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Exclu – Tulio De Melo : « Je les vois très bien aller au bout, c’est possible »

Joseph Da Rocha

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Crédit photo : Imago

La saison 2010-2011 est l’occasion pour les titulaires de montrer tout l’étendu de leur talent. Mais pour gagner des titres, impossible de se reposer sur un seul onze titulaire : ce qui fait la différence, c’est la force de tout un groupe. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le succès du LOSC d’il y a dix ans tient aussi à ses remplaçants.

Un effectif bien fourni

Avant que la saison commence, le LOSC a conscience qu’il a une carte à jouer en championnat. Après avoir échoué de peu aux portes de la Ligue des Champions, l’objectif annoncé par le board lillois est le top 5. Mais la concurrence est rude : l’OL, l’OM, Rennes, Bordeaux ou encore le PSG (encore sous Colony Capitals) sont des candidats sérieux aux places européennes. En bref, le LOSC va faire face à de gros morceaux. De plus, le club est qualifié en Coupe d’Europe et doit s’attendre à jouer régulièrement tous les trois jours, et donc à faire tourner l’effectif. Pour remplir les objectifs qu’ils se sont fixés, les dirigeants mènent un mercato intelligent. Ils réussissent ce qui va s’avérer être un énorme coup : l’arrivée libre de l’attaquant Moussa Sow en provenance du Stade Rennais. Mais autre (très) bon coup, le club réussit à faire rester Ludovic Obraniak, pourtant pressenti à Auxerre. Enfin, le dernier jour du marché des transferts, David Rozehnal arrive en prêt d’Hamburg pour remplacer Nicolas Plestan, qui a rejoint Schalke entretemps. Son arrivée permet à Rudi Garcia d’avoir deux choix pour chaque poste et d’étoffer un groupe quasiment inchangé par rapport à la saison précédente.

Très vite, une hiérarchie se dégage. Mais le LOSC joue sur plusieurs fronts : qualifié en Europa League, dans le haut de classement en Ligue 1, le club joue à une cadence infernale et enchaîne les matchs. Impossible donc de se reposer sur les onze titulaires habituels uniquement. Mais les dirigeants ont prévu le coup : le coach pourra compter sur une équipe largement remaniée, mais toujours compétitive, qui permettra ainsi de faire souffler les titulaires habituels. C’est l’occasion de voir jouer Emerson, David Rozehnal, Stéphane Dumont, Ludovic Obraniak, Pierre-Alain Frau ou encore Tulio de Melo. L’équipe « bis » fait le travail en Europa League. Elle permet au LOSC de s’extirper d’un groupe relevé avec le Sporting Portugal, La Gantoise et le PFC Levski Sofia. Mieux, lorsque le LOSC peine à débloquer la situation en Ligue 1, un duo sort régulièrement du banc pour sauver la mise : Ludovic Obraniak et Tulio de Melo.

Des remplaçants qui répondent présent

« Centre de Ludo… but de Tulio ! ». Cette phrase, Mickaël Foor l’a prononcée plus d’une fois lors de la saison du doublé. Duo ultra-complémentaire, avec d’une part une patte gauche magique et d’autre part un jeu de tête imparable, les deux jokers de luxe des Dogues réussissent à sauver les meubles plus d’une fois en championnat. Relégués sur le banc par le trio Hazard – Sow – Gervinho, les deux hommes profitent des quelques miettes laissées par des titulaires impitoyables. Ils permettent qui plus est de diversifier le style de jeu en attaque, et de déjouer les plans des blocs bas. Face à Arles-Avignon, un LOSC moribond réussit à l’emporter grâce à ses deux sauveurs au bout du temps additionnel. Dans un derby fermé face à Lens, le club lillois peut encore une fois compter sur son duo de jokers de luxe pour débloquer la situation.

Dans un profil plus physique que Moussa Sow, Tulio de Melo marque à sept reprises toutes compétitions confondues. Les deux hommes se démarquent également en Europa League, compétition dans laquelle ils bénéficient de plus de temps de jeu. Ils permettent à l’équipe de glaner de précieux point face à Sofia, dans un stade chaud bouillant, ou encore face au KAA Gent. Plus globalement, ce sont tous les remplaçants qui répondent présent. Exemple, s’il en fallait un : lors de la double confrontation contre le PSV Eindhoven, les buteurs sont uniquement composés de remplaçants : Gueye et de Melo pour le 2-2 du match aller, puis Pierre-Alain Frau pour l’unique but du match retour.

