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Interview

Didier Santini : « Vahid savait aussi faire preuve de tendresse »

Emile Simon

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Crédit photo : Imago

Didier Santini, 52 ans, est formé à l’Olympique de Marseille avec lequel il a remporté le doublé coupe-championnat en 1989. Ce latéral gauche de métier a notamment disputé près de 300 matchs en professionnel, avant de devenir entraineur au milieu des années 2000. Passé par le LOSC de Vahid Halilhodžić (1999-2001), il nous a livré de nombreuses anecdotes sur l’emblématique entraineur.

Le « Minot » marseillais

Vous êtes né à Marseille, et êtes formé à l’OM à la fin des années 80. Parlez-nous de cette équipe.

En réalité, j’arrive du PSG, où j’étais en formation jusqu’en juin 1986, et je signe stagiaire à l’OM grâce à Gerard Gili (l’entraîneur du centre de formation), je m’entraîne avec la réserve et un mois après mon arrivée, j’intègre le groupe pro du coach Banide. J’ai eu la chance à l’instar d’autres jeunes comme Frederic Meyrieu, Patrice Eyraud, Éric Mura ou Benoit Cauet, de côtoyer tous les jours des internationaux : Papin, Domergue, Giresse, Genghini, Cantona, Di Meco, Allofs, Förster…

En tant que défenseur, j’étais très impressionné par Karlheinz Förster (finaliste des coupes du Monde 1982 et 1986 avec l’Allemagne, NDLR). C’était le Sergio Ramos de l’époque, une armoire à glace, il ne perdait aucun duel. M’entraîner et discuter quotidiennement avec ces stars, c’était époustouflant. Tout allait à deux mille à l’heure.

A la fin des séances, je restais souvent centrer vers JPP, qui enchainait ses fameuses « papinades ».

Christophe Galtier et Abedi Pelé, deux joueurs venus de Marseille ont porté le maillot du LOSC sur cette période. Avez-vous joué avec eux ?

Ces deux joueurs sont un peu plus âgés que moi (Abedi est né en 1964, Christophe en 1966 et Didier en 1968 NDLR), mais oui j’ai joué avec eux à l’OM. Abedi est arrivé en 1987, et il a justement été prêté à Lille entre 1988 et 1990.

Avec « Galette », qui a signé à Lille en 1987, on s’est côtoyé la première année. Étant tous les deux latéraux, nous avions quelques discussions sur le poste. En étant formé à l’OM il passait souvent au centre de formation, pour manger et parler avec nous les jeunes et les intendants. Le fait de jouer régulièrement dans l’équipe pro, ne le rendait pas du tout inaccessible et il restait très abordable avec nous. Je vois qu’il n’a pas changé.

Avec moins de 10 matchs en pro, vous quittez Marseille pour la Corse, pourquoi ?

Chaque année, l’OM de Bernard Tapie visait la victoire dans toutes les compétitions où il était engagé, il misait surtout sur des stars aguerries. Je n’avais pas la vingtaine, et à mon poste j’étais remplaçant de joueurs internationaux. En 1988, avec l’avènement à ce poste d’un certain Eric Di Meco, cela devient très difficile de jouer. Par ailleurs, il faut savoir qu’à l’époque, il n’y avait que 13 noms sur la feuille de match en championnat. Aujourd’hui, ils sont 20 en Ligue 1, et 23 en Europa League…

Je ne compte pas le nombre de fois ou Gérard Banide et ensuite Gérard Gili m’ont emmené en déplacement pour finalement me laisser en tribune. J’étais content d’être avec l’équipe première, mais c’est assez pénalisant pour un jeune, car je jouais très peu en pro et qu’en parallèle je manquais les matchs de la réserve. A la longue je pouvais régresser. J’ai donc accepté d’être prêté au SEC Bastia (devenu SC Bastia depuis NDLR).

 

Un long bail à Bastia (1989-1997)

Le prêt se passe bien, puisque vous restez une dizaine d’années au Sporting Club de Bastia ?

Je suis tombé amoureux d’une terre, d’un pays. En Corse, je me suis complétement retrouvé au niveau des valeurs. Mon père est d’origine italienne, mais je n’avais pas de lien particulier avec l’île. Pourtant ils ont fini par m’adopter.

