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Interview

Rafael Schmitz : « Puel et moi étions toujours en bagarre mais je ne peux que le remercier »

Thomas Deleglise

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Crédit photo : Imago

Passé au LOSC entre 2001 et 2008, Rafael Schmitz s’est confié au Petit Lillois sur sa carrière. L’ancien défenseur central qui a connu de belles années sous le maillot lillois a évoqué son passage dans le Nord et la fin de sa carrière.

Tu es arrivé au LOSC en 2001. Pourquoi Lille comme première destination européenne ?

Oui, je suis arrivé en juillet 2001. Avant d’arriver à Lille, j’étais au club de Malutrom (renommé Corinthians Paranaense depuis 2009) à Curitiba, dans le sud du Brésil. Mes agents avaient envoyé des vidéos à quelques équipes françaises. Elles ont attiré l’attention de trois clubs dont Sochaux et le LOSC. Des recruteurs lillois sont venus me voir jouer lors de la demi-finale du championnat brésilien, lors des deux matchs (aller-retour). Directement après, ils m’ont dit : « Ok, on veut que tu viennes à Lille ». Les dirigeants du club sont tombés d’accord avec le mien et je suis parti du Brésil.

Ça a dû te faire bizarre avec le changement de météo non ?

Ce n’était pas évident. J’habitais au sud du Brésil, il fait vraiment chaud là-bas. Mais moi, je suis quelqu’un qui transpire beaucoup, la météo européenne m’a aidé en fait ! C’était quand même difficile ce changement, je n’avais pas l’habitude de m’entraîner dans le froid. Je n’avais jamais vu la neige ! Quand on est jeune il faut s’adapter rapidement, je pense que c’est ce que j’ai réussi à faire.

Qu’est-ce que tu as pensé de ta première saison au LOSC ?

Là aussi, ce n’était pas évident. Il y avait de la concurrence : Pascal Cygan, Johnny Ecker, Abdel Fahmi… Des joueurs internationaux. Il y avait aussi Tafforeau. Mais j’ai quand même réussi à faire une quinzaine d’apparitions pour ma première saison. Ce n’était pas mal !

Finalement, tu es prêté en Russie en 2004. C’est ce que tu voulais ? Tu as beaucoup appris là-bas ?

Oui, c’est parce que je n’avais pas trop de temps de jeu. J’avais besoin de jouer. C’est pour ça que mes agents m’ont trouvé ce club qui m’a permis de retrouver les terrains. A mon retour, j’ai commencé à jouer un peu plus avec Lille. J’ai beaucoup appris là-bas, même si ça n’a pas duré longtemps. On a fait une finale de coupe de Russie et on a fini troisième du championnat. C’était une belle expérience.

« Puel et moi, ça fait deux […], mais je ne peux que le remercier »

Tu reviens la saison suivante, Abidal est parti. Tavlaridis, Plestan, Vitakic et toi alternaient au poste de titulaire. Est-ce que c’était dérangeant de ne jamais jouer avec le même ?

Coach Puel aimait bien changer tout le temps. Franchement, je n’aimais pas beaucoup. Moi, je voulais jouer. Plus on joue, plus on a de confiance, de rythme de jeu. Là, ça cassait tout. Mais on avait un très bon groupe avec de très bons joueurs, c’est pour ça qu’il pouvait faire tourner autant.

Quel souvenir tu as de lui ?

Lui et moi, ça fait deux. On était toujours en bagarre : à l’entraînement, à la causerie, après le match, avant le match, pendant les analyses vidéos… Mais je ne peux que le remercier, il était toujours là pour moi, pour me faire progresser. Il a eu de la patience avec moi et avec tous les joueurs. C’est quelqu’un de formateur, un très bon coach qui aide à se surpasser. Il veut toujours plus, à chaque moment, sur chaque situation. A la causerie, il me disait : « Tu as choisi ça, mais tu devais faire ça ». Alors, je lui répondais : « Coach, je n’ai même pas une seconde pour choisir. » Maintenant, je me dis que c’est ça qui m’a fait progresser.

Rafael au duel avec Van Nistelrooy en décembre 2005. Le LOSC bat les stars mancuniennes 1-0, au Stade de France. Crédit photo : Imago

Tu es le seul avec Tafforeau à avoir été sur les feuilles de match contre Manchester en 2001, 2005 et 2007. Quelle équipe des Red Devils était la plus impressionnantes entre ces trois années ?

On est rentré dans l’histoire du club, c’était quelque chose à chaque fois. L’équipe la plus impressionnante ? C’est la première. C’était ma première apparition en Ligue des Champions et c’était à Old Trafford contre l’équipe de MU 2001. Il y avait Barthez, Neville, Ferdinand, Laurent Blanc, Véron, Beckham, Van Nistelrooy, Giggs. Pour moi, c’était beaucoup plus qu’un rêve. Deux ou trois ans avant, je les regardais à la télévision et là je jouais contre eux. Ça a été très vite pour moi mais ça a été quelque chose de magnifique. C’est que de très bons souvenirs. J’ai beaucoup joué avec la chance et j’ai profité des occasions.

Tu signes en Premier League en 2007. C’était ton rêve de jouer dans ce championnat ?

J’avais passé six années en France, j’ai obtenu la nationalité française et l’opportunité de Birmingham est tombée. Le championnat français est très concurrentiel mais connaître la Premier League, c’est quelque chose, il fallait que j’y aille. J’ai fait une bonne année avec pas mal de matchs, c’était magnifique.

