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Interview

Vladimir Manchev : « J’adorais jouer à Grimonprez-Jooris devant nos supporters »

Emile Simon

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Crédit photo : Imago

Vladimir Manchev fait partie de la quinzaine de joueurs à avoir atteint la barre des 20 buts avec le LOSC, au XXIème siècle. L’attaquant bulgare, meilleur buteur du club en 2002/03 et 2003/04, s’est longuement confié pour Le Petit Lillois.

Son passage au LOSC

Vous signez à Lille en 2002, auréolé du titre de meilleur buteur de Bulgarie la saison précédente. Comment vous envisagez cette première expérience à l’étranger ?

Tout s’est passé très vite. Je participais au stage de préparation avec le CSKA en Allemagne, quand j’ai reçu la proposition du LOSC. Je n’ai pas eu besoin de beaucoup de temps pour réfléchir, dès le lendemain j’ai pris l’avion et j’ai signé mon contrat à Lille. J’étais impatient de jouer à l’étranger, j’avais 25 ans, et évoluais déjà depuis six ans en D1 bulgare. C’est sûr, que j’avais un peu d’appréhension, face à cette nouvelle page qui s’ouvrait dans ma carrière. Mais, je me sentais prêt pour me lancer !

 

« J’ai trouvé les gens du Nord ouverts, chaleureux, toujours gentils et prêt à m’aider »

 

Après deux belles saisons en D1 (3ème et 5ème), le LOSC vient de perdre son entraineur Vahid Halilhodzic et plusieurs cadres. Êtes-vous conscient de débuter un nouveau cycle ?

A mon arrivée, je ne connaissais presque rien de l’équipe. Je me suis donc renseigné et j’ai pris conscience que Lille venait de disputer la Champions League la saison précédente, faisant de grosses prestations contre Parme, Manchester etc… Forcément, j’ai pu croire que j’arrivais dans une équipe qui jouerait les premiers rôles en championnat. Mais il a fallu vite revenir à la réalité, puisqu’après cinq journées, nous étions dernier, et nous avons ensuite joué le maintien toute la saison.

Sans parler français, l’intégration est-elle difficile ? Quel joueur vous a aidé à votre arrivée ?

Oh là là… la langue ! (rires). Je ne savais que dire « bonjour » et « merci ». Dans les vestiaires, je ne comprenais rien à ce qui se disait. D’autant qu’à l’époque, il y avait encore quelques joueurs régionaux, et que l’accent « ch’ti » n’aidait pas non plus. Heureusement, Benoit Cheyrou, Mile Sterjovski ou Fernando D’Amico, me traduisaient les messages les plus importants en anglais. Petit à petit j’ai commencé à comprendre un peu plus de vocabulaire. Ensuite, le club nous a inscrit pour un cours accéléré d’un mois, à l’école Berlitz (société spécialisée dans l’apprentissage des langues, avec une antenne à Lille NDLR). Marius Baciu et Hector Tapia les suivaient aussi. Après ça, nous étions prêts pour intégrer « La Sorbonne ».

Qu’avez-vous pensé de la ville de Lille ? et des gens du Nord ?

C’était un changement général. Sofia est une capitale, avec beaucoup de bruit, un trafic automobile dense, la vie va à toute vitesse. A Lille, je trouvais que c’était plus calme, plus tranquille, très propre. Bon bien sûr, il pleuvait un peu plus souvent. C’est peut-être « cliché », mais je confirme que ce climat plutôt froid, tranchait avec la population. J’ai trouvé les gens du Nord ouverts, chaleureux, toujours gentils et prêt à m’aider. Très vite je me suis senti à ma place, apprécié et respecté. J’avais trouvé un logement du coté de Lambersart, à proximité du stade. Je peux dire que j’ai eu une qualité de vie remarquable, durant mes deux années là-bas !

Comment était la relation avec Claude Puel ? On sait qu’il est très exigeant avec les attaquants sur leur rôle défensif, alors que vous étiez plutôt un buteur de surface.

Je dois beaucoup à Claude Puel. Il était très attentif avec moi. Alors que ses débuts au club étaient difficiles, il a su faire preuve de patience lors de ma période d’adaptation. C’était important pour un joueur comme moi, qui venait d’un pays de l’Est… avec une mentalité différente. Aux entrainements, j’ai énormément appris avec lui. C’est vrai qu’il était très exigeant sur l’aspect défensif, mais j’ai pris plaisir à travailler pour lui et pour l’équipe!