Comme évoqué, à Marseille je savais que je n’aurais pas ma place, tandis qu’à Bastia dès la première année je suis titulaire. Nous réussissons à monter en D1 en 1994. Fréderic Antonetti fait ensuite un super boulot, stabilisant le club dans l’élite. En 1997, Bastia me propose quatre années de contrat supplémentaires, mais Alain Giresse entraîneur de Toulouse me contacte. Au SCB, j’avais l’impression de faire partie des meubles, et j’avais peur de perdre en motivation…

Didier Santini avec Frédéric Antonetti lors d’une opposition amicale à Luchin.

Votre passage à Bastia vous permet de faire une apparition sous le maillot de la « Squadra Corsa », contre le Cameroun de Samuel Eto’o et Rigobert Song. Parlez-nous de cette sélection :

L’équipe du Cameroun préparait la Coupe du Monde 1998 en France et devait jouer contre la sélection Corse. Pour rester auprès de mon épouse prête à accoucher, je n’étais pas parti en stage à l’étranger avec Toulouse. Comme j’étais sur Bastia, j’ai pu jouer ce match. J’étais honoré que la « Squadra Corsa » pense à moi, ça prouve que j’avais laissé une belle trace lors de mon passage, que j’avais été apprécié par ce peuple-là.

 

Au Téfécé, sur demande d’Alain Giresse

Vous passez deux saisons en D1, du côté de Toulouse, c’est donc Alain Giresse qui vous réclamait ?

Nous nous étions croisés à l’OM, j’étais “minot” et lui dans ses dernières années de joueur. Nous avions bien accrochés. A Toulouse, il devait avoir 45 ans, mais il participait encore aux entrainements ; avec son grand talent j’ai dû le découper quelques fois.

Si j’ai signé pour lui, à l’inverse les dirigeants du Téfécé, c’était la catastrophe. Le président (André Labatut NDLR) ne pensait qu’à son propre intérêt, il utilisait le club pour son propre business. Et finalement, ça n’a pas manqué. J’ai quitté le club en janvier 1999, pour un désaccord avec les dirigeants et son président. Nous étions à la dixième place, mais en fin de saison le club terminait dernier et descendait en Ligue 2 ; ensuite Toulouse a été rétrogradé administrativement par la DNCG en 2001.

 

Le LOSC de Vahid

Qui est à l’origine de votre arrivée à Lille ?

Lors de l’intersaison 1999, j’étais avec l’équipe de France de Beach Soccer d’Eric Cantona (la France termine troisième du Championnat d’Europe NDLR). C’est Pierre Dreossi qui m’appelle, et me dit que l’entraineur en place, Vahid Halilhodžić souhaite me voir à l’essai à Lille. Mon entourage me met en garde, en me disant que nos caractères risquent de faire des étincelles, mais je me suis dit banco. Un essai ça va dans les deux sens, ça me laissait une porte de sortie. Quand tu as confiance en tes qualités, un essai permet aussi au joueur d’être plus exigeant vis-à-vis du club, du staff et des dirigeants. Désormais entraineur, j’utilise parfois cette technique. Je dis à la potentielle recrue de se faire une idée de mon fonctionnement, de ses coéquipiers, etc… S’il signe ensuite, il ne peut plus dire que c’est un « groupe de merde ».

Vous avez facilement convaincu le coach bosniaque ?

Après une semaine d’essai à Lille, je suis parti avec le LOSC pour le stage à Saint-Cast-le-Guido, en Bretagne (Fernando D’Amico était aussi à l’essai sur ce stage du 4 au 13 juillet 1999, NDLR). Mais au bout de trois jours de stage, pas de nouvelles des dirigeants au sujet d’une signature, donc là c’en était trop. J’ai fait mes valises, et au pied de l’hôtel, je dis au coach Vahid « ça fait 10 jours que je suis là, je pense que vous avez eu le temps de me juger, et n’ayant aucune nouvelle des dirigeants je m’en vais ». Il me répond : « non Didier tu restes, c’est réglé, tu peux appeler Pierre (Dreossi) ». Et l’après-midi je signais. Ça c’était du Vahid. Avait-il été surpris par mon cran, est-ce que c’est le fait d’avoir plié bagage qui a déclenché la signature ? Qui sait… En tout cas, il savait à qui il avait à faire.

