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Interview

L’interview de Yohann Lacroix, un ancien Dogue reconverti dans les droits TV

Emile Simon

Publié

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Crédit photo : Le Petit Lillois

Pour le premier épisode du Dogue Oublié de l’année 2021, l’ancien portier Lillois Yohann Lacroix, passé à Lille entre 2003 et 2008, est revenu sur sa carrière de footballeur et raconte sa reconversion dans le monde des droits TV.

Les débuts (centres de formation d’Auxerre, puis Lille)

Vous arrivez au LOSC en provenance du centre de formation renommé de l’AJ Auxerre. C’est Pascal Plancque qui vous amène dans ses bagages ?

Oui exactement. Pascal Plancque était mon coach en U17 à Auxerre (2000-2002 NDLR). Lorsqu’il a pris en charge la réserve lilloise, il a parlé de moi. Je suis arrivé en 2003, et j’ai d’abord fait quelques piges avec les U18, avant d’intégrer l’équipe B.

Très vite, vous êtes titulaires dans les cages en CFA, et participez ensuite à la phase finale du Championnat de France des réserves (défaite en finale 2005).

Dès 2004, je m’entrainais avec les professionnels. Pour la phase finale des réserves, en mai 2005 la plupart des jeunes pros étaient déjà partis en vacances, je ne sais même pas si les frères Robail étaient avec nous. Je me souviens qu’on élimine l’AS Monaco de Stéphane Ruffier à Louis II, avant de perdre en finale, contre Bordeaux, également à l’extérieur.

Que ce soit à Auxerre, ou à Lille, vous avez évolué avec de futurs internationaux (Bacary Sagna, Mathieu Debuchy ou Yohan Cabaye). Alors qu’ils n’avaient pas encore 20 ans, pouvait-on détecter une telle carrière par la suite ?

Pour Bacary, c’est un peu particulier, car en U17, il jouait en attaque et ne marquait pas beaucoup. Ce n’est qu’à mon départ vers le LOSC qu’il a été repositionné en tant que latéral. Mes anciens collègues auxerrois, me disaient alors qu’il était monstrueux à ce poste, et qu’il allait réussir… on a pu le voir par la suite. Lors de mon passage à l’AJA, c’est surtout Abou Diaby ou Momo Sissoko qui sortaient du lot. Ce fut la même chose au LOSC avec Mathieu Debuchy et Yohan Cabaye. Pour ce type de joueurs, on voyait clairement que signer professionnel n’était pas l’aboutissement, qu’ils voyaient plus loin. Dans l’ambition de leur discours, on sentait qu’ils pouvaient finir internationaux.

 

Un seul match en pro avec le LOSC 

En juillet 2004, vous êtes titulaire avec l’équipe première, en ouverture de la campagne d’Intertoto. Dites-nous-en plus sur ce match contre le Dinamo Minsk…

Quelques semaines plus tôt, je jouais encore en U18, nous avions même atteint les demies finales du championnat de France, face à l’OGC Nice d’un certain Hugo Lloris. Face à Minsk, tout le monde n’était pas encore rentré des congés. Puel avait donc convoqué quelques jeunes du centre, dont Nicolas Fauvergue ou Mathieu Debuchy. Mathieu a le même âge que moi, nous étions très proches. Je me souviens qu’en regardant la feuille de match, j’avais plaisanté avec lui, en affirmant que je ça n’était pas demain la veille, que j’allais débuter en pro. Pourtant, quelques minutes avant l’échauffement, j’apprends que je vais être titulaire. En effet, Grégory Malicki venait de tomber malade et Tony Sylva, récemment arrivé, n’était pas encore qualifié pour jouer. En l’absence de Gregory, je ne sais même pas s’il y avait un autre gardien que moi sur la feuille de match, puisque Laurent Pichon n’était pas là non plus.

Ce match était un peu particulier, moins de 8.000 spectateurs, pour le premier match au Stadium (après avoir quitté Grimonprez-Jooris en mai 2004, censé être remplacé par un GJ2 au coeur de la Citadelle, NDLR). Sur ce match, je ne suis pas étincelant, mais à 19 ans ce fut un plaisir de partager le terrain avec des joueurs comme Philippe Brunel, Grégory Tafforeau, Christophe Landrin ou Mathieu Bodmer…

 

« J’ai eu droit à la médaille que j’ai toujours à la maison »

 

Ce titre en Intertoto, vous y avez donc réellement contribué ?