On sait aujourd’hui ce que Claude Puel a apporté au club. Mais vu du vestiaire, était-il menacé par les résultats compliqués ?

Il a toujours été respecté dans le vestiaire. Même quand les résultats n’étaient pas au rendez-vous, il a eu le mérite de faire face aux difficultés, convaincant le groupe de continuer à se battre ; tout en cherchant à faire progresser les plus jeunes. Je trouve que les dirigeants, ont fait preuve d’intelligence en lui maintenant leur confiance, et en lui donnant le temps nécessaire pour construire une équipe ambitieuse au LOSC. La suite leur ont donné raison.

 

« J’ai eu une connexion très spéciale avec les supporters du LOSC »

 

Vous ouvrez votre compteur lillois par un doublé contre le PSG de Ronaldinho en septembre 2002. Ça doit être un sacré souvenir ?

C’est un souvenir spécial pour moi. J’étais un peu nerveux avant le match, parce que je n’arrivais pas à marquer et que les gens commençaient à douter de mes qualités (plus de 300 minutes sans marquer NDLR). En arrivant aux vestiaires, Claude Puel s’approche vers moi et me demande de le suivre dans son bureau, à quelques pas de là. Il y avait installé un écran de télévision, et il a sorti une cassette VHS. Il m’a juste dit, de m’asseoir et de regarder. Il s’agissait d’une compilation de mes buts en Bulgarie, avec mon ancien club du CSKA Sofia. Il m’a laissé regarder quelques minutes et puis a arrêté la télé, m’a regardé dans les yeux et m’a dit tranquillement : « Je sais que tu peux faire ça ! Alors rentre sur le terrain ce soir, en te disant que ça va aller, ne pense pas trop ! » Ce soir-là, je marque un doublé. C’était notre première victoire de la saison, face au Paris Saint-Germain de Ronaldinho… j’ai commencé à respirer.

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Lors de vos deux saisons lilloises (2002/03 et 2003/04), vous finissez meilleur buteur du club (7 et 13 buts). La relation avec les supporters devait être bonne ?

J’adorais jouer à Grimonprez-Jooris devant nos supporters ! J’ai eu une connexion très spéciale avec eux et ils resteront toujours dans mon cœur. Ils m’ont très vite adopté. J’ai senti leur confiance pendant toute ma carrière au LOSC et j’ai une gratitude énorme pour le soutien qu’ils m’ont offert.

Vladimir Manchev durant la saison 2003-2004 – Crédit photo : Imago

En janvier 2004 vous vous blessez et manquez 8 matchs. C’est alors que Matt Moussilou vous passe devant dans la hiérarchie. L’équipe qui était en mal de résultats commence à gagner (6 victoires et un nul pendant sa convalescence). Ça a dû être difficile à vivre ?

Oui, c’est vrai. C’était une situation difficile à gérer, une tendinite très douloureuse au genou, qui m’a éloigné des terrains pendant deux mois. J’ai loupé beaucoup des matches, et donc de buts aussi (rires). Matt Moussilou, qui débutait, m’a très bien remplacé et l’équipe a commencé à gagner, alors même en mon absence, on peut dire que j’étais bon pour l’équipe.

On a parlé de l’éclosion de Matt Moussilou, quel autre joueur vous a impressionné ?

Mathieu Bodmer avait des qualités techniques exceptionnelles. Mathieu Debuchy aussi, malgré son jeune âge (19 ans en 2004, NDLR) montrait qu’il allait devenir un joueur important. Mais je pense que le plus grand talent de l’équipe était Éric Abidal. Quand il nous a rejoint en fin de mercato, en provenance de Monaco, il a montré dès les premiers entraînements qu’il était un grand joueur. Il était vif, techniquement impeccable, intelligent, courait comme une gazelle… En plus il était polyvalent et pouvait jouer dans l’axe de la défense, comme sur l’aile.
En dehors des terrains, c’était un mec super sympa, toujours de bonne humeur et très positif pour le groupe. J’en garde un excellent souvenir.

 

Son pays, la Bulgarie

Vous êtes le seul Bulgare passé par le LOSC, alors que ce pays existait déjà à la création du club (contrairement aux pays issus de l’URSS ou de la Yougoslavie par exemple).  Comment expliquer que vos compatriotes ne soient pas beaucoup passés par la France ?