Nota Bene : Voici la version que Vahid Halilhodžić confiera à la Voix du Nord : « (Pour Didier Santini) on va se mettre d’accord pour 2 ans. C’est un joueur de qualité qui possède de surcroît une belle expérience. Je l’ai observé : il est déjà allé à la rencontre des plus jeunes pour les conseiller. C’est un signe. Ses qualités humaines et techniques m’ont incité à le prendre »

L’entraineur vous fait démarrer la saison de D2 comme titulaire et vous disputez l’intégralité des six premières rencontres (5v, 1n). Pourquoi sortez-vous de l’équipe ensuite ?

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Je suis titulaire les 6 premières journées, et la veille du match contre Toulouse, je me blesse aux ischio-jambiers. Je fais un essai quand même juste avant le match car je veux jouer mais je dois renoncer. Au départ, je passe une échographie et les médecins ne voient rien de grave. Après quelques semaines de soins, je rejoue en réserve à Villeneuve d’Ascq et là ça ne pardonne pas, rupture du tendon demi-tendineux et opération mi-décembre. J’avais fait une grosse préparation physique, mais j’avais un certain âge… J’ai mis beaucoup de temps à revenir. Quand je retrouve le groupe en mars, l’équipe tourne bien, Johnny Ecker est titulaire et Vahid ne fait que peu de remplacements en défense.

Il faisait aussi jouer le prometteur Benoit Cheyrou, de temps en temps, en latéral. Mais je ne me sentais pas inutile. Je leur parlais beaucoup. C’est sûr qu’en tant que professionnel, tu veux toujours jouer, mais avec Vahid j’ai compris l’importance des cadres.

« Je pense avoir fait partie des cadres à Lille »

Dans ce LOSC de 1999/2000, vous faisiez partie des cadres ?

Dans un vestiaire, tu dois avoir quatre ou cinq joueurs expérimentés. Et finalement qu’ils jouent ou pas, on s’en fiche. Ça n’est pas forcément le plus important.

Avec Djezon Boutoille, Laurent Peyrelade, Greg Wimbée et Patrick Collot, je pense avoir fait partie des cadres à Lille. Je n’étais pas une star, mais j’avais joué à l’OM, à Toulouse ou à Bastia en première division. La plupart des joueurs de cette équipe doivent beaucoup à Vahid, il est allé chercher le meilleur d’eux et sans lui ils n’auraient pas joué à Liverpool, Arsenal, Paris , Marseille ou autre derrière…

Vous aviez donc un rôle particulier dans le vestiaire ?

Parfois Vahid, faisait passer des messages aux cadres. Il savait que les plus jeunes nous écoutaient. Peut-être que si nous ne les avions pas canalisés, l’ambiance serait devenue invivable. Parfois certains étaient fatigué des méthodes du coach, c’était dur on pouvait le maudire parfois (rires) et moi le premier… Avoir un coéquipier pour nous calmer, ça aide.

Les feuilles de matchs avaient été élargies par rapport à mes débuts, mais même quand je ne jouais pas, il me demandait d’être là, de faire le déplacement, de motiver les coéquipiers. Il leur disait : « Vous voyez Didier, quand il joue il ne perd pas un duel, et pourtant, il est en tribune, donc bougez-vous ».

En 2000-2001, Vahid fera de nouveau appel à vous pour une dizaine de matchs. Mais cette fois c’est la D1. Vous êtes notamment de la victoire au vélodrome le 22 octobre 2000, une fierté de battre son club formateur ?

Oui je gagne à Marseille, je joue aussi à Lyon ou à Bordeaux. En fait le coach ne faisait appel à moi que pour les gros matchs à l’extérieur (rires). Les consignes étaient très strictes, par exemple en tant que latéral, il nous demandait parfois selon l’adversaire de ne pas dépasser la ligne médiane, afin de garder du jus pour défendre. Tactiquement Vahid c’est du lourd, il prévoit tout, car avec un Sidney Govou de 20 ans qui rentre en cours de match, tu n’as pas intérêt à être cramé.

 « Tactiquement Vahid c’est du lourd »

On a longtemps reproché son jeu défensif, mais quand tu regardes bien, les Bleus au Mondial 2018, ils sont champions avec deux latéraux qui ne sont pas des purs spécialistes du poste, mais qui savent défendre…

Vous avez été un témoin privilégié de l’épopée entre la D2 et la qualification en Champions League. Qu’est-ce qui vous a marqué dans ce groupe ?

Tout joueur professionnel veut jouer la Champions League, mais dans ce LOSC-là, combien en avaient vraiment le niveau ? La plupart des recrues venaient de clubs moyens de D2 (Laval, Le Mans, Gueugnon, Red Star, Beauvais…), Vahid leur a donné les moyens d’accéder à leur rêve.