Oui pour la suite de la compétition, c’est Tony Sylva qui a joué, mais j’étais présent sur le banc au retour à Minsk, puis pour le match aller face aux croates de Belupo. Ce sont de superbes souvenirs. Avec quelques autres jeunes, nous avions aussi fait le déplacement au Portugal pour la finale retour à Leiria. Même si je n’étais pas sur la feuille de match ce soir-là, j’ai eu droit à la médaille, que j’ai toujours à la maison.

Nous ne savions pas encore que la saison 2004-2005 serait une si belle réussite sportive (vice-champion de France, et huitièmes de finale en coupe UEFA NDLR). C’était super intéressant à vivre de l’intérieur, il s’agissait aussi de la première année à Luchin, même si nous étions encore dans des préfabriqués.

 

Les autres gardiens du temple

Lors de votre passage au LOSC, vous étiez surtout en concurrence avec Laurent Pichon (troisième gardien de 2002 à 2006) puis avec Alexandre Oukidja (troisième gardien de 2006 à 2011). Tony Sylva et sa doublure Grégory Malicki ne laissant que quelques miettes de temps de jeu. Participiez-vous à tous les entrainements avec les pros ?

C’est clair que Tony et Grégory étaient très bons, et ne se blessaient pas souvent. Pour autant j’ai eu la chance de participer à la quasi-totalité des entrainements avec les pros. Que ce soit avec Jean-Noel Dusé, puis avec Jean-Pierre Mottet (les entraineurs de gardiens sous Puel NDLR), nous étions souvent quatre gardiens pour les exercices spécifiques.

Concernant Alexandre, je ne suis pas surpris de son évolution. Ses choix de carrière, en passant par Bayonne, Mouscron ou Strasbourg, en acceptant de jouer dans des divisions inférieures, lui ont permis de s’aguerrir, pour finalement atteindre un poste de titulaire en Ligue 1. De mon coté, quand le LOSC m’a prêté à l’Entente Sannois Saint-Gratien, je n’avais pas encore la maturité pour comprendre que c’était une chance à saisir, de pouvoir m’exprimer en National.

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« J’ai effectivement fait une erreur à ce moment-là »

 

En effet, en prêt à l’ESSG en 2006-2007, vous jouez plus d’une vingtaine de matchs de National. Le club termine onzième de troisième division, mais vous retrouvez votre place de quatrième gardien à Lille.

J’ai effectivement fait une erreur à ce moment-là. J’avais quelques propositions pour être titulaire en National, voire doublure en Ligue 2, mais j’ai préféré revenir dans un groupe professionnel à Lille, alors qu’il ne me restait qu’un an de contrat dans le Nord. Jouer en réserve, même d’un top club de Ligue 1, ça ne remplace pas le fait d’être en équipe première dans les niveaux inférieurs, la pression et l’attente du résultat sont bien différents. J’en ai tiré les leçons, et aujourd’hui lorsque de jeunes gardiens me demandent conseil ; je leur réponds toujours qu’en début de carrière, il faut privilégier le temps de jeu, plutôt que le standing du club.

Lors de votre dernière saison lilloise, vous jouez surtout en CFA, et dépassez cette année-là les cent rencontres en quatrième division avec le LOSC B. Mais vous n’êtes pas prolongé. Surpris ?

Quand je fais le choix de rejoindre Lille, le club est moins huppé que l’AJ Auxerre. Donc je pense avoir davantage d’opportunités de jouer dans le Nord que dans l’Yonne. Mais finalement le LOSC va connaitre un développement très rapide, jouant régulièrement le haut du tableau. Je pense que je n’ai pas su progresser, aussi rapidement que le club. Certes j’ai parfois été blessé (pubalgie en 2005, ou doigt cassé en 2008), mais cela ne doit pas servir d’excuse. Quand le talent est là, si tu es vraiment bon, tu finis par percer. Regardez Mathieu Debuchy, il s’est fait les croisés en même temps que ma pubalgie, et ça ne l’a quasiment pas retardé dans son évolution.

 

Chômage, et challenges exotiques

Comment apprenez-vous que Lille ne vous prolonge pas ? Pourquoi choisir la D1 grecque et le club promu de Thrasývoulos Fylís ?

Dès janvier 2008, Claude Puel se montrait évasif sur mon avenir. Je sentais bien que je n’allais pas prolonger l’aventure. J’étais un peu triste de quitter le club et la ville de Lille, qui m’a bien plu. Mais c’était logique que je ne sois pas conservé.

