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Interview

LOSC, Tottenham, Villareal, Bolton… Dorian Dervite revient sur sa carrière

Emile Simon

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Crédit photo : Imago

Né à Lille en 1988, Dorian Dervite a passé sept années au sein de la préformation du LOSC. Défenseur prometteur, il aurait pu faire partie de l’équipe victorieuse du doublé en 2011. Pourtant il a choisi un tout autre chemin, en ralliant les Spurs de Tottenham, juste avant sa majorité.

Au LOSC des benjamins jusqu’à la réserve 

Vous arrivez à Lille à 11 ans, comment le club vous a-t-il repéré ?

Il s’agit d’une détection classique. Je jouais pour La Madeleine. A la fin d’un tournoi, des responsables du LOSC ont sollicité mes parents pour plusieurs essais. A la suite desquels, j’ai intégré « les benjamins ». D’abord en tant qu’attaquant, puis au fur et à mesure, j’ai reculé sur le terrain pour terminer défenseur central.

Quels autres jeunes de votre promotion ont fait carrière ?

A mon arrivée, Jerry Vandam était déjà au club. Je pense que c’est le seul des « 1988 » qui a signé son premier contrat pro avec Lille (le latéral droit a disputé 28 matchs en équipe première entre 2007 et 2011, NDLR)

Julien Bailleul, a joué en première division belge à partir de 2009 à Mons, puis à Lokeren. Malheureusement il est décédé il y a quelques années, des suites d’une maladie.

On peut aussi citer William Dutoit, le gardien de but de notre génération, qui a joué une centaine de matchs en pro, avec Ostende notamment.

Ensuite, il y a ceux que vous connaissez davantage ; comme Yohan Cabaye ou Kévin Mirallas, qui étaient un peu plus âgés, mais que j’ai côtoyé lors de la phase finale des réserves en 2005.

Enfin, quelques mois avant de quitter le club, j’ai été aligné en défense centrale avec un certain Adil Rami. C’était lors d’un match amical de la réserve. Il était venu faire un essai, lui disait qu’il jouait milieu de terrain à Fréjus, mais Pascal Plancque a préféré l’aligner en défense. On connait la suite…

« J’ai vraiment apprécié la philosophie de Pascal Plancque »

Quels coachs avez-vous connus lors de votre passage à Lille ?

En sept ans, j’ai eu Fernando Da Cruz et Mickael Delestrez qui sont encore au club d’ailleurs. Puis les historiques du centre : comme Michel Robilliart, Rachid Chihab ou encore Pascal Plancque, lorsque je commençais à m’entrainer avec la réserve.

J’ai vraiment apprécié la philosophie de Pascal, il est très pédagogue. On voyait qu’il avait lui-même fait carrière, il a cette faculté pour ressentir les émotions des jeunes joueurs. Selon moi, le LOSC lui doit beaucoup dans la réussite de sa formation au cours des années 2000.

En tant que Lillois pur souche, vous ne logiez pas à l’internat de Grimonprez-Jooris ?

Non, je rentrais chez moi tous les jours. J’avais cette chance en tant qu’adolescent de pouvoir être bien entouré. L’équilibre est important, retrouver la famille quotidiennement permettait de couper un peu avec le foot. Que ce soit au niveau technique, physique ou tactique, la formation à la française est très exigeante. Je serai toujours reconnaissant au LOSC, pour ce bagage qu’elle m’a donné.

 

Un départ précoce inédit

Dès votre majorité, vous êtes transféré vers le club prestigieux de Tottenham. Expliquez-nous, comment ça s’est passé ?

J’étais régulièrement présent en équipe de France de jeunes (U16, U17, U18 NDLR). Ces catégories attirent de nombreux recruteurs… dès mes 16 ans, Chelsea s’était déjà manifesté. A l’époque, mes parents avaient repoussé les avances, le but était de continuer à progresser à proximité du domicile familial.

Dervite sous le maillot des Bleus – Crédit photo : Imago

Mais deux ans plus tard, les offres s’intensifiaient. Anderlecht, la Fiorentina, Chelsea toujours, mais aussi Tottenham sont venus aux renseignements.

Damien Comolli, un français, était directeur sportif de Tottenham (aujourd’hui président du Toulouse FC, NDLR). Nous avons bien accroché. Les Spurs me proposaient un premier contrat pro de quatre ans, et surtout la promesse d’intégrer directement le groupe professionnel au quotidien.

« Bizarrement, après mon départ, ils se sont mis à signer plus facilement certains jeunes »

Et le LOSC ne comptait pas sur vous ?