Outre ces deux joueurs, le banc du LOSC permet de faire la différence dans la course au titre : au Vélodrome, c’est un centre d’Emerson pour Pierre-Alain Frau, tous deux sortis du banc à quinze minutes de la fin, qui permet aux lillois d’arracher une victoire ô combien importante dans la course au titre alors que l’on jouait le temps additionnel. Ce même Pierre-Alain Frau s’était également distingué dans le derby au stade Bollaert face au voisin lensois, grâce à un magnifique doublé, permettant au LOSC d’enfin lancer sa saison.

Crédit photo : Imago

A l’image du LOSC version 2020-2021, le rôle qu’ont joué les remplaçants du doublé n’est pas anodin : sans eux, les Dogues n’auraient peut-être pas été champions…

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L’entretien avec… Tulio de Melo

Le Petit Lillois s’est entretenu avec l’ancien numéro neuf brésilien des Dogues.

Tulio, à l’aube de la saison 2010-2011 vous sortez de deux saisons tronquées par des blessures. Comment vous sentiez-vous physiquement et mentalement ?

À chaque blessure, je me sentais plus fort. Alors oui, ce n’était pas facile. À un moment donné, au bout de la deuxième chirurgie au genou, la plus grave de mes blessures, j’ai eu du mal à revenir. Mais finalement je suis revenu plus fort mentalement grâce à ce qui venait de m’arriver.

Sur le plan collectif, comment imaginiez-vous la saison du LOSC ?

On avait une équipe qui jouait ensemble depuis longtemps. Il y avait une véritable colonne vertébrale, on sentait que tous les ans on faisait de belles choses. On avait une super équipe. Dans le vestiaire, il y avait vraiment une super ambiance. A chaque fois j’avais hâte de débuter une nouvelle saison.

Tout au long de la saison, vous êtes utilisé avec Ludovic Obraniak en tant que joker de luxe. Comment viviez-vous ce rôle de doublure ?

Franchement, je ne l’ai pas mal vécu, je dirai même que je l’ai très bien vécu. Moussa Sow était en état de grâce cette saison-là. C’était normal, il fallait l’accepter. Si ça avait été un joueur en méforme qui jouait à ma place, ça aurait été probablement plus dur. Mais là, pour être honnête, c’était normal. Je l’ai bien vécu parce que j’ai toujours été collectif. Dans mon attitude, mon comportement en tant que footballeur, ma mentalité me disait d’être toujours au meilleur de moi-même. Je voulais être présent et aider l’équipe.

Et parmi les autres remplaçants, n’y avait-il pas une forme de frustration, voir de jalousie ?

Certainement, ça a probablement pu être le cas. Il devait probablement y avoir des joueurs déçus de ne pas jouer, comme c’est le cas dans tout groupe. Il y a toujours des frustrés, et c’est normal : quand on est 23-25 joueurs et qu’il n’y en a que onze qui jouent, ça fait forcément des déçus. Ce sont des humains, c’est normal. C’est impossible de contenter tout le monde. Impossible. C’est au staff de faire en sorte qu’ils comptent, d’être là pour ces remplaçants.

« Cette saison-là, plus le temps passait et plus on se rendait compte qu’on était en tête »

Il y avait un autre brésilien dans l’effectif, Emerson. Vous deviez forcément avoir une relation particulière avec lui ?

Oui, c’était un ami. Mais honnêtement, j’étais proche de tout le monde. C’est un très bon ami mais par ailleurs, nous n’étions pas toujours ensemble en dehors des terrains. J’avais aussi de très bonnes relations avec les français et plus globalement avec les autres joueurs du groupe.

Quelle relation aviez-vous avec le staff ?

C’était une super relation. J’avais une relation forte avec Rudi. Mais plus globalement je m’entendais super bien avec tout le monde, que ce soit avec la direction, avec le staff, avec Fred Bompard, Greg Dupont… c’était une ambiance magnifique. En plus, je ne suis pas du genre à faire le frustré. Dans ma carrière j’ai pu être fâché, seulement quand je côtoyais des gens « faux », mais dans ce groupe il n’y en avait pas. C’était vraiment super.

Avez-vous une anecdote sur cette saison ?

Cette saison-là, plus le temps passait et plus on se rendait compte qu’on était en tête. Au début, on se disait que l’objectif était avant tout de se qualifier pour la Ligue des Champions. On se disait que ce qu’on faisait était bien, sans pour autant penser au titre. On s’était dit : on va penser match par match. A chaque rencontre, on voulait aborder ça comme un match décisif. Mais on ne se mettait pas non plus la pression. Puis, on a continué a être devant. Forcément, on s’est dit pourquoi pas, puisqu’on commençait à gagner partout, et qu’on arrivait à obtenir des résultats favorables. On se disait vraiment que ce serait magnifique, on savait qu’on avait les atouts pour gagner. Je pense que c’est ça le truc, c’est qu’on s’est senti capables, puis on a fini par se dire les choses clairement : on veut être champion, alors il faut faire de notre mieux et ramener le titre à la fin.