« Certains joueurs fumaient ou mangeaient dans le vestiaire »

A 23 ans et sans contrat, je me suis un peu précipité. J’avais des touches à Istres (National) et j’ai fait un essai aussi en League One anglaise (D3), mais pas de propositions concrètes. Nous n’étions qu’au mois de juillet, j’aurais surement dû attendre un peu. Dès que le club grec m’a proposé un contrat, j’ai signé. Surement par peur de ne rien trouver d’autre. Il faut savoir qu’en France le règlement stipule qu’un joueur sortant d’un centre de formation, après son premier contrat pro, doit obtenir un salaire à minima équivalent à 80% de celui qu’il touchait dans son club formateur. Je ne sais pas si cette règle existe encore, mais elle a surement freiné quelques clubs amateurs de National, qui auraient voulu m’accueillir.

En Grèce, l’expérience ne s’est pas forcément bien passée. Je sortais du “cocon de Luchin”, où nous étions chouchoutés. Nous pouvions nous focaliser sur le football, et l’organisation de Claude Puel était très carrée. Là-bas l’univers était complément différent. Comme je n’avais jamais vécu à l’étranger, je n’avais pas l’esprit assez ouvert… je me suis bloqué sur certains aspects, comme le manque de rigueur. C’est dommage, car je pense que j’avais le niveau pour jouer dans ce club. Pour l’anecdote certains joueurs fumaient ou mangeaient dans le vestiaire, arrivaient en retard à l’entrainement. A Lille, nous avions des amendes prévues pour ça… j’aurais dû passer outre, mais là je n’avais qu’une seule envie : rentrer chez moi. Cette expérience m’a cependant énormément apporté pour la suite.

Effectivement. Puisqu’après quelques mois de chômage, vous signez dans une franchise tricolore à Singapour (Etoile FC). Sacré dépaysement. Pourquoi ce choix ?

C’est le coach de Pacy-sur-Eure, Patrick Vallée qui m’a proposé de rejoindre l’équipe qu’il constituait à Singapour. L’Etoile FC intégrait le championnat de S-League en recrutant une majorité de joueurs passés par des centres de formation français. J’ai tout de suite accroché. Certes je ne touchais plus mon salaire lillois, mais nous avions un logement de fonction, et je pouvais me payer mes études sur place. Il faut être réaliste, à 25 ans, mes ambitions de haut niveau étaient derrière moi. Cette destination me permettait aussi de commencer à me créer un réseau, rencontrer des gens dans le monde médiatique du sport. En gros, je préparais mon futur, tout en continuant à profiter sur le terrain.

Quel était le niveau de cette S-League et l’engouement autour du football à Singapour ?

Le niveau du championnat était forcément moins élevé qu’en Grèce, il devait se situait autour du National en France. Mais mon état d’esprit était différent. Je me suis dit que cette fois je devais m’adapter à la culture, me faire plaisir.

Singapour est une Cité-Etat, il y a donc beaucoup de derbys entre les différents quartiers. Pour les gros matchs télévisés, on jouait dans le stade de l’équipe nationale au Jalan Besar Stadium. Parfois devant plus de 5000 personnes, mais c’est vrai que les gens ne me reconnaissaient pas forcément en dehors du stade.

Certains de vos coéquipiers là-bas, ont-ils fait carrière en Europe par la suite ?

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Frederic Mendy oui. Il avait 20 ans à l’époque et venait de CFA2, sans être passé par un quelconque centre de formation. Il est devenu international pour la Guinée-Bissau, et joue actuellement en D1 portugaise (44 matchs, 7 buts en Liga Nos NDLR). Il y avait aussi Khaled Kharroubi au milieu de terrain, lui avait joué une trentaine de matchs de L1 avec Valenciennes, et aurait mérité une meilleur carrière par la suite, vu son niveau.

Vous contribuez donc au doublé Coupe-Championnat en 2010, en devenant une véritable machine à clean-sheets (1065 minutes soit 11 matchs consécutifs), avec plus de 60% des matchs sans encaisser de buts en S-League.

Certaines équipes comptaient des internationaux asiatiques dans leurs rangs, mais nous avons réussi à remporter le doublé coupe-championnat en 2010, alors que nous n’étions pas favoris. Une vraie bande de potes. L’année suivante, je signe dans un club local plus huppé, et je remporte de nouveau le championnat.

 

Belfast puis Genève, pour terminer la reconversion

De retour en Europe, vous choisissez l’Irlande du Nord, et le Crusaders FC. Cela vous permet d’intégrer Ulster University Business School, tout en jouant en D1.  

