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Le décryptage tactique du début de saison lillois

Ulysse Hamelin

Publié

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Crédit photo : Imago

A l’heure de la troisième et dernière trêve internationale qui vient encore une fois nous couper de nos Dogues, retour sur les enseignements tactiques de cet excellent début de saison lillois.

Le LOSC version 2020-2021 est une équipe au naturel très proactif. Dans la majeure partie des rencontres, c’est elle qui dicte le tempo du match, très souvent pour le bon, parfois pour le mauvais. Une volonté d’être maître de son destin qui ne peut être que félicitée. Pour arriver à cela, le plan tactique est souvent similaire. Le 4-4-2 du tableau noir et des phases défensives se décline dérive très souvent vers une animation offensive 3-1-4-2, où l’un des deux milieux axiaux vient aux côtés de la charnière centrale pour permettre aux défenseurs latéraux de se placer très haut sur le terrain. Un plan de jeu porté vers l’avant, et de mieux en mieux compris par les joueurs.

N’importe quelle analyse du LOSC de ce début de saison doit évoquer un homme en premier-lieu : Renato Sanches. Ce système est construit sur mesure pour ses épaules, et le Portugais fait du milieu de terrain son royaume. Lorsqu’il ne joue pas, l’équipe n’est plus la même ; lorsqu’il est en-dessous, le collectif entier est ralenti. Mais comme en témoigne sa masterclasse face au Milan AC, lorsqu’il est dans un bon jour, c’est le LOSC entier qui change de dimension. Capable d’alterner jeu court/jeu long et ainsi d’orienter intelligemment la possession, de toujours parfaitement utiliser son jeu de corps pour résister à la pression, d’éliminer par le dribble, de faire parler sa puissance physique, sa panoplie est ultra-complète. Ses statistiques parlent d’ailleurs pour lui : il est le joueur lillois tentant le plus de dribbles (2,1 par match), subissant le plus de fautes (1,8 par match), mais aussi le deuxième Dogue effectuant le plus de passes derrière Sven Botman (62 passes par match en moyenne). Il rayonne dans ce début de saison, et est l’élément clé du système de Christophe Galtier.

 

Une animation offensive en mutation

Malgré les départs de ces joueurs stars, le LOSC garde son ADN, celui qui le définit depuis plus de deux saisons désormais. Les transitions rapides et la vitesse des attaquants lillois font peur à n’importe quel adversaire, l’AC Milan, leader de Serie A, l’ayant appris à ses dépens très récemment. Si la saison dernière, les longs ballons vers Victor Osimhen étaient l’arme fatale (entraînant parfois un jeu assez stéréotypé), cette saison-ci, ces transitions sont plus souvent des remontées de ballon rapides par des passes courtes, plutôt que des longs ballons dans la profondeur. La complémentarité des appels est une recherche permanente du système de Christophe Galtier. S’il dispose de nombreuses flèches toutes capables de piquer dans la profondeur, selon ce que le jeu demande, certains doivent s’adapter et aussi savoir demander dans les pieds pour accélérer les remontées. On pouvait ainsi être surpris de voir souvent Burak Yilmaz souvent prendre la profondeur, rôle qu’on attribuerait davantage à ses coéquipiers plus fringants. Mais le vétéran turc, malgré des difficultés à se régler en début de saison (joueur signalé le plus hors-jeu en Ligue, 1,3 fois par match) a montré, comme face ses buts face à Strasbourg ou Nice, que son registre était varié et qu’il était un avant-centre très complet. Chacun doit être capable de tout faire dans cette équipe lilloise, et il n’est pas surprenant de voir le latéral attaquer l’axe du terrain alors que l’ailier colle la ligne de touche, de voir successivement les deux avants-centres décrocher tandis que l’un frôle la limite du hors-jeu dans ses appels.

