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Interview

Jean-Claude Nadon : « Lille ou Lens ? C’est difficile de choisir »

Emile Simon

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Crédit photo : IconSport

A quelques jours du derby du Nord, nous sommes allés à la rencontre de Jean-Claude Nadon, gardien du LOSC (1989-1996) et du RC Lens (1996 et 1997) puis entraineur des gardiens du RCL (2012-2018). Pour Le Petit Lillois, l’ancien Dogue a accepté de revenir sur les derbies du Nord.

 

Son expérience du derby en tant que joueur 

Après avoir pris la succession de Bernard Lama à Lille, vous êtes titulaire avec les Dogues (sans discontinuité en D1 entre novembre 1991 et septembre 1995). Quel est votre meilleur souvenir dans un derby ?

Au risque de vous décevoir, je vais répondre par un nul 0-0. C’était à Bollaert en novembre 1991, si mes souvenirs sont bons. Sur ce match, Lille avait été largement dominé, mais nous avions su faire le dos rond. Lens aurait même pu remporter ce derby, puisqu’ils obtiennent un pénalty, mais je contribue à sauver le point du nul en stoppant la tentative de Shalom Tikva (international israélien NDLR). Je retire une grande satisfaction de ce résultat, qui témoignait de notre état d’esprit ces années-là.

Il faut savoir qu’à mon arrivée à Lille (en 1989), nombre de mes coéquipiers venaient, comme moi, de deuxième division, c’était la politique sportive de l’époque. Il a fallu faire preuve d’abnégation pour s’acclimater à la D1 qui était vraiment un cran au-dessus. La première saison, on termine dix-septièmes à deux petits points du premier relégable, en galérant toute la saison. En 1990-91, on fait 6ème, le meilleur classement du LOSC, depuis bien longtemps. On a même caressé l’espoir de jouer l’Europe jusqu’à la toute fin du championnat.

 

Vous étiez régulièrement capitaine du LOSC, et aviez la réputation d’être un homme de vestiaire au franc-parler. Comment se préparait un derby dans les années 90 ? Deviez-vous haranguer vos partenaires pour l’occasion ?

Non pas spécialement. Je pense que la motivation venait d’elle-même sur ce genre de matchs. En tant que joueur professionnel, c’est un réflexe quand tu arrives dans une région de cocher les quelques matchs importants de la saison… ceux qu’il ne faut louper sous aucun prétexte. Et clairement, le derby en fait partie. Dans les années 90, le derby était très serré, ni Lille ni Lens ne peut affirmer qu’il avait l’ascendant sur son rival. D’ailleurs les scores étaient rarement fleuves.

 

Après 7 saisons à Lille, vous passez chez le rival régional du RC Lens, en juillet 1996. Quel accueil vous a été réservé par les supporters lensois ?

J’ai considéré ce transfert comme une mutation normale entre deux clubs. Sans pression particulière. C’est certain que la rivalité entre les supporters existe, mais ça n’a jamais été jusqu’à de la haine non plus… et heureusement. Me concernant, j’ai toujours senti beaucoup de respect, que ce soit sur et en dehors du terrain.

Quand je signe à Lens, Gervais Martel est très honnête avec moi, il s’agit de pallier une blessure de Guillaume Warmuz, qui s’était fait les croisés. Dès que Guillaume pourrait retrouver sa place de numéro un, je serai sa doublure. C’est néanmoins cette saison-là, alors âgé de 32 ans, que je découvre la Coupe d’Europe. Je suis titulaire à l’aller et au retour, en Coupe UEFA face à la Lazio de Rome. A l’époque Alessandro Nesta ou Pavel Nedvěd (futur ballon d’Or 2003 NDLR) débutaient leur carrière. Malheureusement, le RCL est éliminé de peu (1-1 à Rome, 0-1 à Lens). Le parcours s’arrête prématurément, mais ce sont de beaux souvenirs.

 

On compte moins de dix joueurs passés directement de Lille à Lens dans l’histoire (Wilhelm van Lent, Guillaume Bieganski, Enzo Zamparini, René Marsiglia, Juan Mujica, René Fatoux, Roger Boli et Dagui Bakari), pourquoi si peu ?

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Quand on regarde bien, à travers leurs histoires, les deux clubs ont rarement été au même niveau en même temps. Chacun ayant son heure de gloire, ou une période de vaches maigres, à des périodes bien différentes. Ceci explique peut-être l’absence de sollicitations de Lens vers Lille, et inversement d’ailleurs.

 

« J’aime avant tout qu’un derby reste bon-enfant »

 

Vous avez également joué à Lyon en fin de carrière (en tant que doublure de Grégory Coupet). Quelle comparaison faites-vous entre un Lyon-Sainté, et un Lille-Lens ?

Saint-Étienne n’était pas D1, lors de mon passage lyonnais (en 1997/98). C’est vrai qu’il existe quelques similarités avec le derby du Nord, une ancienne ville minière (Lens, Saint-Étienne) et une ville plus bourgeoise, devenue métropole (Lille, Lyon). J’aime avant tout qu’un derby reste bon-enfant. Ça n’est que du foot, il ne faut pas rajouter d’huile sur le feu. Les débordements ou la violence n’ont pas leur place, que ce soit sur et en dehors du terrain. On a déjà vu des drames autour de certains stades, ce n’est pas l’idée que je me fait du football. En tant qu’acteurs, nous avons une image à laisser, ne pas oublier qu’il y a des enfants qui nous observent…

 

Une suite logique d’entraineur des gardiens

Après votre carrière de joueur, vous devenez entraineur des gardiens (à Guingamp, Metz, ou au Qatar…). Puis Lens fait appel à vous en 2012 ?

