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Interview

Alain Raguel : « Vahid est vraiment le coach qui m’a fait découvrir le haut niveau »

Emile Simon

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Peu connu du public, nous sommes allés à la rencontre d’Alain Raguel, un défenseur formé au LOSC et qui évolué 13 années dans le monde du football professionnel, entre la D2 française et la D1 grecque.

Un enfant de Lille 

Vous êtes nés à Lille au milieu des années 70, à quel âge intégrez-vous le LOSC ?

Tout part d’un match en “pupilles”, entre mon club de Mons-en-Barœul, et le LOSC. Malgré une défaite 8 à 1, je me souviens avoir marqué le seul but de notre équipe. A la fin du match, Jean-Michel Vandamme, qui était présent, demande à rencontrer mes parents et leur fait part de son intérêt. L’année suivante, j’intègre donc le centre de formation lillois, je dois avoir 12 ou 13 ans.

 

On se souvient surtout de vous en tant que latéral droit, c’est à ce poste que vous faites votre formation ?

A la base, je suis milieu défensif. Jusqu’en U15, c’est à ce poste que suis formé. Les éducateurs lillois me font même parfois jouer en soutien de l’attaquant, mais au fur à mesure que je gravis les échelons, je recule sur le terrain, pour effectivement terminer par défenseur en réserve, puis en pro.

 

Nous avons déjà interviewé Edwin Pindi, qui nous a longuement décrit les conditions d’entrainement d’avant Luchin, revenant sur le “système D” des années 90. Vous qui étiez présent quelques promotions avant lui, quels joueurs avez-vous côtoyé au centre ?

A l’époque, la star du centre c’est Djezon Boutoille. Il est né en 1975, il était donc de la promotion juste avant moi. De mon coté, mes coéquipiers étaient Gael Sanz, Christophe Landrin, Riad Hammadou, Franck Turpin ou Jérémy Denquin pour ne citer que ceux qui ont eu leur chance en pro.

Rang du haut, Alain est deuxième en partant de la droite – Photo des archives d’ALLEZ LILLE

 

Justement, c’est Jean Fernandez (coach lillois en 1994-1995), qui vous offre vos premiers bancs de touche en pro à 18 ans. Si le club est encore en D1, il ne vit pas ses plus belles heures, et sera relégué cette année-là. A titre personnel, quels souvenirs en avez-vous ?

Pour les jeunes joueurs que je viens de citer, c’est exceptionnel. On se dit qu’on a de la chance, d’être reconnus. Pour nous, l’équipe première c’est le graal, on ne rêve que de ça. Même si je n’entre pas en jeu en D1, faire partie intégrante du groupe professionnel, participer aux entrainements à 18 ans, ça donne de la confiance pour la suite. C’est vrai que le club vit des moments difficiles, mais ça reste un aboutissement de signer un contrat stagiaire, juste après l’officialisation de la descente.

 

Une fois tombé en D2, Jean-Michel Cavalli vous convoque à quelques reprises, mais vous devez attendre l’arrivée de Thierry Froger à l’été 1997, pour signer votre contrat pro et faire vos premières entrées en jeu.

Je n’en veux pas du tout à Monsieur Cavalli, il avait la pression du résultat, car Lille se devait de remonter rapidement au sein de l’élite. Il a choisi d’écarter plusieurs jeunes pour ne conserver que Turpin et Denquin. Voyant qu’on ne compte pas sur moi à court terme, je fais le choix d’anticiper mon service militaire et ainsi être libéré de cette obligation par la suite. Mais finalement Jean-Michel Cavalli est remercié en mars 1997 et ce sont deux fidèles du club qui assurent l’intérim (le binôme Hervé Gauthier et Charles Samoy terminera la saison 1997/98 sur le banc NDLR).

Hervé Gauthier qui avait une fonction au centre de formation, me connait bien, et me réintègre au groupe professionnel. Puis Thierry Froger prend la suite à l’intersaison. Le service militaire que j’effectue au 58e régiment de Douai devient une contrainte, car je ne peux pas m’entrainer dans la semaine, ni participer à la préparation estivale. Pour autant, le coach compte tout de même sur moi, et me donne du temps de jeu dès le mois d’aout.

 

« J’arrive en treillis militaire dans le vestiaire et j’entre 15 minutes en fin de match »

 

Le 2 aout 1997, vous remplacez Arnaud Duncker à Geoffroy Guichard, puis vous jouez votre premier match à Grimonprez, la semaine suivante contre Martigues.

Je me souviens surtout du match contre Martigues que l’on gagne 7-3. Et pour cause, j’arrive en treillis militaire dans le vestiaire, j’entre 15 minutes en fin de match, puis je ressors du vestiaire en uniforme, pour assurer ma garde à la frontière. Et ce rythme fou a continué toute la saison, puisque le service militaire durait 10 mois à l’époque. Je devais quitter mon domicile vers 5h00 du matin, et rentrer le soir vers 19h00. Les seuls entrainements que j’avais, c’étaient les footings à la caserne mais je dispute tout de même 14 matchs de D2 (la moitié comme titulaire) cette saison là.