Après trois ans à Singapour, j’ai trouvé un Master de Commerce à Belfast. Grâce à mon agent, nous arrivons à négocier des modalités pour allier l’entrainement aux Crusaders et les études. Le club me décroche également un stage avec la fédération Nord Irlandaise, qui convient à l’Université.

Là encore, le salaire de footballeur n’est pas exceptionnel, mais la culture anglo-saxonne du football est bien présente. Quelques semaines après mon arrivée, les Crusaders doivent disputer la finale de Coupe de la Ligue. Pour me remettre en forme, le club organise des matchs amicaux. Bon on perd la finale, mais jouer dans le stade de l’équipe nationale, devant près de 10.000 spectateurs, ça m’a fait plaisir. Je me suis de nouveau senti footballeur. Pour l’anecdote, au début je n’avais pas de voiture à Belfast. Pourtant les chauffeurs de taxi me reconnaissaient à chaque fois, comme le gardien français qui venait de signer. Le football prend énormément de place là bas. Bien plus qu’à Singapour en tout cas (rires)

Les résultats sont bons puisque vous terminez vice-champions (devant l’autre club historique de Linfield) et disputez les barrages d’Europa League contre Rosenborg.

Oui, mes premiers mois sont bons et je reçois des offres de Linfield, ou de D1 Ecossaise, mais il était plus raisonnable de terminer mon master, je ne progressais plus et un nouveau challenge sportif allait retarder ma reconversion.

On raconte que vous avez participé à la vente des droits TV en Irlande du Nord, alors que vous étiez encore joueur…

Depuis Singapour, j’ai réfléchi à ce que je pouvais faire de mon Bac Scientifique et de ma passion pour le sport. C’est là que je me suis orienté vers le trading dans la vente de droits télévisuels. J’ai donc proposé un projet au board de la Ligue Irlandaise, qu’ils ont accepté. Ce fut donc mon sujet de thèse, de fin d’études. C’est sûr que c’est rare qu’un joueur puisse participer à la vente des droits du championnat dans lequel il évolue. Ensuite ça devenait compliqué de tout assumer, cette thèse en parallèle des entrainements et des cours à suivre à l’université… c’était difficile.

 

Marketing sportif et droits TV

Après avoir obtenu votre diplôme, vous signez en amateur, à l’US Terre-Sainte en Suisse. Sur les bords du Lac Léman.

Je suis originaire de Haute-Savoie. Me rapprocher de Genève c’était l’idéal, je revenais à proximité de la famille, et l’UEFA m’offrait une opportunité de poursuivre dans la vente de droits TV. J’ai commencé par l’Euro 2016, puis l’Euro 2020. Désormais je travaille pour le CIO (Comité International Olympique). 65 personnes constituent l’équipe « revenus commerciaux », mais nous sommes surtout 8 à nous répartir les appels d’offres pour les droits TV. La quasi-totalité des lots pour Paris 2024 sont vendus, là nous sommes déjà en train d’anticiper les jeux de Milan-Cortina 2026 et de Los Angeles 2028.

 

« Nous étions tout de même surpris par le montant proposé par Mediapro »

 

Le COVID a t’il impacté les droits que vous avez précédemment vendus ?

Pour l’instant les reports de l’Euro ou des Jeux Olympiques 2020, n’ont pas eu d’impact sur les droits vendus, si ce n’est quelques décalages de versements. Nous sommes toujours capables de livrer les prestations, quand les évènements auront lieu. Mais c’est clair que les JO sont vitaux pour un nombre important de fédérations et de sports plus mineurs. Les droits TV dépassent le milliard d’euros, c’est plus de 70% des revenus du CIO. Certains sports attendent donc Tokyo avec impatience…

Votre avis sur le scandale Mediapro-Téléfoot en France ?

Difficile de répondre à ça. Je dois faire du politiquement correct (rires). Pour avoir été confronté à la vente de droits dans le football, je peux dire que la pression des acteurs est très importante, pour tirer toujours le meilleur prix. Là, clairement les clubs de L1 souhaitaient que la Ligue vende au plus offrant. La LFP s’est exécutée et a réussi… sur le papier. En tant qu’expert du marché, nous étions tout de même surpris par le montant proposé par Mediapro. Quand on regarde le nombre de fans, le prix qu’ils sont prêts à payer, le pari était risqué. Je suis tout de même étonné de la durée de vie de Mediapro, je pensais qu’ils allaient tenir plus de 6 mois, même si le COVID n’a pas aidé.

Merci Yohann et bonne continuation

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