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Interview

A la rencontre de trois supporters lillois qui nous racontent leur passion pour le derby

Pierrick Moniot

Publié

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Crédit photo : Imago

Dans cette semaine spéciale derby, Le Petit Lillois a décidé de vous proposer une interview axée sur cette rencontre spéciale avec trois supporters lillois d’un âge différent. Jyc (50 ans), Maxence (32 ans) et Antoine (19 ans) se sont confiés sur leur passion pour ce derby et son atmosphère. Souvenirs, nostalgies et nouvelles attentes sont au rendez-vous. Bonne lecture !

Bonjour à tous les 3. Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Jyc : Bonjour, je suis Jyc, j’ai 50 ans et j’habite Quesnoy-sur-Deûle, non loin de Lille. Pour moi, un but de Lille en match amical de pré saison fera toujours davantage vibrer qu’une victoire des Bleus en Coupe du Monde.

Maxence : Bonjour, je m’appelle Maxence, j’ai 32 ans, né à Lille. J’étais Business Developer dans le bâtiment pendant près de 4 ans et après une remise question personnelle, j’ai ensuite effectué le Tour du Monde pendant un an, seul, avant de revenir à la maison et créer mon entreprise avec un ami d’enfance. Je suis passionné de foot, de NBA, de cuisine et de voyages.

Antoine : Salut, moi c’est Antoine, 19 ans, et étudiant en Licence 2 STAPS (université des sciences et techniques du sport). J’ai pour passion le football que je pratique en club dans un club de la périphérie, et le LOSC en particulier. J’ai également pour passion d’observer à travers le monde les différents jeunes talents qui se développent, ce qui s’apparente un peu à du scouting, mais à des années lumières de notre ami Luis Campos.

 

Depuis combien de temps supportez-vous le LOSC et comment est venu cette passion ?

Jyc : Je suis supporter du LOSC depuis le 18 septembre 1976. J’avais 6 ans et depuis ce jour, je n’ai raté aucun match que ce soit au stade, à la télé ou à l’époque à la radio. Enfant, j’habitais à Saint André à 10 minutes à pied du stade Grimonprez-Jooris. C’était un stade magnifique, le plus bel endroit du monde, pour l’enfant que j’étais et cela reste le plus beau stade pour l’adulte nostalgique que je suis. En 1976, la France était sous le charme de l’épopée des Verts et mon père (supporter de Lens) voulait me faire un cadeau en m’emmenant voir les “Verts”. Ce soir-là, la grande équipe Stéphanoise a perdu 1-0 (but de Karasi, mon premier héros Lillois) et le LOSC a gagné plus qu’un match, il a gagné un supporter à vie. 

Maxence : Je supporte le LOSC depuis toujours. Je trouve que le foot, en soi, est le sport qui procure le plus d’émotion et c’est comme je pense beaucoup une histoire de famille. Mon père, mon frère et mon beau-père sont tous supporter du LOSC. En grandissant, ma passion s’est accrue avec les différentes étapes du LOSC. La montée, les participations en LDC, le championnat et la Coupe. Je me suis identifié aussi rapidement à l’identité du club avec ces valeurs : ne rien lâcher, se relever, continuer à avancer. Un Dogue en somme.

Antoine : Je supporte le LOSC depuis maintenant environ 15-16 ans depuis l’âge de 3-4 ans. Pour l’anecdote, mon premier match était au stadium dans un match opposant le LOSC à Skopje en Coupe UEFA. Je supporte ce club, car c’est aussi une histoire de famille. Dans ma famille, tout le monde est pour le LOSC sans exception, et depuis petit je vais au stade en famille, car je suis abonné avec mes grands parents.

 

Pourquoi avoir choisi de supporter Lille plutôt que Lens ?

Jyc : Comme je le disais précédemment, ce soir-là, la magie des joueurs, les chants de supporters, l’odeur du stade et les supporters lillois m’avaient ensorcelé pour l’éternité.