Les dirigeants lillois ne me proposaient qu’un contrat élite. J’étais très ambitieux, d’autant que la plupart de mes coéquipiers en équipe de France avaient déjà signé leur premier contrat pro. J’ai donc tenté de négocier avec le club, en expliquant que Tottenham me proposait de participer aux entrainements de l’équipe première.

Ce n’est pas forcément le salaire qui m’intéressait le plus, mais je voulais vraiment intégrer le groupe de Claude Puel. J’ai d’ailleurs eu un entretien avec ce dernier, mais le club disputait la Champions League, l’effectif était fourni, je n’ai pas eu gain de cause.

Après avoir refusé Chelsea, je ne voulais pas rater le train, sans savoir si une telle opportunité se représenterait. J’ai donc signé le précontrat avec Tottenham, afin de m’aguerrir aux contacts de grands joueurs. Le fait que Londres ne soit qu’à 1h30 de TGV a joué aussi, ça n’était pas un véritable déracinement.

Nous sommes en 2006. Vous êtes conscient d’être l’un des premiers espoirs estampillé LOSC à avoir quitté le club, sans y faire vos débuts en pro ?

Oui, d’autant qu’à l’époque la politique de Puel laissait une grande place aux joueurs formés au club. Je pense tout simplement que le club ne m’a pas cru. Ils pensaient que nous faisions de l’intox vis-à-vis de la proposition anglaise. Les dirigeants lillois ont suivi leurs standards habituels et le contrat élite à 18 ans, je peux comprendre. Mais bizarrement, après mon départ, ils se sont mis à signer plus facilement certains jeunes. C’était finalement les prémices de ce qui se passe aujourd’hui.

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La fin du pacte de « non-agression » entre les grands clubs formateurs ?

Oui voilà. Même si Tottenham a légitimement payé les indemnités de formation à Lille.

Signer à Tottenham c’était l’aboutissement ?

Ça reste le meilleur souvenir de ma carrière. Nous avions signé en toute intimité à l’hôtel Grand Plaza de Lille, seule ma mère m’avait accompagné.

Toutefois, je ne voyais pas ça comme un aboutissement. Malgré mon jeune âge, je savais que le plus important n’était pas le premier contrat, mais surtout le deuxième. Maintenant il me fallait jouer et prouver ma valeur !

Votre maman vous accompagnait, c’est votre famille qui jouait le rôle d’agent ?

Damien Comolli a discuté avec mes parents et moi, mais pour finaliser le transfert, le club londonien avait mis à disposition un agent du nom de Rudi Rabat. Mais lui ou rien c’était pareil, il n’a servi qu’à la « transaction », après ça, plus de son plus d’images… Il a fait pareil avec le lensois Adel Taarabt d’ailleurs (formé à Lens puis transféré chez les Spurs en 2007 NDLR).

Très vite, j’ai choisi les frères Boisseau (Pascal et Sébastien), qui géraient les intérêts de plusieurs professionnels de Tottenham dont Steed Malbranque et Benoit Assou-Ekotto. Ça s’est bien mieux passé.

 

Quatre années chez les Spurs 

« Harry Redknapp arrivait parfois en hélicoptère sur la plaine d’entrainement et restait 30 minutes avec nous »

Vous devez avoir de sacrées anecdotes sur les stars de Tottenham ?

En tant que défenseur, c’est énorme d’avoir pu m’entrainer quotidiennement face à des joueurs comme Gareth Bale, Luka Modric, Harry Kane, Jermain Defoe, Dimitar Berbatov ou Robbie Keane… Je faisais partie du groupe de 25 joueurs, j’ai énormément progressé à leurs contacts.

C’était un autre monde. Edgar Davids lors des taureaux, il te faisait les mêmes gestes que dans les publicités Nike qu’il tournait. Lucas Modric (Ballon d’Or 2018 NDLR), déjà à l’époque j’avais l’impression qu’il avait des yeux derrière la tête, c’était impossible de lui récupérer le ballon.

Autre anecdote hallucinante, sur notre manager. Harry Redknapp arrivait parfois en hélicoptère sur la plaine d’entrainement. Il restait 30 minutes avec nous, puis repartait en laissant ses adjoints diriger la séance. Idem lors des matchs, il arrivait 15 minutes avant la rencontre dans les vestiaires, pas avant. Son rôle était plus dans l’analyse des datas, la Premier League avait énormément d’avance à ce sujet. Redknapp avait accès à nos comptes rendus individualisés d’entrainement…

Fin 2006, vous faites votre première apparition officielle chez les pros, en Coupe de la Ligue.