Quel est le joueur qui vous a le plus marqué cette saison-là ?

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Eden confirme cette saison-là, c’est vraiment un joueur important, comme d’autres cette année-là. Mais individuellement, c’est sûr qu’il réalise une très bonne saison. Gervais aussi était impressionnant. Globalement, l’équipe possédait beaucoup de très bons joueurs, c’est compliqué de ne retenir qu’un seul joueur, il n’y avait quasiment que des joueurs d’exception !

Vous êtes encore en contact avec certains joueurs du doublé ?

Je suis toujours très en contact avec Rio, Ludo’, Adil, Yo’ Cabaye, Debuchy… il ne faut pas que j’oublie des gens (rires). Il y a aussi Idrissa Gueye, Aurel’ Chedjou, Barel Mouko ou encore Pape Souaré. Je parle aussi encore pas mal avec des joueurs arrivés un peu plus tard comme Steeve Elana ou Vincent Enyeama. Je garde des liens avec un petit peu tout le monde, c’est l’avantage des réseaux sociaux, maintenant on peut rester plus facilement en contact.

« Ce but face à Copenhague est un but qui me marque beaucoup »

A la suite de ce doublé, vous vivez une saison 2011-2012 de nouveau marquée par les blessures, mais vous réalisez un très bon sprint final. Puis en août 2012, il y a ce but face à Copenhague… C’était la juste récompense sur le plan personnel ?

J’étais toujours à fond, certaines fois je n’étais clairement pas à 100% physiquement, mais dans ma tête j’ai toujours donné le maximum. Je devais faire mon boulot, à chaque match je voulais marquer. Forcément, ce but face à Copenhague est un but qui me marque beaucoup, et je pense qu’il a dû marquer pas mal de supporters. Il nous permet de nous qualifier en phase de poules de la Ligue des Champions, ça représentait quelque chose d’énorme sportivement et économiquement. Peut-être que sans Ligue des Champions, certains des joueurs partaient. Il y avait un enjeu énorme. Je suis très content d’avoir marqué ce but, c’est une soirée inoubliable.

Crédit photo : Imago

A la fin de votre carrière, il y a cette histoire spéciale avec Chapecoense… Ça a du être un autre moment marquant ?

Ça n’a pas été facile. J’avais effectué un premier passage à Chapecoense en 2015, un an avant le crash. Je connaissais 70% des gens qui ont péri dans cet accident. Je me demandais beaucoup de choses, j’étais choqué. Au moment où l’un des directeurs du club, qui n’était pas dans l’avion, m’appelle, il me dit que je dois y retourner. A ce moment-là, j’avais des plans de carrière. Je ne savais pas quoi dire, je me suis dit « qu’est-ce que je vais faire, mes amis ne sont plus là, il n’y a plus rien ! ». C’était mentalement compliqué, mais en fin de compte, je pensais à tout ça, et c’était impossible pour moi de dire non. Je devais revenir pour honorer les valeurs du club. Finalement, ce fut plus une année où je ne pensais pas à ma carrière sportive, je devais penser à quelque chose de plus grand que moi. C’était l’opportunité d’être aux côtés du club, pour les familles des joueurs, donc j’ai accepté. Et ça été incroyable. Le club a dû tout recommencer un de zéro, et on a fini par faire la meilleure saison du club. Ce fut une excellente saison, au niveau sportif, on a assuré l’objectif principal du club qui était le maintien. Je marque le but du maintien, à quatre journées de la fin, puis au dernier match, à la cinquantième minute, je permets au club de se qualifier pour la Copa Libertadores.

« Je les vois très bien aller au bout, c’est possible »

Désormais, quels sont vos projets pour la suite ?

Aujourd’hui je suis agent de joueurs. Je suis intermédiaire officiel par le biais de la confédération brésilienne. On a pas mal d’échanges avec la France pour découvrir des talents au Brésil, des profils qui sont compatibles avec le football français. J’ai ma propre agence.

Et pour le LOSC, comment voyez-vous la fin de saison ?

Je les vois très bien aller au bout, c’est possible. C’est la 28e journée (NDLR : l’interview date du 9 mars), on est qu’à dix journées de la fin. C’est ce qui se passait avec nous, on peut dire que ce n’est pas très différent, certes à l’époque il n’y avait pas le PSG d’aujourd’hui, mais il y avait déjà quelque chose de costaud en face. Le LOSC a gardé des éléments très important l’été dernier, avec l’arrivée de certains joueurs qui ont su renforcer l’équipe. Jo’ David a commencé doucement la saison, il a eu besoin d’un certain temps d’adaptation puis maintenant il est devenu très bon, et c’est au meilleur des moments !

Joseph da Rocha Carneiro

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