Oui, ça s’est fait à la fin de mon contrat avec une équipe qatarie. Le Crédit Agricole venait d’écarter Gervais Martel à la tête du RCL, et je vois sur le site officiel qu’Antoine Sibierski*, que j’avais comme coéquipier à Lille, est devenu directeur sportif des Sang & Or. Je l’appelle donc pour lui demander, s’il cherche un entraineur des gardiens, et il me propose donc de m’occuper des jeunes portiers.

*Antoine Sibierski est un joueur formé à Lille. Il a, lui aussi, la particularité d’avoir connu les deux clubs (joueur du LOSC de 1992 à 1996, puis de Lens entre 2000 et 2003). Il fut directeur sportif du RC Lens de juillet 2012 à juin 2013, lors du court passage de Luc Dayan à la présidence du club artésien.

 

Mais rapidement, vous prenez en charge les gardiens de l’équipe première ?

Le début de saison 2012/13 n’était pas à la hauteur des ambitions de l’équipe première. Fin septembre, à la suite d’une défaite 0-4 à Bollaert, contre Monaco, l’entraineur en place (Jean-Louis Garcia) est limogé, avec tout son staff. C’est alors qu’Antoine Sibierski confie le poste d’entraineur à Eric Sikora, accompagné par plusieurs anciens du club comme Didier Sénac, ou moi-même, pour constituer le staff technique.

 

Vous avez croisé de nombreux gardiens durant votre mandat : Riou, Douchez, Vachoux ou Aréola.

Oui, je suis resté entraineur des gardiens pros de 2012 à 2018, j’en ai croisé pas mal. Il ne faut pas oublier non plus Joris Delle, Valentin Belon, Samuel Atrous ou Didier Desprez … car être gardien c’est faire partie d’un collectif de spécialistes. Aux entrainements, il faut aussi que la doublure et le troisième soient performants.

 

Lens restait sur dix ans sans jouer en Ligue 1 à Bollaert, une éternité. Comment expliquer cette si longue absence au plus haut niveau ?

Après le court mandat de Luc Dayan, Gervais Martel est revenu à la tête du club avec l’actionnaire que vous connaissez (Hafiz Mammadov NDLR). Malgré les soucis financiers en coulisses, nous obtenons la montée en 2014, mais clairement nous n’étions pas prêts. D’autant qu’en raison des travaux à Bollaert, nous avons joué nos 38 matchs à l’extérieur. Ensuite, le Racing rate la montée à la 96ème minute de la dernière journée en mai 2017, ça ne s’est pas joué à grand-chose. L’an dernier, ils font une très bonne phase aller, mais ils redémarrent mal l’année 2020… ce qui est d’ailleurs fatal à l’entraineur Philippe Montanier. L’arrêt prématuré du championnat, lié au COVID, leur permet de monter en L1, mais personne ne peut affirmer qu’ils auraient tenus sur le podium jusqu’à la 38ème journée. Une décision favorable a été prise par les instances. Maintenant qu’ils ont le sésame en main, ils ne vont pas laisser passer leur chance.

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Cette montée doit vous ravir ?

C’est un réel plaisir de revoir Lens parmi l’élite. Ne serait-ce que pour les supporters, les salariés. Quand on voit le stade ou les infrastructures, leur place est en L1.

 

L’aventure au RCL s’est terminée en 2018, où exercez vous cette saison ?

Les places sont très chères en professionnel. Après deux ans sans club, je suis revenu en Lorraine, d’où je suis originaire. Après un premier passage dans le staff du club (2003-2011), je m’occupe désormais des gardiens du FC Metz en préformation (U13 à U15), mais aussi de l’équipe féminine… qui est dans le même groupe de D2F, que les sections de Lille et Lens. On va donc se croiser.

 

Son avis sur Mike Maignan :

Vous avez été très proche d’être le troisième gardien des Bleus lors d’un mondial, vous faites également une sélection en A’. Vous qui avez côtoyé Alphonse Areola une saison à Lens ; pensez-vous que le gardien lillois, Mike Maignan ait pris un ascendant définitif pour une place à l’Euro, en juin ?

Maignan a pris beaucoup d’assurance depuis qu’il est arrivé à Lille, on a pu observer sa progression. Je trouve qu’il a encore grandit, au contact de Lloris et Mandanda en sélection mais aussi lors de la campagne de Champions League l’an dernier, bien que le LOSC termine dernier de son groupe. De toute façon, pour postuler en Equipe de France, il faut être dans la lumière, et donc jouer. La nouvelle campagne du LOSC en Europa League est un plus, pour se frotter à des adversaires de haut niveau.

Areola qui était performant assez jeune à Lens, Villarreal ou Paris, n’a pas trop joué l’an dernier à Mardrid. Je vois qu’il s’est engagé à Fulham, qui n’a pas bien démarré en Premier League. Espérons pour lui qu’il retrouve son niveau, en enchainant les matchs.

 

« Je regrette que le stade Pierre-Mauroy ne puisse pas être plein »

 

Alors, plutôt Lens ou plutôt Lille ?

En prenant en compte votre métier de joueur, puis celui d’entraineur, vous avez passé 7 saisons dans chaque club. On imagine que votre cœur sera partagé le 18 octobre …

Oui, c’est difficile de choisir, car j’ai vécu de bons moments dans les deux camps. Je souhaite surtout un beau derby, un beau match. Je regrette que le stade Pierre-Mauroy ne puisse pas être plein, car la magie du derby, ça se passe surtout en tribune. C’est vraiment dommage que ces retrouvailles se fassent en pleine crise sanitaire. Au regard du début de saison des deux clubs, le derby devrait encore avoir lieu en Ligue 1 l’an prochain.  Espérons que le virus soit vaincu d’ici là, pour le retour des supporters.

 

Un pronostic ?

Je ne me mouille pas trop : match nul !

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