Quand j’arrive, Pascal Cygan joue très dur, voire un peu bourrin (rires). Il a énormément progressé tactiquement et techniquement avec Vahid, avant je n’aurais jamais misé sur un départ vers Arsenal puis Villarreal et on voit la magnifique carrière qu’il a fait à l’étranger.

Grégory Wimbée doit aussi beaucoup au coach. Je me souviens d’un match amical contre Anderlecht (défaite 2-3, le 20 juillet 1999 NDLR), les supporters lillois avaient été très durs avec Greg’, des noms d’oiseaux avaient fusé, personne ne voulait de lui dans les cages. Mais Vahid lui a maintenu sa confiance et on connait la suite.

Pareil pour Bruno Cheyrou qui était très talentueux, mais encore jeune. Vahid ne lui répétait pas trois fois la même chose. Un matin, il regarde Bruno d’un mauvais œil car il ne se donne pas assez à l’entrainement et ne respecte pas les consignes de l’exercice. Il le renvoie au vestiaire mais lui demande de ne pas rentrer chez lui. L’après-midi, on a appris qu’il avait refait tout l’entrainement pour le seul Bruno.

C’était un dictateur ?

Non justement, malgré ce côté autoritaire, il savait aussi faire preuve de tendresse avec ses joueurs. Et il ne laissait personne sur le côté. Une fois son groupe constitué, tout le monde était mis au même niveau. Même les très jeunes Dernis ou Noro qui ont peu joué avec lui, il les motivait, leur donnait de nombreux conseils, et on voit derrière qu’ils ont fait une belle carrière en L1. Autre anecdote sur ce sujet de l’égalité de traitement, quand il apprend que Sylvain Wiltord est opposé aux dirigeants bordelais, dans un bras de fer, pour rejoindre Arsenal, il me dit : « si moi coach Bordeaux, moi virer Wiltord ». Je lui réponds que ça n’est pas possible, que ce joueur vaut 80 millions de Francs. Il répond : « Wiltord, Maradona ou Santini, c’est pareil ». Ca m’a fait rire, quand il a mentionné mon nom au milieu de ces grands noms dont Diego. C’était sa philosophie. Il a du l’adapter un peu quand il est arrivé au PSG, où il avait quelques stars à gérer.

Je viens de voir un reportage sur Philippe Lucas, l’entraineur de natation, il me fait penser à Vahid. Il n’hésite pas à pousser certains de ses nageurs dans leurs retranchements, à les provoquer pour les endurcir. C’est parfois dur à vivre. Mais ça emmène le sportif à un niveau qu’il n’aurait pas atteint seul.

Son niveau d’exigence était bien au-dessus de la moyenne. Et il ne fallait pas se relâcher. Même quand on termine champions de D2 en 2000, avec un record de points dans la division, Vahid n’a rien changé à ses entrainements. Il continuait à préparer les causeries avec la même rigueur, et à aucun moment nous avons pu nous relâcher à l’entrainement, alors qu’il restait quasiment deux mois de compétition. Même pas, lors de la dernière semaine. C’est aussi ça qui a préparé la saison suivante.

Aujourd’hui les staffs sont très étoffés au sein de l’élite. A l’époque c’est lui qui faisait tout ? 

Il avait deux adjoints, Jean-Pierre Mottet, l’entraineur des gardiens, et Philippe Lambert, excellent préparateur physique. Mais fin des années 90, les moyens technologiques n’étaient pas les mêmes. Par exemple les analyses vidéo se faisaient sur VHS. C’est « Momot’ » qui bricolait, avec du ruban adhésif pour couper les séquences. Vahid préférait les causeries, parfois un peu longues, mais passionnantes. Il connaissait tout sur l’adversaire, on voyait qu’il avait bossé son sujet des nuits entières. Chaque match était une nouvelle partie d’échec. Il nous présentait un plan qu’il fallait respecter à la lettre. Les causeries étaient de véritables pièces de théâtre. Il jouait tour à tour le rôle de chaque joueur. Il mimait le comportement de nos adversaires qu’il avait décortiqué, leur façon d’attaquer ou de défendre.