C’est une bonne question. Malheureusement ces dernières années, la Bulgarie n’arrive plus à produire assez de joueurs de haut niveau, capables d’évoluer dans les grandes équipes européennes. C’est un problème aussi pour la sélection nationale, qui ne s’est plus qualifié pour l’Euro depuis 2004, ou pour un Mondial depuis 1998. Il est important que la fédération réfléchisse aux corrections nécessaires. Nous avons les talents, mais nous les perdons souvent en chemin…

NB : Sur les trente dernières années, nous retrouvons au moins cinq joueurs bulgares à avoir évolué en France : Yordan Letchkov à Maseille (1996/97), Georgi Ivanov à Rennes (2002/03), Hristo Yanev à Grenoble (2006 à 2009), Emil Gargorov à Strasbourg (en L2 de 2006 à 2010) et Dimitar Berbatov (2014/15).

Avec vingt buts inscrits en L1, vous faites mieux que Dimitar Berbatov (13 buts en 38 matchs de championnat). Parlez-nous de lui, que vous avez vu débuter au CSKA Sofia.

Dimitar est certainement le coéquipier le plus talentueux, que j’ai croisé dans ma carrière. Au moins en France j’aurais réussi à inscrire plus de buts que lui (rires). On est arrivé quasiment en même temps au CSKA en 1999. Lui n’avait que 17 ans, et j’étais un peu plus âgé (22 ans NDLR), mais sa qualité technique était exceptionnelle. Déjà à cette époque, il n’avait pas besoin de courir énormément pour être décisif. Il me disait : « Toi, tu prends le ballon, tu fais ton dribble et après tu centres vers moi ! » C’était si simple que ça. Et ça a continué en sélection, où il est devenu capitaine, ou dans les grands clubs où il est passé (Leverkusen, Tottenham, Manchester United, Monaco…)

 

« Nous avions une belle génération avec la Bulgarie »

 

Côté Lille, le LOSC a déjà joué à Sofia, mais contre le Levski (en Europa League 2010-2011)

Oui, j’ai vu ce match à la télévision. A Sofia, j’ai joué au CSKA et au Lokomotiv, mais pas au Levski… Je me souviens parfaitement du scénario, qui se termine sur un nul 2 à 2. Le LOSC n’avait pas très bien joué et les bulgares étaient très frustrés par le résultat. En effet, à trois minutes de le fin de match, l’entraîneur de Levski, Yasen Petrov, effectue son dernier changement, en ajoutant un défenseur additionnel (Ivo Ivanov) pour assurer sa victoire. Et finalement, dans le temps additionnel, ce même Ivanov marque contre son camp, d’un spectaculaire coup de tête. Finalement on voit que ce but coute la qualification au Levski (le club bulgare terminera en effet à un point du LOSC, deuxième du groupe et qualifié pour les seizièmes, NDLR)

Au niveau international, vous faites une vingtaine de matchs en sélection, dont un match à l’Euro 2004, contre la Suède. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

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La sélection c’est une grande fierté. J’ai fait partie de l’équipe nationale pendant sept ans, j’ai eu la possibilité de défendre les couleurs de mon pays avec des joueurs fantastiques comme Dimitar Berbatov, Martin Petrov, Krasimir Balakov, Stiliyan Petrov, ou Hristo Yanev… Nous avions une belle génération. Une majorité des internationaux jouaient dans les grands championnats européens. Ça n’était donc pas toujours facile d’être convoqué.

Vous avez également évolué sous les ordres de Hristo Stoitchkov, que ce soit en sélection (2004-2007) ou au Celta Vigo. Vous sembliez avoir la confiance de l’ancien Ballon d’Or.

Ça aussi j’en suis fier. Stoitchkov a été mon idole. Comme beaucoup de bulgares dans les années 90’… j’avais des photos et des posters de lui sur les murs de ma chambre d’adolescent. Jamais je n’aurai pu imaginer poser un jour à ses cotés, moi en tant que joueur et lui comme entraîneur.

C’est vrai que j’ai obtenu sa confiance et son respect. J’ai aussi eu la possibilité de le découvrir sur le plan humain. Je peux dire, que c’est une personne exceptionnelle. Certes il est connu pour sa personnalité et son caractère très forts, mais c’est aussi quelqu’un qui est très ouvert et toujours disponible pour aider l’autre.