 

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Le service militaire est une contrainte que ne connaisse pas les jeunes pros d’aujourd’hui.

Déjà à l’époque, les meilleurs espoirs passaient par le Bataillon de Joinville*, et avaient donc un service national aménagé. C’est certain qu’aujourd’hui les jeunes peuvent se concentrer à 100% sur leur carrière, sans avoir ces 10 ou 12 mois de pause. Pour autant, on apprenait aussi sur nous-même à l’armée, c’était très formateur.

*Le Bataillon de Joinville est une ancienne unité militaire de l’armée française accueillant des appelés sportifs. Avec la suspension du service national militaire obligatoire, l’unité disparaît en juin 2002. Au total, elle aura accueilli plus de 20 000 sportifs de haut niveau.

 

Vahid Halilhodžić remplace l’entraineur qui vous a lancé, et vous permet de jouer de nouveau une quinzaine de matchs en 1998-1999. Comment était-il à l’entrainement ?

Vahid c’est vraiment le coach qui m’a fait découvrir ce qu’on attendait d’un joueur de haut niveau. Quand il arrive, je suis jeune et naïf, le football c’était davantage une passion qu’un métier pour moi. Nous étions d’ailleurs plusieurs à penser que le talent suffisait. Lui a permis une prise de conscience collective sur les efforts à fournir. Il nous donnait un programme individuel, d’au moins deux heures par jour, à effectuer en supplément des entrainements.

Il m’a donné un peu de temps de jeu, mais j’avais l’impression de servir de “couteau suisse”, j’étais balloté à plusieurs postes, parfois arrière droit ou gauche, stoppeur, milieu défensif ou offensif.

 

Nous avions fait un article sur Nenem, éphémère brésilien du LOSC en 1998. A-t-il vraiment existé ? Savez-vous ce qu’est devenu roi du Beach Soccer et plusieurs fois champion du monde ?

Oui oui, il a bien existé (rires). Même si ça ne s’est pas forcément bien passé pour lui. Il avait été recruté lors d’un tournoi de beach soccer si je me souviens bien. On voyait bien qu’il était très technique, mais il ne parlait pas du tout la langue, et n’avait pas le physique pour se frotter à la D2 de l’époque. L’aventure aura tourné court pour lui en Europe.

 

Finalement, vous partez juste avant la fameuse saison 1999-2000, qui permettra au LOSC de retrouver l’élite, vous le regrettez ?

Vahid a été très honnête avec moi à l’intersaison. Il m’a dit que je ne lui avait pas montré assez de choses pour participer à la rotation, et que j’aurais très peu de temps de jeu si je restais. En parallèle, Bruno Metsu qui avait précédé Jean Fernandez à Lille, me sollicite pour le rejoindre à l’ASOA Valence, où j’ai plus de chance de jouer. Mais ç’a éte un mauvais choix pour moi, car j’avais encore un an de contrat à Lille. Même si je suis titulaire dans la Drôme, Metsu est limogé dès octobre, et le club descend en National… je me retrouve alors au chômage quelques mois. Ça n’a pas été facile à vivre.

 

Une belle carrière en Grèce 

Après votre période de chômage, vous signez en D1 grecque, au Panionios.

A la base ce devait être un test d’une quinzaine de jours, mais finalement je suis resté dix ans en Grèce. En France, même si le LOSC était tombé en D2, cela restait un club très ambitieux, je m’étais mis beaucoup de pression pour réussir avec mon club formateur. Une fois arrivé à Panionios, je me suis complétement lâché, les gens ne me connaissaient pas, je n’avais rien à perdre. Et j’ai enfin réussi à m’exprimer.

 

Hormis Christian Karembeu, qui croisa justement la route du LOSC avec l’Olympiakos (C1 2001-2002), très peu de français s’étaient aventurés en Grèce avant vous. Ça ne vous a pas fait peur ?

Quand j’arrive (en juillet 2000), l’équipe de France vient de réaliser le doublé Coupe du monde 1998, et Euro 2000. La formation à la française est très reconnue, et je surfe surement sur cette vague. C’est vrai que je suis l’un des premiers à avoir découvert ce championnat. Mais je n’avais pas forcément le choix. Il fallait que je trouve un point de chute. Là-bas, je trouve un niveau similaire à la D2, et des clubs ambitieux, ça me convient pour signer.

 

« J’étais au marquage de Ronaldinho »

 

En 2003, toujours à Panionios, vous jouez contre le FC Barcelone en coupe UEFA (32e de finale, en aller-retour). Les Valdes, Puyol ou Xavi sont déjà titulaires… l’attaque est composée de Kluivert, Saviola, Quaresma ou Ronaldhino. En tant que défenseur, vous avez du souffrir non ?

On prend 2-0 et 3-0… Mais ça reste l’apogée de ma carrière. J’étais au marquage de Ronaldinho, futur ballon d’Or. Nous avions déjà fait un beau parcours, et n’avions pas prétention de les battre, mais nous avions fait bonne figure et honneur au club.