Oui, le club a tenu sa promesse. Dès mon arrivée, je m’entrainais quotidiennement avec l’équipe première, et je jouais aussi les matchs amicaux.

J’ai eu l’opportunité de jouer en Coupe de la Ligue contre Port Vale, ma prestation avait été remarquée. Mais finalement ça restera mon seul match officiel avec l’équipe première.

« Selon le chirurgien, je n’avais que 50% de chances de rejouer au football de haut niveau »

En effet, vous vous blessez gravement en janvier 2007 contre Norwich. Une rupture des ligaments…

… une rupture de tout. Les croisés, le cartilage, le ménisque. C’est vraiment la faute à pas de chance. On pourrait croire que c’est la blessure de jeunesse liée à une mauvaise hygiène de vie. Mais dans un club comme celui-ci, nous étions très bien encadrés : diététique, sommeil… j’ai pris un mauvais tacle, voilà tout.

Après l’opération, le chirurgien m’a alerté. Selon lui je n’avais que 50% de chances de rejouer au football de haut niveau. J’étais encore très jeune, donc j’ai pris mon temps dans la rééducation, je n’ai pas voulu griller les étapes.

J’ai fait mon retour dans le groupe 18 mois plus tard, en Coupe d’Europe (contre Zagreb en novembre 2008 NDLR). Durant cette période, le club a été très classe, comme j’étais tout le temps en béquilles, j’avais un taxi à disposition pour faire le trajet Londres-Lille autant que de besoin.

En janvier 2009, pour vous relancer, vous êtes prêté à Southend United en League One (D3 anglaise) 

J’avais beaucoup d’appréhension, toujours cette gêne au genou. Et d’ailleurs, je n’ai plus jamais rejoué comme avant l’opération, j’ai dû apprendre à faire avec… Ça s’est très bien passé à Southend (à 60 kms à l’Est de Londres NDLR), nous jouions devant plus de 10.000 personnes, et j’ai pu enchainer les rencontres. Ma plus grande victoire a été de retrouver l’équipe de France… en Espoirs cette fois.

Clairefontaine avait toujours un regard sur vous ?

Il faut croire, car la D3 anglaise n’est pas très médiatisée. A l’époque Erick Mombaerts était sélectionneur des Bleuets, mais c’est Patrice Bergues qui est venu me superviser sur les bords de la Tamise.

Grâce à lui, j’ai pu faire un mini-stage en présélection espoirs. On a fait une semaine d’entrainement, avec des jeunes que la Fédé voulait voir. Ça s’est terminé par un match à huis clos contre la réserve du PSG. Je me souviens que j’avais pu faire le tournoi de Toulon 2009 derrière, alors que des joueurs comme Morgan Schneiderlein ou Pierre-Eymerick Aubameyang n’avaient pas été convoqués.

On termine deuxièmes à Toulon. C’était la génération Marvin Martin, Mamadou Sakho, Yann M’Vila… J’ai gardé la plupart des maillots de mes sélections en Bleu. Les autres je les ai donnés à des amis, mais l’équipe de France, c’est à part, ça reste une grande fierté !

 

La suite du parcours pro (Villarreal, Charlton, Bolton, Charleroi…)

Eté 2010, vous optez pour Villarreal plutôt qu’un retour en Ligue 1 ?

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J’étais très proche de signer à Saint-Etienne, puisque Damien Comolli était arrivé en tant que Directeur Sportif, j’avais même eu Christophe Galtier au téléphone. Mes agents avaient également eu des touches de Montpellier ou de Lens, mais ils m’ont conseillé de rejoindre Villarreal en Espagne.

Le club espagnol disputait la Champions League et leur réserve jouait en D2 espagnole. Le deal était d’intégrer le groupe pro, mais de jouer en réserve le week-end pour commencer. La Segunda Liga c’est du costaud, en 2010 il y avait le Betis, Valladolid, les équipes B du Barça et du Real… ça m’a attiré. Mais j’ai peut-être été naïf d’accepter ce challenge plutôt que de signer en L1. J’ai négligé l’exposition que j’aurai eu en rentrant en France.

Je m’entrainais de nouveau avec des internationaux comme Santi Cazorla ou Marcos Senna, mais j’ai commencé à flancher au niveau mental. Je subissais des blessures récurrentes, et j’ai eu du mal à surmonter le décès de mon meilleur ami Julien Bailleul. Ça m’a mis un coup derrière la tête.

En janvier 2012, j’ai résilié et j’ai décidé de rentrer me soigner dans le Nord. C’est d’ailleurs par l’intermédiaire des frères Boisseau, également agents de Rudi Garcia, que j’ai pu bénéficier de soins au Domaine de Luchin.