Mais en phase d’attaques placées, face à un adversaire plus regroupé, les Dogues ont comme toujours davantage de mal à se montrer dangereux. De nombreux adversaires ont aujourd’hui tendance à laisser le ballon aux Lillois et à les attendre bas, afin d’éviter de devoir défendre face à des joueurs lancés. Que ce soit face à Metz, Nice, Lyon (une fois réduits à 10), ou même face au Celtic Glasgow en Europa League, ces blocs compacts ont souvent bloqué les velléités offensives des Dogues. Pour contrer cela, une arme souvent recherchée est celle des frappes de loin. Lille est l’équipe de Ligue 1 qui tire le plus en dehors de la surface (6,4 tirs par match), et la 3ème en Europa League (8 tirs par match). Ces frappes sont souvent dangereuses, et les réalisations de Bamba face à Reims ou Lyon, celle de Celik face à Strasbourg ou de Yazici en Europa League viennent valider ces choix. Mais on peut également le percevoir comme un aveu de faiblesse et une certaine difficulté à créer le danger dans la surface adverse, surtout à partir des côtés. Lille centre assez peu, avec 94 tentatives (contre 172 pour Lyon ou 152 pour Paris), et ces tentatives sont souvent imprécises, soit par la mauvaise qualité du centre, soit par des appels trop peu tranchants. Dans ce registre, Jonathan David doit par exemple beaucoup progresser, pour apporter plus de pression dans la surface adverse. En mettant beaucoup de joueurs dans l’axe, avec deux avant-centres et deux ailiers chargés de jouer très intérieur, les Lillois peuvent parfois un peu s’empaler sur des défenses qui n’ont qu’à bloquer les transmissions axiales pour empêcher les offensives de se développer.

 

Un système qui responsabilise les individualités

Sans ballon, le LOSC presse haut et fort. Tous les adversaires le savent. Comme on avait déjà pu le voir à travers l’analyse de la rencontre face à Lens, le pressing lillois s’enclenche très souvent à partir de certains mouvements adverses en particulier viennent déclencher le mouvement collectif. Souvent, ce sont les latéraux adverses qui sont la cible du pressing, afin de récupérer haut les ballons et de se projeter rapidement. De nombreuses occasions très dangereuses viennent d’ailleurs de ces récupérations hautes visant à asphyxier l’équipe adverse. Mais ce système n’est pas sans risque. Il laisse évidemment des espaces dans le dos de la défense, que le duo Fonte – Botman doit souvent gérer seul. Heureusement, la charnière centrale est très sereine dans ses un contre un, et ce n’est pas un hasard si Sven Botman est le joueur qui remporte le plus ses duels en Ligue 1, avec 73% selon Opta. Sur certaines séquences, Lille semble totalement imperturbable, avec tous ses joueurs de champ dans le camp adverse et une charnière centrale ne laissant même pas l’occasion aux adversaires d’exploiter ces surnombres. Mais il n’empêche que lorsque les équipes adverses savent exploiter efficacement les espaces laissés, notamment sur les ailes, les Lillois peuvent être mis en danger, et doivent souvent s’en remettre à un Mike Maignan plus décisif que jamais.

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Un autre aspect de ce pressing concerne les changements d’ailes. Censé devoir être pris dans l’étau du pressing, l’adversaire ne doit pas pouvoir rapidement renverser le jeu, là où les Lillois sont en infériorité numérique. Mais s’ils y arrivent, alors le danger est immédiat. On l’a bien vu face à l’AC Milan, où Théo Hernandez a plusieurs fois mis le danger dans le camp lillois, mais surtout face à Brest, équipe experte dans la matière, où les changements d’aile multiples ont totalement pris de vitesse la défense lilloise, se concluant par trois buts en une mi-temps. Dans le même sens, le placement défensif des latéraux est également très souvent questionnable, et est sans doute l’un des axes de progression majeurs de cette équipe lilloise.

Cette analyse peut sembler sévère concernant le jeu lillois. Premier de sa poule d’Europa League, deuxième de Ligue 1, la saison se passe pour l’instant de manière remarquable. Lille produit un jeu spectaculaire et offensif, domine ses adversaires, et est très cohérent par rapport aux demandes du football moderne. Mais être le protagoniste principal de quasiment chaque rencontre donne également plus de raisons d’être exigeant. Lille est peut-être en train de changer de dimension et de basculer du côté des équipes dont on attend toujours plus. Plus simplement un outsider qui impressionne par séquence. Pas une équipe où certaines individualités viennent sublimer un jeu collectif finalement pauvre. Mais une équipe constante qui doit gagner, et avec la manière.

Timothée Barnaud

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