Ensuite lors de la traditionnelle opposition le mercredi, il faisait très souvent jouer les remplaçants contre les titulaires, mais en leur demandant de se comporter comme l’adversaire. Exemple avant Bordeaux, le défenseur central devait imiter Alain Roche et jouer avec ses qualités et son jeu long. Ça préparait les titulaires au match à venir… Et le samedi, un Alain Roche faisait 20 transversales de moins que d’habitude.

 « Vahid avait horreur qu’on se fatigue en dehors des séances d’entrainements »

Avez-vous d’autres anecdotes de causeries ? 

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Des anecdotes, j’en ai des tas. En voici quelques unes…

La première, c’est qu’il pouvait péter un plomb sur n’importe quoi, sur des petits détails. Je me souviens particulièrement d’un lundi, après une défaite. Il nous convoque tous dans le rond central du terrain d’entrainement à Grimonprez-Jooris. Y compris les blessés, il veut que tout le monde soit là. Il pleuvait des cordes, et là Eric Allibert (troisième gardien à l’époque NDLR) arrive en béquilles à cause d’une blessure a une cheville et en claquettes, sauf qu’il a ses chaussettes dépareillées : une rouge et une bleue. Et bien c’est Eric qui a pris pour tout le monde. Alors qu’il n’avait pas joué le match du week-end, on aurait dit que c’était à cause de ses chaussettes qu’on avait perdu. Il nous a sauvé (rires).

La deuxième, concerne ses conseils pour nous ménager, il avait horreur qu’on se fatigue en dehors des séances d’entrainement. Par exemple, la Grande Braderie de Lille, que j’aurais aimé faire en tant que badaud, il nous l’interdisait. Pour lui, piétiner dans la foule, ça nous fatiguerait. Il menaçait de faire un tour dans les rues, en guettant ceux qui ne respecteraient pas sa consigne. Donc les seuls souvenirs que j’ai de la Braderie, c’est notre présentation sur le parvis de la Voix du Nord en septembre 2000, et même là, il avait veillé à ce qu’on soit acheminé jusqu’au pied du bâtiment, pour éviter les efforts inutiles.

Sur le même sujet, un midi après l’entrainement, je déjeunais en famille au restaurant de Grimonprez. Vahid était attablé avec les dirigeants. Il a donc remarqué mon fils, qui n’avait que 18 mois et qui ne tenait pas en place, une vraie pile électrique, il crapahutait partout. Et bien, le lendemain, j’ai eu droit à un commentaire : « Didier, ton fils, plus dur que Vahid à l’entrainement » dans le sens “fais attention à ton dos, à devoir courir derrière ton petit.”

A l’époque, certes il n’y avait pas les réseaux sociaux actuels, donc la sphère privée était plus secrète, mais Vahid était à l’affût de tout gaspillage d’énergie sur le temps personnel. Souvenez-vous l’épisode de la PlayStation à Rennes, relayé par la presse en 2003 (Vahid surprend Anthony Réveillere et Lamine Diatta à jouer en pleine nuit et les exclut du groupe). 

Au niveau physique, c’était si dur que ça ? 

Lors du stage initial en Bretagne, il voulait voir les joueurs qui allaient accepter sa charge de travail. On a fait des trucs de dingue. Pour vous donner une idée : sur les entraînements fractionnés en course à pied, aujourd’hui quand tu alignes six séries de trois minutes, les joueurs pleurent, ils abandonnent. Là-bas, nous en étions déjà à huit, et Vahid nous met au défi d’en faire deux de plus, en pensant que le groupe allait abandonner. Finalement on a tous continué jusqu’à douze séries au total. A la fin, c’est lui qui s’est mis à pleurer, ça devenait même dangereux niveau blessure.

Lors de cette préparation j’ai dû gagner 3 km/h de Vitesse Maximale Aérobie. C’est pareil pour les autres : Johnny Ecker arrive avec une V.M.A. de 15 km/h de Nîmes, et il passe à 20 à Lille. Christophe Landrin était à 23 km/h… Je leur rabâchais que si je l’avais eu comme entraineur à leur âge, j’aurais pu être international.

Il y avait le physique, mais aussi la tactique, qui arrivait bien avant le niveau technique.

Dagui Bakari et Fernando D’amico, qui allaient devenir ses titulaires, n’avaient pas le droit de faire des « toros » avec le reste du groupe, pas assez techniques pour le coach. Ils devaient faire du mur pour travailler leur contrôle/passe jusqu’à cela soit parfait et la progression a été fulgurante. A l’inverse, il a eu plus de mal l’année suivante avec des joueurs plus techniques comme Edwin Murati ou Mikkel Beck qui revenait pourtant de l’Euro 2000. Il leur reprochait des contre-efforts pas assez rapide, et le fait de ne pas être assez « méchants » physiquement. Comme c’était des internationaux, il ne leur laissait rien passer !