Un retour en Angleterre, pour enfin enchainer ?

Après 8 mois sans club, je signe à Charlton en Championship. Ce championnat de D2 anglaise est moins médiatique que la Premier League, mais il est très important pour les supporters. Ces derniers s’identifient d’avantage aux joueurs de la division. Le figthing spirit est encore bien présent, le championnat est un véritable marathon de 46 matchs… c’est très intense, le pressing est permanent, très peu de temps faibles.

Dorian Dervite à Bolton – Crédit photo : Imago

Je me suis totalement épanoui là-bas, si bien qu’en 2014 j’ai failli retrouver la Premier League en signant à Bolton, mais le club est descendu quelques semaines après ma signature. Ça restait un gros effectif, nous avions quelques anciennes stars comme Eiður Guðjohnsen ou Emile Heskey. Nous avons fait un beau parcours en Cup, obligeant par exemple Liverpool à rejouer un match après un 0-0 à Anfield contre les Gerrard, Coutinho et compagnie…

« Difficile d’imaginer qu’Osimhen allait devenir l’un des joueurs les plus chers du monde »

La D1 Belge et Charleroi pour vous rapprocher de Lille ?

Après douze ans loin du Nord, j’ai effectivement voulu me rapprocher de la région. A Charleroi, les dirigeants m’avaient fait signer en tant que troisième défenseur, et je devais prendre progressivement la relève du capitaine vieillissant, c’était un bon deal, et ça aurait permis à ma famille de venir me voir jouer de temps en temps. Mais ils ont choisi de faire venir un défenseur supplémentaire lors du dernier jour du mercato estival (Gabriel Angel de l’Udinese NDLR). J’ai donc fait part de mon mécontentement au président, et ça m’a couté cher, j’ai été mis au placard.

Victor Osimhen était présent chez « les Zèbres ». Vous a-t-il impressionné ?

Je l’ai côtoyé lors de ses six premiers mois en Belgique (juillet à décembre 2018 NDLR). Il n’était pas encore aussi efficace que lorsqu’il est arrivé à Lille. Difficile d’imaginer qu’il allait devenir l’un des joueurs les plus chers du monde. Le coach Felice Mazzu l’a énormément fait progresser. Je me souviens qu’il arrive assez tard de son prêt de Wolfsburg, mais il a su s’adapter parfaitement au jeu de l’équipe… c’est un mangeur d’espace, il adorait ça. Dans les duels aussi, il peut prendre un ballon aérien, alors qu’il a deux joueurs sur le dos. En dehors du terrain, le nigérian était très timide, dans sa bulle…

En moins de deux ans, vous avez connu la D1 hollandaise (NAC Breda), une destination exotique à Chypres (Doxa Katokopias), avant de revenir en Belgique (Roulers, Mons).

Comme expliqué, j’étais en froid avec le président de Charleroi, j’ai donc accepté un prêt en Eredivisie. Ensuite j’ai été transféré dans ce club à proximité de Nicosie. J’ai joué tous les matchs là-bas. Mais avec l’arrivée du COVID et de ses difficultés, nous n’étions plus payés.

 

Bilan et reconversion

A 33 ans en juillet, quel bilan tirez-vous de votre carrière ?

Je pense avoir fait une carrière honorable. C’est vrai que mon départ très jeune vers Tottenham, a suscité beaucoup d’espoirs. Ça se joue sur des détails, je ne vais pas me cacher derrière ma blessure. Malgré ce coup dur, j’ai réussi à perdurer une quinzaine d’années dans le monde professionnel. J’ai pu disputer près de 200 matchs en Championship : le cinquième championnat européen en terme d’affluences…

Et que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

J’ai récemment rejoint le RAEC Mons qui se relance après la faillite de 2015. Je suis là en tant que joueur, mais j’ai aussi l’objectif de préparer l’après carrière. Le rythme de trois entrainements par semaine m’a permis d’être en immersion plusieurs semaines avec un agent de joueurs. Mais je souhaite m’orienter vers un poste de recruteur.

Sur l’ensemble de mon parcours, j’ai eu l’opportunité de jouer à différents niveaux, en amateur, en semi-pro et en pro jusqu’au contact de joueurs éligibles au ballon d’Or comme Modric ou Bale. Je connais l’exigence du haut niveau, les paramètres qui entrent en jeu comme la confiance, les blessure… J’estime donc avoir certaines compétences pour aider un club à trouver les joueurs dont il a besoin. De toute façon, le football est plus qu’un métier, c’est une passion, je n’arriverai pas à quitter ce milieu.

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