Puis tu es transféré à Valenciennes en 2008. Un retour dans la région ! 

En fait, dès 2007, Antoine Kombouaré voulait que je vienne à Valenciennes mais je lui ai dit que j’avais déjà un accord avec Birmingham. Il m’a dit que si je ne restais pas là-bas la saison suivante, on pouvait rester en contact. Je suis retourné à Lille, le coach Kombouaré est resté à VA. On s’est parlé, il voulait encore me faire venir. J’avais aussi envie d’y aller et les clubs sont tombés d’accord donc je suis parti.

Rafael Schmitz est de retour dans le Nord-Pas-de-Calais, mais à Valenciennes. Il affronte Lille en Coupe de la Ligue et élimine son ancien club (2-1) en 1/8e de finale. Crédit photo : Imago

Tu as croisé Johan Audel là-bas. On l’a interviewé, tu as un message pour lui ?

On reste encore en contact. Il entraîne les U14 à Nice si je me rappelle bien. Dites lui que je suis toujours en train de l’attendre au Brésil pour qu’il vienne chez moi chanter les chansons brésiliennes qu’on écoutait ensemble et boire une bonne caïpirinha (cocktail brésilien) !

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Tu étais en concurrence à un moment avec Dante. Comment tu expliques que le LOSC soit passé à côté de ce joueur qui jouera pour la Selecao et gagnera la Champion’s League ? Il n’était pas bon à Lille ?

Dante… Dans le football, il y a des choses qu’on a du mal à expliquer. Pourquoi il n’a pas joué à Lille et a tout gagné par la suite avec le Bayern ? C’est ça le football… Les coachs jouent un grand rôle là-dedans. Nous, les joueurs, on a des moments forts et des moments où l’on est un peu moins bien.

Je me rappelle que quand je suis arrivé de Russie, Abidal était sur le départ à Lyon. Dante a commencé à jouer. Moi, c’était ma dernière année de contrat, le club ne voulait pas me re-signer. Mais comme j’avais du rythme de jeu avec mon expérience en Russie et qu’on était qualifié pour la coupe Intertoto, le coach était obligé de changer régulièrement les compositions et me faire jouer. Dante a eu moins de temps de jeu que moi, il est parti en Belgique, puis en Allemagne… Et il est devenu le joueur qu’il est aujourd’hui.

Un dernier saut par ton club formateur, puis la retraite. La boucle est bouclé ?

Oui, en 2012, je suis retourné au Brésil à l’Atlético Paranaense. En fait, en 1994, j’ai passé six mois là-bas et en 2001, ce club voulait que je revienne. Mais Lille m’a fait une meilleure proposition. J’ai quand même gardé contact avec le président qui m’a dit : « Un jour, tu vas jouer ici ». Et 20 ans après, c’était l’opportunité. J’ai passé 11 ans en Europe, je me suis dit que c’était le moment de repartir. Il m’a proposé deux ans de contrat, mais bon, ça n’a pas bien tourné. Au bout d’un an, j’ai décidé d’arrêter ma carrière.

« La France m’a très bien accueilli, à Lille comme à Valenciennes »

Pourquoi si tôt ?

C’est comme ça. Quand on est au Brésil, il y a le soleil, la famille. J’ai commencé à me prendre la tête à l’entraînement. J’étais un peu fatigué de faire toujours la même chose. Oui, j’ai arrêté jeune, à 33 ans. Mais en 2018, je suis retourné à l’entraînement dans le club de ma ville. J’ai aidé mon équipe à monter en première division, même si je n’ai pas beaucoup joué parce que je me suis blessé lors du premier match ! En tout cas, le football, c’était ma vie. Je suis fier de ma carrière, de tout ce que j’ai fait, de tous les gens que j’ai connu. La France m’a très bien accueilli, à Lille comme à Valenciennes. Je pense que j’étais quelqu’un d’honnête, de correct, c’est pour ça qu’aujourd’hui j’ai encore des contacts avec les personnes que j’ai connu dans le football.

Quel attaquant était le plus impressionnant en L1 pendant ton passage ? Et au LOSC, lequel te faisait le plus souffrir à l’entraînement ?

Le plus embêtant à défendre, c’était Pauleta. C’était un joueur très intelligent qui se plaçait toujours derrière mon dos. Ce n’était vraiment pas évident. J’avais à peine le temps de regarder le ballon qu’il partait déjà d’un côté. Il n’était pas très rapide mais il prenait de l’avance sur ses défenseurs grâce à son intelligence.

Rafael Schmitz défendant sur Pedro Miguel Pauleta. 0-0, score final. Crédit photo : Imago

Odemwingie, Moussilou, Manchev, Bassir, Murati… Franchement, il y en avait beaucoup. Je ne vais pas donner trop de noms, je vais sûrement en oublier et certains vont être fâchés contre moi ! Mais tous les attaquants qui étaient au LOSC étaient très forts. On avait une belle équipe.

Enfin, ton plus beau souvenir au LOSC ?

Mon apparition à Old Trafford en Ligue des Champions. Pour moi, c’est historique. Aujourd’hui, j’ai encore les cassettes, les DVD, les photos de ce moment. J’ai le film en tête. C’est le moment le plus marquant pour moi.

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