Maxence : Je n’ai pas eu de choix à faire entre Lille et Lens. Supporter un autre club que sa ville est un peu pour moi un non-sens.

Antoine : Je n’ai absolument aucun lien avec Lens ou son département donc quand j’étais jeune, je n’ai jamais prêté attention à ce club.

 

Quand on parle de derby, qu’est-ce que cela vous évoque en premier?

Jyc : Mon père était – et il l’est toujours, le pauvre – supporter lensois et ce derby avait à la maison une saveur incroyable. La rivalité père-fils trouvait son point d’orgue deux fois par an à l’approche, pendant et après le derby.  De longues années difficiles où mon père avait souvent le poids de l’expérience pour lui et où il faut bien le dire, nous étions souvent fessés par les “clowns artésiens”. Heureusement, à l’époque, notre sponsor historique était Peaudouce et cela permettait d’amortir les chocs.

Maxence : La suprématie régionale. Il a perdu de sa superbe depuis une dizaine d’années maintenant, car on n’a pas perdu contre eux depuis 2006. Mais le derby, c’est la bagarre. Je pense direct à Balmont quand j’entends le mot “derby”. Il coupait des pâtes dès la première minute de jeu et savait motiver les joueurs pour ne rien lâcher. C’est clairement pas un match comme un autre, il faut le gagner.

Antoine : La rivalité forcement. C’est le premier élément qui nous vient en tête, c’est cette rivalité qui anime ce derby. Forcement maintenant avec les réseaux sociaux, cette rivalité est de plus en plus forte et donc l’envie de jouer ce match augmente au fil des jours. Et donc, quand on évoque le mot derby, on évoque aussi le mot victoire, car si il y a bien un match à remporter, c’est bien celui là.

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Quel est votre meilleur souvenir de derby?

Jyc : Le meilleur souvenir de derby ne sera pas seulement sur un match sur mais une année précise : 1986. Je fêtais ma première décennie de supporter, je n’étais plus un enfant, j’étais devenu un adolescent et le monde s’ouvrait devant moi. Cette année-là, nous avons gagné, les deux matchs (je n’avais jamais connu ce plaisir, qui pour l’ado que j’étais avait pris des allures de jouissance prépubère). Victoire 1-4 en janvier puis 1-3 en septembre. Pour l’anecdote dans l’équipe de septembre, il y avait chez nous Félix Lacuesta qui avait participé au premier match que j’avais vu en 1976, il était chez les Verts à l’époque. 1986 était une année mémorable avec cette équipe à l’accent belge (Desmet et Vandenbergh en attaque Heylens comme entraineur). Les vrais rois de la région Nord étaient les lillois, même la Belgique le reconnaissait. 

Maxence : Celui qui m’a le plus marqué c’est à Lens. Il me semble que c’était en 2009, on perd 1 à 0, Cabaye rentre à la 70e et se prend un rouge trente secondes plus tard. Coup franc de la dernière minute, Obraniak au second poteau pour Adil Rami qui lobe Runje… C’était comme une victoire, le stade éteint, 3000 lillois en feu, Adil (Rami) en pleurs, et Gervais Martel qui vient à la fin du match gueuler sur nous pour je ne sais quelle raison. Un véritable plaisir.

Antoine : Je dirais le match au début de la saison 2010-2011, fameuse année du titre ou le LOSC a gagné 1-4 à Bollaert. Le parcage visiteur était plein, c’était une belle fête de remporter ce match aussi largement, et en plus à l’extérieur. C’est un très bon souvenir.

 

Une anecdote ou une action qui vous a marquée lors d’un derby ?

