis opéré, puis plâtré. Un tendon de la cheville nécessitera neuf mois de repos. C’est ce qui explique mon temps de jeu réduit cette saison-là.

Lorsque vous revenez dans le groupe, la donne a changé, c’est désormais le Belge
Heylens qui est à la tête des pros ?

Oui, c’est l’été 1984, les Bleus sont champions d’Europe, puis champions Olympiques. Mais du côté du LOSC, je pense qu’on a fait le mauvais choix. Charles Chamoy pouvait choisir entre Jean Parisseaux (voir plus haut), qui connaissaient bien les jeunes, ou Georges Heylens, qui faisait des merveilles en Belgique. Il a choisi le Belge, et un changement d’identité. Pour moi, ce choix a tout cassé !

Crédit photo : LOSC.fr

Pourtant, avec le recul, les supporters du LOSC gardent une bonne image du passage de Georges Heylens.

Oui c’est plutôt un avis personnel. Je lui en veux d’avoir recruté « ses » joueurs, plutôt que de construire avec l’équipe en place. Peut-être que c’était une décision de plus haut, du président Jacques Amyot ?
Mais avoir dispersé aux quatre coins du championnat des joueurs qui se connaissaient depuis les cadets, c’était dommage. En continuant à progresser ensemble, nous aurions pu faire des ravages.

Pour les supporters, c’est différent. Son arrivée coïncide avec le recrutement de joueurs comme Desmet ou Vandenbergh, qui assuraient le spectacle à Grimonprez. Ils doivent en garder un bon souvenir, même si les résultats étaient mitigés (un classement moyen de douzième sur les cinq saisons de Heylens en D1, et une moyenne de spectateurs inférieure à 9.000 personnes, NDLR).

On comprend que ça n’était pas l’entente cordiale avec le coach. Vous faites pourtant une saison pleine lors de sa première année (35 matchs et 4 buts en D1).

J’ai du temps de jeu, alors que je n’ai que 20 ans. Mais c’est en coulisse que ça se gâte. Lorsque l’on nous échange Michel Titeca et moi-même, contre Cyriaque Didaux en provenance de Rouen.

Vous regrettez ce choix ?

Et comment ! Avec le recul, je n’aurai jamais dû accepter de rejoindre Rouen. Comme je vous l’ai dit, je n’avais que 20 ans, pas encore le caractère suffisant pour répondre au président Amyot que le deal n’était pas correct. Comme les jeunes joueurs d’aujourd’hui, j’aurais du me faire représenter, faire pression davantage. Utiliser le fait que j’étais encore sous contrat avec Lille pour quelques années, pour tenter de conserver ma place.

Dans l’équipe type de l’époque, quel joueur vous impressionnait le plus ?

Je vais vous répondre Joel Henry, peut-être parce qu’en tant qu’ailier j’observais davantage les joueurs offensif. Je le trouvais phénoménal. Au milieu, notre numéro 6, Stéphane Plancque envoyait du lourd aussi !

Et Rudi Garcia ? Etait-il fidèle à sa réputation d’ego surdéveloppé… ?

C’est vrai que Rudi Garcia, a toujours eu une ambition supérieure à la normale. Ça le rendait peut-être un peu hautain. Ou alors anxieux vis-à-vis de ses concurrents. J’aurai aimé avoir plus caractère étant jeune, ça m’aurait peut-être permis d’avoir une carrière plus longue au plus haut niveau, donc je ne peux pas le juger sur ce point.

Mais, ce n’est un secret pour personne, qu’en 2009, c’est lui qui est à l’origine du départ de Pascal Plancque, alors entraineur de la CFA du LOSC. Même 25 ans plus tard, l’entente ne semblait pas au beau fixe entre les deux… (rires). Je ne suis pas objectif, car j’adore Pascal, c’est un super mec, et je suis ravi du boulot qu’il effectue actuellement à Nîmes.

Passons désormais au volet « Coupe de France », et les deux parcours jusqu’en demi-finale en 1983, puis 1985.

De par ses cinq finales consécutives d’après-guerre, le club a toujours eu une relation particulière avec cette compétition… C’est vrai que retrouver les demies, alors que le LOSC n’y avait plus accédé depuis 30 ans, avait fait parler dans la presse. En 1983, je suis encore stagiaire et pas souvent aligné, mais en 1985 je participe davantage au parcours, en marquant d’ailleurs lors du fameux 5-1 contre Bordeaux.

« Puis on l’emporte 5-1 en prolong’, le terrain est envahi… La folie »

En effet, après une défaite 3-1 chez le champion de France, vous retournez la situation à Grimonprez-Jooris, en seizième de finale.

A l’époque c’était en formule aller-retour oui. Pourtant, les Girondins marquent rapidement à Grimonprez, et il nous faut alors trois buts pour envisager les prolongations. C’est le scénario qui a rendu ce match mythique. D’autant plus que Bordeaux, champion en titre, caracole de nouveau en tête du championnat et sera demi-finaliste de la Champions League 1984-85. C’était le grand Bordeaux, celui de Battiston, Tigana, Dropsy ou Lacombe. J’ai la chance de remettre les deux équipes à égalité, en marquant le but du 3-1 (à la 58ème). Puis on l’emporte 5-1 en prolong’, le terrain est envahi… La folie.

Néanmoins, ce but contre Bordeaux, n’est pas mon plus beau souvenir avec le LOSC. Je me souviens davantage d’une ouverture du score rapide contre le FC Nantes, en décembre 1984. Dans les buts Nantais, c’était l’illustre Jean-Paul Bertrand-Demanes, international français, qui a fait toute sa carrière chez les Canaris. Pas n’importe qui ! J’ai longtemps recherché ce but sur les réseaux sociaux. Dans mes souvenirs, je déclenche des 30 mètres… en pleine lucarne. Peut-être que l’un de vos lecteurs le retrouvera ?