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Vos bonnes prestations vous permettent d’intégrer un cador du championnat, le Panathinaïkos à l’été 2004. La sélection grecque vient de remporter l’Euro et le Pana est qualifié en Champions League, vous devez être bien entourés ?

Après quatre ans à Panionios, je signe dans un club historique, le deuxième le plus titré du pays. Malheureusement pour moi, je me blesse en préparation. A 28 ans, j’apprends que j’aurai du porter des semelles orthopédiques depuis mon plus jeune âge… ça s’aggrave en tendinite chronique. Et finalement je trainerai une douleur au genou, jusqu’à la fin de ma carrière.

 

Pour Footballski, vous expliquez qu’un supporter du Panionios s’est fait tatouer votre nom sur son bras, que vous avez eu la chance d’avoir deux Ballons d’Or au marquage (Ronaldinho et Rivaldo)… Cet exil n’est donc que du positif ?

Clairement ! Je suis tombé amoureux de pays et il me l’a bien rendu. Le peuple grec est très fervent, vis à vis du football, bien plus qu’en France. Le supporter que vous évoquez et par la suite devenu speaker pour le Panionios, les soirs de matchs. Quinze ans plus tard, nous sommes toujours en contact. Je ne pensais pas vivre ça, réussir à me “faire un nom” là-bas, faire partie des “meilleurs étrangers” de la Ligue, c’est une grande fierté. J’aurais juste aimé terminer autrement, que devoir m’arrêter en raison de blessures récurrentes.

Alain Raguel au Atromitos FC en 2006-2007

 

Effectivement, vous faites ensuite de cours passages à Atromitos, Iraklis et Volos, sans retrouver votre niveau de Panionios. La France vous manque aussi un peu ?

La France ne me manque pas plus que ça, mais je suis trop honnête pour continuer à percevoir un salaire, sans réussir à rendre service aux clubs qui sont venus me chercher. A Volos, je résilie donc à l’amiable, et je décide de rentrer en France pour entamer ma reconversion.

 

Le gardien international grec, Oréstis Karnézis vient de rejoindre le LOSC. Vous vous êtes furtivement croisés sur les terrains de D1 grecque à ses débuts (Karnézis débutait à l’OFI Crète, puis au Pana quand Alain approchait de la retraite). Avez-vous un souvenir de lui ?

Pour être franc je n’ai pas souvenir de ses débuts en Grèce, mais j’ai vu qu’il avait signé à Lille pour épauler Mike Maignan et Lucas Chevalier. Par contre, comme je parle grec, je serai ravi de le rencontrer à la sortie d’un match, ou s’il passe par la loge des anciens Dogues à Pierre-Mauroy !

 

Le collectif des anciens Dogues et l’après carrière

Le LOSC vient de mettre en lumière Patrick Robert, pour son 50e anniversaire au club et organise des matchs avec des anciens Dogues. Vous connaissez bien… 

C’est une très belle initiative. Je suis régulièrement appelé par Michel Castelain pour disputer les matchs de gala depuis 2015, mais ça doit bien faire une dizaine d’années que cette tradition a été remise au gout du jour. Patrick Robert a aussi mis en place une loge VIP, réservée aux anciens Dogues dans le Stade Pierre-Mauroy. C’est très sympa de s’y retrouver avec des joueurs de toutes les générations. On fait partie de la famille, c’est convivial.

 

« Le LOSC est une grosse écurie de Ligue 1 »

 

Que penses-tu du LOSC aujourd’hui ?

Le constat est le même dans la plupart des grands clubs français. Forcément il y a du bon et du moins bon. Le côté “football business” prend l’ascendant sur le côté familial. Mais aujourd’hui le LOSC est une grosse écurie de Ligue 1, il faut être honnête, ce n’était pas le cas de mon temps. Pour l’instant, les résultats et le standing obtenus, donnent raison à la direction prise.

 

Et aujourd’hui, quels sont tes projets et ambitions à 43 ans ?

Après ma carrière j’ai entrainé aux Villeneuve d’Ascq Métropole (R2 et jeunes durant 10 ans), puis les U17 Nationaux à Niort l’an dernier. J’ai décidé de profiter de cette expérience de joueur, puis d’éducateur, pour créer une société de conseil en développement personnel.

La structure est déjà en place, elle s’appellera ARSports Consulting. Je suis en train de terminer un cursus de formation, qui me permettra d’accompagner des athlètes de haut niveau dans la gestion de leur carrière, de leurs émotions… mais aussi dans la phase de reconversion. J’estime qu’il y a un gros manque sur ce sujet. Quand je suis revenu à 32 ans en France, sans diplôme ; j’ai dû passer un bac littéraire, un diplôme en management sportif et le BEF… pour rattraper le temps perdu. Le parcours était ardu, et j’étais un peu seul pour trouver les bons contacts. J’espère pouvoir aider sur cette partie-là aussi !

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