Jyc : C’était le 26 août 2001 à Bollaert. Le LOSC s’apprête à jouer sa première campagne européenne et nous allons devoir faire nos matchs de ligue des champions dans ce stade théâtre habituel des pitreries clownesques des voisins. L’accueil réservé aux supporters lillois est certainement le pire que j’ai vécu. J’étais avec un ami “neutre” qui avait eu des places en tribune lensoise. Cet ami avait insisté pour que je ne me fasse pas remarquer en tant que lillois, il avait peur pour notre intégrité physique. J’ai essayé de tenir parole, mais je n’ai pu m’empêcher d’hurler ma joie lorsqu’à 3 minutes de la fin, le grand Dagui Bakari a mis une tête qui a permis au LOSC d’égaliser. La tribune autour de moi m’a regardé avec surprise et les plus jeunes ont commencé à m’insulter. Il y a même un gamin qui a reçu une claque de la part de son père pour m’avoir parlé avec tant de haine. A la fin du match, je suis sorti du stade me prenant pour Jules César rentrant à Rome à son retour triomphal de la guerre des Gaules. 

Maxence : Je me souviens, lorsqu’on fait descendre Lens en Ligue 2 au Stadium Nord, on gagne 2 à 1 en 2008. On doit faire le tour du stade pour sortir à la fin du match et on passe avec mon beau-père et mes petits frères, devant les supporters lensois qui nous crachent dessus et nous jettent des bières. J’ai rarement autant kiffer les voir pleurer. Mon animosité est devenue encore plus grande après cela.

Antoine : C’était lors de la saison 2014-2015. Victoire 3-1 à domicile face à Lens. Le LOSC est mené et Sofiane Boufal égalise sur penalty, et se dirige vers les supporters lensois en embrassant le logo. C’est vraiment une action qui m’a marqué durant un derby.

 

Cette semaine, Lille retrouve Lens en Ligue 1. Une première depuis 5 ans, une trop longue disette non ?

Jyc : Non, les derbys ne me manquent pas car je me souviens que les lensois n’avaient qu’une envie, c’était de voir notre club disparaître. D’ailleurs, en avril 1997, alors que la descente en D2 se profilait pour nous, les supporters lensois ont sorti un cercueil représentant le LOSC. Pour ma part, ils peuvent rester en D2, National ou même mieux disparaître du foot pro, cela m’irait.. 

Maxence : Je suis mitigé…Plus ils sont dans le trou mieux je me porte. Mais un derby, c’est toujours sympa et surtout quand on gagne !

Antoine : Oui ! Forcément, cinq ans, c’est très long mais le voisin n’a pas été assez performant pour remonter avant, même si nous avons failli les rejoindre à la fin de la saison 2017-2018.. C’est un match très spécial et en être privé si longtemps, c’est frustrant donc il faut en profiter un maximum !

 

Lens réalise un début de saison canon avec 13pts en 6 journées, juste derrière le LOSC, 2e avec 14pts. Êtes-vous confiants pour ce match et avez-vous des craintes particulières liés au match ?  

Jyc : La seule crainte c’est que mon père (supporter lensois) se rappelle à mon bon souvenir, Nous sommes plus forts et nous allons gagner. 

Maxence : Je ne dors pas pendant 7 jours avant un derby, autant dire que je ne suis vraiment pas au top de ma forme. En terme de confiance, va falloir repasser ! Mais j’ai confiance en l’équipe et malgré le bon début de saison des lensois, je n’ai pas vraiment peur d’eux. Je pense que ce qu’il va nous manquer, c’est comment appréhender le derby pour certains joueurs bien qu’heureusement Galtier est là. Ancien Dogue et maintenant entraîneur j’espère qu’il trouvera les mots !

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Antoine : Oui, il faut admettre que Lens fait un bon début de saison et je ne m’attendais pas vraiment à ça. Mais je suis assez confiant pour ce match. Notre équipe est extrêmement solide et il y a de l’expérience du haut niveau, et des gros matchs à toutes les lignes. Je n’ai pas de craintes particulières, mais il faudra surveiller quand même de très près Gael Kakuta, car c’est un excellent joueur qui aurait mérité meilleure carrière.

