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Interview

Exclu – Mile Sterjovski : « J’espère que le club va continuer à progresser »

Emile Simon

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Crédit photo : Imago

Milieu offensif australien, Mile Sterjovski a disputé plus d’une centaine de matchs avec le LOSC, pour une quinzaine de buts au débuts des années 2000. Il se livre en exclusivité pour Le Petit Lillois.

L’arrivée en Europe 

Tu arrives au LOSC à 21 ans, quelques semaines avant les Jeux Olympiques de Sydney 2000. Comment les recruteurs lillois ont pensé à toi ?

Les scouts du LOSC ont vu mon potentiel alors que je jouais dans le championnat Australien (11 buts pour le Parramatta Power en 1999/2000 NDLR) et m’ont donc proposé à l’entraineur en place : Vahid Halilhodžić. À l’époque les essais étaient plus fréquents qu’aujourd’hui. Vahid a donc insisté pour me tester pendant trois semaines complètes, afin de valider ou non ma signature. Ça s’est bien passé puisque le club a décidé de m’engager. Je leur serai toujours reconnaissant de m’avoir donné cette chance, et de m’avoir permis de faire mes débuts en Europe. Par contre je n’étais pas dans l’équipe Olympique à Sydney. L’épreuve de football avait lieu en septembre. La fédération australienne m’a demandé de faire partie de l’équipe élargie, mais j’ai préféré décliner l’invitation, afin de me concentrer sur mes débuts avec le LOSC.

Tu es le deuxième australien (après Frank Farina en 1994/95) à porter le maillot lillois. A ce jour, vous êtes les seuls joueurs venus de d’Asie ou Océanie à avoir joué ici, comment l’expliques-tu ?

C’est vrai que la France n’est pas la destination privilégiée pour les rares joueurs australiens qui se sont expatriés. La plupart de mes compatriotes ont eu tendance à favoriser le Royaume-Uni. Là-bas, c’est plus facile de s’adapter à la vie, il n’y a pas la barrière de la langue, et certaines coutumes se ressemblent aussi… du fait des relations historiques entre les deux pays. De mon côté, je me sens très chanceux d’avoir connu le football français et surtout la vie « à la française ». A ce jour, et malgré mes voyages par la suite, ce pays reste l’un de mes favoris !

En parlant d’adaptation ; dans une interview tu disais que l’Australian Bar du Vieux Lille avait joué un rôle important dans ton intégration lilloise. Il t’a aidé à surmonter le « mal du pays » ?

Oui exactement, l’Australian Bar était un endroit idéal pour mon épouse et moi d’aller rencontrer des anglophones ! Surtout au début, lorsque je ne parlais pas encore votre langue. Vingt ans plus tard, nous sommes toujours en contact avec quelques amis que nous avons rencontrés là-bas.

Tu as appris le français dans le Nord. Tu connais certains mots en ch’ti ?

Forcément mon accent devait ressembler à celui de la région. J’ai appris à maitriser le français au cours de mes quatre saisons dans le Nord. Mais malheureusement, par manque de pratique, mon vocabulaire n’est plus aussi fourni que lorsque j’ai quitté le club (en 2004 NDLR)…

Tu as côtoyé deux entraineurs emblématiques à Lille, avec Vahid, puis Puel. Lequel t’as le plus marqué ?

Les deux étaient de très bons entraîneurs. Avec cette exigence forte envers les joueurs, ce côté « dur ». Je suis très reconnaissant à Vahid parce c’est lui qui m’a donné ma chance en Europe et m’a fait énormément progresser au début de ma carrière. Il imposait le respect et la discipline à l’entraînement. Mais en même temps, il était attentif et veillait sur ses joueurs. Il avait bon cœur.

Ton coéquipier le plus régulier à Lille est le gardien Grégory Wimbée, avec 100 matchs en commun. Un mot sur celui qui est encore au club (entraineur des gardiens de la réserve) ?

Grégory était un gardien de but incroyable. Surement à son apogée lors de mon passage au LOSC. Avec Vahid nous gagnons la plupart des matchs par un but d’avance, donc les exploits de Greg étaient très importants. A mon avis, il aurait mérité d’être sélectionné en Équipe de France… au moins en doublure de Fabien Barthez. Au-delà de son rôle sur le terrain, c’était un véritable leader dans le groupe, ça ne m’étonne pas qu’il soit encore au LOSC, à vouloir transmettre aux plus jeunes.

Tu étais la bête noire du PSG, doublé en décembre 2000, puis encore en 2001/02. Ils ont dû te détester ?

Alors que Lille venait de remonter de D2, nous avions cette faculté d’embêter les grosses cylindrées (Marseille, Paris, Lyon…). Je n’avais pas réalisé à quel point c’était important de marquer contre le PSG. C’est sûr qu’à l’époque ils m’ont peut-être détesté, surtout lorsque leur défaite les prive du podium (dernière journée en mai 2002, NDLR). Mais je suis presque sûr qu’ils ne se souviennent plus de mon nom maintenant !

« Je garde énormément de bons souvenirs »

As-tu gardé contact avec certains coéquipiers de l’époque ?

Je suis toujours en contact avec quelques-uns oui : Sylvain N’Diaye, les frères Cheyrou, Matthieu Delpierre, Rafael ou Mikkel Beck…

Quel est ton plus beau souvenir sportif à Lille ?

Je garde énormément de bons souvenirs, mais la plus grande fierté est d’avoir disputé la Champions League. J’ai eu l’opportunité d’être cinq fois titulaire lors de la phase de poules en 2001 ! Ensuite même si je rejoue quelques tours préliminaires dans cette compétition avec le FC Bâle, je ne rejouerai plus jamais ces poules.