David, le frère cadet… deuxième dogue de la famille

Le LOSC a vu passer dans ses rangs plusieurs fratries. Il y a les frères Plancque, avec lesquels vous avez eu l’opportunité de jouer, mais aussi les frères Cheyrou, les jumeaux Robail, José et Rui Fonte… sans parler de ceux qui n’ont pas joué en pro. Votre frère David, a également porté le maillot des dogues !

Oui, David est arrivé au club un an avant mon départ. Il devait alors avoir 17 ans, donc nous n’avons pas fait d’entrainements en commun. Il n’a fait ses débuts avec l’équipe première qu’en 1988, un certain Christophe Galtier était dans l’équipe d’ailleurs (rires).

Mon frère et moi, avions des profils de joueur différents. J’étais le pur gaucher, et je jouais le rôle d’ailier de débordement. Lui était plus un joueur de devoir, le bon défenseur. L’entraineur pouvait compter sur lui, pour aller au charbon de la première à la dernière minute… et tous les week-ends.

Il a ensuite pris le chemin d’entraineur ?

Je suis très fier de son parcours. Il est monté crescendo. Une épopée en coupe avec Chambéry (le club de CFA2 éliminant trois clubs de L1 en 2011, NDLR), puis il arrive à Reims en 2012.

C’est avant tout un formateur. En Champagne, il est d’abord passé par le poste de directeur du centre de formation, avant de prendre l’équipe première en 2016. Il a battu tous les records en L2 et ramène le club jusqu’en Europa League. Ce genre de projets sur le long terme, il adore, il aime promouvoir les jeunes. Donc maintenant qu’il est libre, il n’ira pas n’importe où, il a des certitudes… Lors de notre dernier échange téléphonique, il m’a expliqué avoir refusé trois offres. Il reste donc dans l’attente d’un poste en Ligue 1. Peut-être qu’il y aura des opportunités à saisir, après l’habituelle vague de licenciements en cours de saison (rires). Angers et le Mans c’est tout près, j’aurais donc bien aimé le voir au SCO, même si ça ne sera pas simple de succéder à Stéphane Moulin sur place.

Votre carrière après le LOSC

Comme évoqué précédemment, alors que vous sortez d’une saison pleine en 1985, et à seulement 20 ans, vous êtes transféré à Rouen. Quelle fut la suite ?

Je fais un an à Rouen, un an à Cannes, trois ans à Beauvais, puis je termine ma carrière professionnelle à Reims en 1992. Sportivement, les choix n’étaient pas forcément bons. Entre descentes, ou accessions ratées de peu, j’ai perdu en visibilité. J’ai ensuite pris une licence en D4 à Château-Thierry, puis je suis revenu aider le Stade de Reims en 1996, qui avait dégringolé jusqu’en cinquième division.

A partir de 1997, retraite de joueur, puis reconversion dans la restauration…

Je venais de divorcer et je suis rentré sur Le Mans. De retour dans ma ville natale, j’ai rencontré ma compagne, et nous nous sommes lancés ce challenge dans la restauration. Durant 20 ans, on s’est éclaté, même si c’est un métier très prenant. J’ai ensuite tenu un bowling quelques temps, mais un peu comme à l’arrivée d’Heylens, des repreneurs sont arrivés avec une nouvelle équipe, et je me retrouve aujourd’hui sans activité. A 56 ans, c’est assez difficile à vivre, d’autant que je ne me considère pas du tout proche de la retraite.

Pour tout vous dire, en apprenant qu’il reprenait du service, j’ai même envoyé un texto à Jean-Michel Vandamme pour savoir si cela l’intéressait d’avoir un scout. Je peux par exemple jalonner tout le secteur Ouest de la France… pour le compte du LOSC. Mais j’ai peu d’espoir. Le fait d’avoir disputé plus de 270 matchs en professionnel, me donne une équivalence vis-à-vis des premiers diplômes d’entraineurs. J’essaie de valoriser cela aussi, en postulant dans quelques clubs.

Si demain j’ai une proposition d’emploi dans le Nord… je fonce. Autant, pour avoir passé un an à Cannes, je peux affirmer que j’aurais du mal à m’installer dans le midi, autant les nordistes méritent leur réputation d’hospitalité ! J’ai passé sept années à Lille, entre mes 14 et 21 ans, ça marque un homme…

Le titre du LOSC 

Vous restez très attaché à Lille. Comment avez-vous vécu le titre 2021 ?

Le LOSC reste mon club de cœur. Même si je ne me déplace que rarement au stade, je regarde tous leurs matchs à la télé. Je suis tout de même venu au Grand Stade pour les 70 ans du club, avant de revoir l’équipe jouer au Mans, en janvier 2018. C’était pour un match de coupe au MMArena.
Hormis Reims que je suivais attentivement vis-à-vis de mon frère David, aucune équipe ne me donne autant d’émotions que Lille.

« Le titre acquis est amplement mérité »

Le titre acquis est amplement mérité. Ils ont été complets, solides derrière et assez efficaces et réguliers face aux grosses cylindrées. Comme tout supporter, je m’inquiète un peu du mercato à venir. Quel gardien prendra la suite de Maignan… ?

Un grand merci Pascal !

2 commentaires

2 Comments

  1. Fred

    28 juillet 2021 at 23:28

    Très sympa d’avoir de ses nouvelles et effectivement j’aurais bien aimé David Guion au LOSC !

  2. LESAGE

    29 juillet 2021 at 11:31

    “Cali”, comme tout le monde l’appelait affectueusement, venait souvent à la maison. J’ai encore en souvenir le jour où il m’a offert son maillot de champion d’Europe Juniors avec l’équipe de France.

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