 

Ce derby se jouera certainement dans un contexte difficile lié au contexte sanitaire actuel. Pensez-vous que cela peut impacter les joueurs et leur niveau de jeu ainsi que l’intensité du derby ?

Jyc : Le contexte des stades peu remplis commence à être assimilé par les joueurs et de toute façon, il n’y a plus ni de lillois au LOSC ni de joueurs de l’autre ville chez les adversaires. 

Maxence : Sur le niveau de jeu je dirais non, on le voit depuis le début de saison pour les deux équipes, elles jouent bien. En terme d’intensité je pense que oui car, un derby, il y a de la tension. Le match ne se joue à pas grand chose. Pénaltys, cartons rouges, tout ça doit rentrer en compte normalement. Ainsi, je pense que ça va être un match moins physique. C’est peut être mieux pour le jeu et le football.

Antoine : Oui, malheureusement, le derby va se jouer avec une jauge moindre au vu du contexte actuel. 5000, 1000 ou à huit-clos, c’est dommage car un derby c’est d’abord une fête et cela rassemble du monde. Ça va forcement impacter car il n’y aura pas autant de chants de supporteurs pour pousser l’équipe. L’avantage de jouer à domicile se perd donc un peu et équilibre le rapport de force selon moi. Les joueurs risquent d’être un peu perdus au début mais j’ai confiance en eux pour nous donner la victoire.

 

Pour vous, quel joueur va réussir à se démarquer lors du derby ?

Jyc : Je vois bien Benjamin André, avec sa mentalité de Dogue à la Balmont, prendre la pleine mesure de l’importance de ce match pour les supporters et donc je l’imagine haranguer ses partenaires. Notre guerrier turc Burak Yilmaz, qui en matière de derbys s’y connaît aussi et pas qu’un peu. Lui le taureau stambouliote qui sait que pour gagner, il faut que l’on… Bosphore. Et bien évidemment, notre entraîneur, qui n’a jamais perdu de derby en tant que joueur lillois, fera le nécessaire pour que le message passe. 

Maence : J’aurai dit José Fonte avant qu’il soit positif au COVID-19. J’espère qu’il pourra être présent. Son expérience peut vraiment aider. Sinon je pense à Yilmaz, qui a joué de nombreux derbys en Turquie, bien plus impressionnant que le nôtre et qui peut se démarquer. Enfin je sens le réveil de Jonathan David. Je ne sais pas pourquoi, mais s’il veut c’est maintenant.

Antoine : Burak Yilmaz. C’est un joueur habitué à la pression que ce soit en club avec notamment les gros derbys d’Istanbul et en sélection Turque. C’est le genre de match qu’il affectionne, et selon moi c’est un gros gros plus que d’avoir ce genre de joueur dans notre effectif

 

Un pronostic pour ce derby ?

J : Une victoire 3-0 pour Lille. Je vois bien un but par Jonathan (David, Bamba et Ikoné). 

M : Je sens le match nul 1-1. Mais au fond, je souhaite un 2-0 en bonne et due forme.

A : Je dirais une victoire 2-0. Le LOSC se doit de l’emporter avec la qualité de l’effectif qu’il possède et ne doit pas trembler. 2-0 me semble être un pronostic réalisable.

 

Si vous devriez faire un onze composé des meilleurs joueurs actuels de Lille et Lens, qui mettriez-vous ?

Jyc : Maignan, Celik-Fonte-Botman-Bradaric,  Renato-André-Bamba-Ikoné, David-Yilmaz

Maxence : Maignan, Celik-Fonte-Botman-Bradaric, Renato-Andre-Bamba-Ikone, Burak-David

Antoine : Sans prétention aucune, je ne vois aucun joueur de Lens qui pourrait être titulaire dans notre onze de départ. Tous nos joueurs sont talentueux donc si je devais faire un onze composé des meilleurs joueurs actuels de Lille et Lens, je mettrais le onze lillois en entier !

Merci à Jyc, Maxence et Antoine d’avoir donné de leur temps pour répondre à nos questions. 

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