Cette première campagne européenne s’achève sans perdre à Dortmund (futur finaliste de la coupe UEFA), ça a dû être frustrant ? D’autant que tu fais une passe décisive à l’aller.

Nous étions tous très déçus. D’autant que si je me souviens bien, le but de Dortmund souffre d’un hors-jeu. Nous étions cependant fiers de faire partie des premiers joueurs à avoir joués en compétition UEFA avec un maillot du LOSC. Aujourd’hui la plupart des fans de foot, y compris quelques australiens savent situer Lille sur une carte (rires).

Crédit photo : Imago

La suite du parcours 

L’Australie est toujours membre du Commonwealth, jouer en Premier League sur le sol anglais, c’est donc un aboutissement ?

L’un des objectifs de ma carrière était effectivement de jouer en Premier League. Après trois saisons à Bâle (Suisse) et six mois à Ankara (Turquie), j’ai eu l’occasion de réaliser ce rêve de gamin, quand Derby County m’a recruté. Un grand club avec de grands fans, mais nous n’avons pas fait une grande saison cette année-là (Derby terminera avec 11 points en championnat, soit le pire total depuis le lancement de la Premier League NDLR). J’aime voyager et j’ai eu cette opportunité de jouer dans de nombreux pays (Australie, France, Suisse, Angleterre, Turquie et Chine), d’être international également. J’ai apprécié chaque pays et j’ai appris beaucoup de chaque culture. J’aurais juste aimé terminer ma carrière européenne à Lille. Là où tout a commencé.

Tu as côtoyé Tim Cahill avec l’Australie ou Ivan Rakitić, quel joueur t’as le plus impressionné en carrière ?

Les deux ont réalisé de grandes carrières. Tim est une star chez nous. Mais Rakitić m’a particulièrement impressionné. Le croate n’avait que 18 ans quand il a commencé à jouer avec l’équipe première du FC Bâle. Il s’est très vite imposé comme titulaire. Par la suite, il s’est montré important dans toutes les équipes où il a joué. Il a remporté la Champions League en 2015, aidé sa sélection à accéder à la finale du Mondial en 2018. Pour l’anecdote, je pense que je lui ai fait une passe décisive sur son tout premier but en pro (avec le FC Bâle en octobre 2006, NDLR).

 

Chez les Socceroos

Ton CV compte aussi 42 sélections avec les Socceroos australiens (pour 8 buts internationaux). Tu fêtes ta première sélection avec les A australiens en tant que lillois (le 15 novembre 2000 à Glasgow contre l’Écosse). Un sacré souvenir ?

Jouer pour la sélection était un autre objectif. Il a été relativement vite accompli. Quelques mois après mon arrivée en Europe oui. J’étais très honoré. Et la victoire en bonus 2-0 !

Il y a aussi l’aventure du Mondial 2006. Cette année-là, l’Australie se qualifie pour la première fois à une Coupe du Monde depuis 1974. Vous êtes éliminés face aux futurs champions du monde, sur un penalty litigieux

Perdre contre l’Italie a été décevant, surtout sur ce pénalty à la 95ème minute. C’était cruel. Mais avec le recul, la qualification des italiens est un résultat logique. Nous avons joué une bonne partie du match en supériorité numérique (après l’expulsion d’un certain Marco Materazzi à la 50ème minute, NDLR) sans réussir à marquer. La suite du parcours italien, prouve que nous n’avons pas à rougir de notre mondial.

Aussi, on te prête des origines européennes (Macédoine), une explication ?

Mes parents sont nés en Macédoine. Ils n’ont déménagé en Australie qu’à l’âge de 17-18 ans, c’est là qu’ils se sont rencontrés, avant de se marier. Mes frères et moi sommes nés en Australie.

 

L’après carrière de joueur 

Parle nous de ton académie, la MSFC. Quelle est son but ?

Le but de MSFC est d’aider les joueurs et joueuses de tous les niveaux. Pour certains, ils auront peut-être l’opportunité de devenir un jour professionnel, et de vivre du football ! Pour les autres, le but est d’apprendre une chose ou deux, et de trouver du plaisir. Peut-être qu’un jour un joueur de MSFC deviendra un joueur du LOSC !

Depuis l’an dernier, tu occupes un poste d’adjoint en première division australienne. Les résultats sont bons ?
Je suis le deuxième assistant de l’équipe première du FC Macarthur, franchise créée en 2017. J’occupe également le poste d’entraineur de l’équipe U23. Je suis très heureux de travailler avec Ante Milicic, le coach principal. C’est un ancien international comme moi. Il gérait l’équipe féminine des Socceroos il y a peu. C’est un très bon mentor. L’équipe première se porte bien, nous sommes actuellement 6ème de D1.

« Je suis toujours le LOSC à travers les réseaux sociaux »

Vladimir Manchev que nous avons eu récemment en interview, entraine aussi une équipe de D1 dans son pays, vous êtes nombreux à suivre ce chemin. C’est si dur de décrocher ?

Le football fait partie de ma vie depuis que je sais marcher. Je pense que c’est quelque chose qui sera dans ma vie pour toujours ! J’adorerais entraîner à Lille un jour !

Tu supportes toujours le LOSC ?

Je suis toujours le LOSC à travers les réseaux sociaux, j’observe leurs résultats. J’espère qu’ils conserveront leur première place (interview réalisée le 30 avril) ! Je sais que la direction a changé récemment, mais j’espère que le club va continuer à progresser.

Merci Mile !

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