NB : Hristo Stoitchkov est le seul bulgare a avoir obtenu le Ballon d’Or (en 1994). Il a notamment inscrit plus de 100 buts lors de son passage au FC Barcelone dans les années 90′, remportant au passage la Champions League en 1992. Stoitchkov est également meilleur buteur de la World Cup 1994 aux USA, où il emmena sa sélection jusqu’en demie-finale.

 

« Je n’ai même pas eu la possibilité de dire au revoir à mes coéquipiers ou aux supporters lillois »

 

Le rêve espagnol

Vous faites la préparation estivale et débutez la saison 2004-2005 à Lille. En disputant quelques rencontres de coupe Intertoto et en marquant un but. Pourtant vous partez en Espagne. Pourquoi ?

C’était une décision difficile à prendre. Après deux saisons, j’étais bien intégré dans l’équipe, totalement adapté au championnat français et à la vie à Lille. Mais avant de venir en France, mon rêve avait toujours été de jouer en Espagne, surement en souvenir du Barça de Stoitchkov (voir plus haut). Quand j’ai reçu la proposition de Levante, c’était très difficile de refuser la Liga. J’étais à nouveau à un carrefour, une décision rapide s’imposait… Je n’ai même pas eu la possibilité de dire au revoir à mes coéquipiers ou aux supporters lillois. Se séparer de la sorte m’a frustré… mais j’étais convaincu qu’il ne fallait pas laisser passer cette chance à l’approche de la trentaine.

En 2005-2006, Sylvain N’Diaye que vous avez côtoyé à Lille, vous retrouve à Levante en Espagne. Êtes-vous toujours en contact avec lui ?

Sylvain était un superbe milieu de terrain. Ce fut un plaisir de l’avoir comme coéquipier au LOSC, puis ensuite en Espagne. En arrivant à Levante, il a été d’une aide majeure pour retrouver La Liga, une saison seulement après notre relégation. Malheureusement, Sylvain est ensuite reparti en France et moi en Bulgarie. Nos chemins se sont séparés et nous nous sommes perdus de vue. J’espère que tout va bien pour lui !

 

Sa reconversion et son regard sur le LOSC actuel

A la suite de votre carrière, vous choisissez le métier d’entraineur.

J’ai fini ma carrière en 2012. J’ai d’abord eu l’opportunité de prendre les rênes de l’académie du CSKA Sofia, puis je suis devenu entraîneur adjoint de l’équipe pro (à partir de mars 2015). C’est un métier qui me plait énormément et j’ai beaucoup d’ambition. En 2021, je dois valider le dernier volet de ma formation et obtenir la licence PRO. On ne sait jamais… un jour on me reverra peut-être sur le banc du LOSC (rires).

 

« On observe une belle évolution du LOSC ces dernières années »

 

D’ailleurs, que pensez-vous du LOSC, de Gérard Lopez ?

De l’extérieur, on observe une belle évolution du LOSC ces dernières années, marquée par un retour en coupe d’Europe, ça doit ravir les supporters. La stratégie est bien lisible. A chaque mercato, le club recrute de nombreux jeunes talents, dont la plupart ont une belle marge de progression. Pour l’instant, la politique est de développer ces talents, afin de dégager une plus-value, car je pense que le LOSC n’a toujours pas les moyens du PSG ou de l’OL… Mais Lille reste très compétitif et le rôle de l’entraineur Christophe Galtier, me semble primordial dans l’organisation actuelle.

Comment se déroule la crise sanitaire en Bulgarie ?

Sur toute la planète, cette crise est un moment très dur à vivre, c’est très difficile à gérer. En Bulgarie aussi, le nombre de cas COVID remonte, comme lors de la première vague de mars 2020. Même si certaines restrictions existent, pour l’instant l’activité n’est pas arrêtée. Concernant le football, il y a de nombreuses équipes du championnat avec des joueurs et staff infectés, donc on évoque forcément la possibilité de stopper le championnat, si la situation s’aggrave. Il faut que toutes les nations restent lucides et responsables, pour sortir de ce cauchemar.

Un mot pour conclure ?

Je voudrais exprimer mes très bons sentiments à tous les supporters du LOSC. Je vous souhaite à toutes et à tous la santé… et aussi beaucoup de moments inoubliables avec votre équipe adorée ! Vladimir.

Copyright : Imago – Vladimir Manchev en 2004 – 2005.

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