Mais peut-on lui en vouloir ? Son équipe devait finir dix-septième de D1 et elle termine sur le podium, avant d’aller faire des matchs de folie contre Manchester et autre cadors européens l’année suivante !

Un reproche à lui faire tout de même ?

Je garde énormément de bons souvenirs du coach. Pour en avoir parlé avec lui, je pense qu’il aurait pu questionner davantage les joueurs. En effet, il pouvait écarter quelqu’un juste sur un soupçon, sans preuve. Du coup, certains osaient moins se confier sur leur état physique, ou sur des évènements personnels. Il avait du mal à associer le joueur à la décision, à lui demander s’il se sentait apte à jouer, comment il allait gérer une émotion…

Vous dites avoir été déçu par les dirigeants à Toulouse. Qu’en était-il à Lille, ou le binôme Dayan/Graille n’est resté que deux ans à la tête du club, après avoir succédé à la Mairie ?

Ce fut le jour et la nuit. Contrairement à mon expérience toulousaine, le duo Francis Graille et Luc Dayan était très investi pour redresser le club. Ils venaient souvent nous voir. Il y avait un lien permanent entre les dirigeants, le staff et les joueurs. Les deux sont même venus en stage au Maroc à Casablanca.

Ils ne venaient pas non plus du monde sportif, mais ils ont mis aux manettes du financier, de l’administratif et du sportif des gens très compétents. Tout en laissant Vahid bosser sur le reste. Les rôles de chacun étaient bien établis.

 

Reconversion en entraineur

Didier Santini entraineur de Dunkerque en 2016

Avant de prendre votre retraite de joueur, aviez-vous l’envie de revêtir le survêtement de coach ?

Après un cours passage en Ecosse, je rentre en Corse et je joue encore en amateur (CA Bastia, FC Borgo NDLR). Comme j’aime le jardinage, je me suis mis à mon compte dans la construction de piscines et la création de jardins. Devenir coach ça s’est fait par hasard. Les dirigeants du Sporting cherchaient un responsable pour la préformation et les 14 ans fédéraux. Ça n’était pas dans mes plans initiaux, mais j’ai accepté. Après quand tu as connu Frederic Antonetti et Vahid Halilhodžić comme entraîneurs, tu as forcément des envies d’expérimenter ce qu’ils t’ont appris. J’en ai profité pour passer tous les diplômes d’entraîneur jusqu’au DEPF en 2018.

On a entendu dire que vous étiez surnommé le « Vahid Corse » à vos débuts comme entraineur, sur l’île de beauté. Vous confirmez ?

J’étais assez dur oui. Ce n’est pas impossible qu’un Wahbi Khazri, que j’ai eu en U14, m’ait donné ce genre de surnom. Au-delà du football, il fallait aussi « éduquer » ces jeunes, leur rentrer dedans. Rappeler que l’école était importante, leur éviter les mauvaises fréquentations. En centre de formation, il y a beaucoup de demandes et peu d’élus… C’est aussi ça notre rôle.

En 2016, l’USL Dunkerque vous sollicite pour entrainer son équipe première. La première saison, vous êtes proches de la montée en L2, à un point du podium.

Ça ne s’est joué à rien, à une erreur d’arbitrage, à un but tout fait que tu loupes…. Pourtant, nous avions un beau matelas d’avance à quelques journées de la fin, mais on a surement voulu gérer. Et la gestion, ce n’est pas bon. J’ai adoré le Nord, ma femme avait repris ses études à Villeneuve d’Ascq quand j’étais joueur, les enfants y ont fait leur maternelle. Le film « Bienvenue chez les Ch’ti » dit vrai, la région est très attachante, donc j’étais très enthousiaste pour venir à Dunkerque.

Même si ça s’est mal terminé sportivement en février 2018 ; le président Scouarnec reste un ami, on s’envoie des messages régulièrement et je suis content que l’USLD ait fini par monter en Ligue 2.

Un grand merci Didier ! On vous souhaite bon courage avec Béziers (leader de sa poule en National 2), en espérant que le football amateur puisse éviter la saison blanche malgré les dernières nouvelles.

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