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Interview

Souleymane Youla : « On savait que battre le Milan AC à San Siro ferait le buzz partout »

Emile Simon

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Afin d’élargir son contenu pour cette nouvelle saison, Le Petit Lillois vous propose chaque mois, de découvrir le parcours atypique d’un joueur passé par le club. Pour le premier épisode de cette saga, Souleymane Youla est à l’honneur.

Cette nouvelle rubrique d’interviews, intitulée : Dogue Oublié, permettra de retrouver la trace de joueurs n’ayant fait qu’un passage éphémère en équipe première. Qu’ils soient formés au club ou non, nous découvrirons la suite de leur carrière et tenterons d’en savoir plus sur les coulisses d’une carrière (ambitions, rêves, contrats, agents, choix à faire, sacrifices familiaux, joies, fiertés…)

Pour le premier épisode de cette saga, Le Petit Lillois vous propose une interview de Souleymane Youla. International guinéen, 41 matchs, 2 buts et 4 passes décisives pour le LOSC entre 2006 et 2008.

Son passage à Lille

Alors que vous jouez pour Metz, vous réalisez une performance individuelle de bon niveau à Lille en janvier 2006. Est-ce ce match qui a déclenché l’intérêt du LOSC ?

C’est bien possible, puisque quelques semaines plus tard, alors que j’évolue toujours à Metz, le LOSC organise la signature d’un pré-contrat en catimini. Je me souviens avoir signé le plus secrètement possible dans un parking, alors que nous étions en mise au vert du coté de Toulouse. Lille avait envoyé Jean-Christophe Thouvenel (ancien joueur, reconverti agent NDLR) qui me fait signer dans la voiture.

 

Une fois la saison terminée, vous signez officiellement au LOSC contre 1,6M€ pour remplacer Matt Moussilou en partance. A l’époque c’est une somme conséquente pour le club, qui n’avait payé pareille indemnité qu’à deux reprises (3M€ pour Kader Keita en 2005 et 2,5M€ pour Vladimir Manchev en 2002). Vous aviez donc la pression ?

Comme vous le dites, cette somme est une indemnité entre clubs. C’est Beşiktaş qui l’a touché. De mon côté, je me suis surtout concentré sur le stage de pré-saison, car l’équipe devait passer par un barrage contre Rabotnicki Skopje, NDLR) pour espérer accéder à la Champions League. Et la difficulté de la préparation m’a empêché de penser à autre chose…

 

En parlant de ces préparations estivales, à Lille, vous n’avez connu qu’un seul entraîneur : Claude Puel. Parlez-nous de son mode de fonctionnement et de sa relation avec le groupe ?

Avec Claude Puel j’ai connu les préparations estivales les plus difficiles de ma carrière. En match pareil, il demandait à tout le monde de défendre et de mener un pressing intensif. Je n’ai jamais autant couru. Et lui montrait l’exemple, puisqu’il était toujours à fond lors des entraînements et participait aux séances, en étant souvent en tête des footings.

Concernant sa communication, j’ai eu un peu de mal à m’y faire. Déjà il ne parlait pas beaucoup aux joueurs, et le turnover important qu’il effectuait ne me mettait pas en confiance. En effet, même en marquant un week-end, tu n’étais pas certain de jouer le week-end suivant. Quand je restais sur le banc, je me posais milles questions… et je n’étais pas le seul à me plaindre du manque d’explications. Mais lui s’appuyait sur un groupe élargis de joueurs, personne n’avait sa place assurée, tout le monde pouvait jouer, il n’y avait pas de distinction entre le cadre et le jeune du centre de formation.

Souleymane YOULA – 06.10.2007 – Lille vs Valenciennes – By IconSport

 

La première saison, vous disputez 25 matchs malgré une forte concurrence en attaque, où Peter Odemwingie, Kader Keita, et Michel Bastos vous sont souvent préférés. En revanche, la deuxième saison vous deviez avoir plus de temps de jeu face à un Patrick Kluivert en fin de carrière et aux jeunes joueurs qu’étaient Fauvergue ou Mirallas ? Quel bilan en tirez-vous ?

Je pense que j’ai un peu lâché mentalement au bout d’un moment. Quand j’ai aligné deux buts en quelques jours en décembre 2006 (face à Nancy, puis Auxerre), je pensais jouer plus, mais le turnover ne me correspondait pas. En Turquie j’étais tout le temps titulaire (60 buts en 4 saisons à Gençlerbirliği avant son arrivée en France, NDLR), même quand je ne marquais pas pendant un ou deux matchs, je conservais la confiance du coach, et je retrouvais ensuite rapidement le chemin des filets.

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Les résultats mitigés lors de la phase aller de votre deuxième saison, en 2007-2008, oblige le club à recruter Pierre-Alain Frau au mercato d’hiver. Vous avez compris que votre chance à Lille était passée ?

Non pas forcément, c’est le lot des grands clubs d’avoir une concurrence en attaque, l’arrivée de Frau était aussi là parce que je partais plusieurs semaines à la CAN en hiver 2008, et que le club devait assurer son maintien. Mais je n’avais pas encore en tête de partir.

 

Vous étiez aux premières loges pour les débuts d’Eden Hazard dans le monde professionnel, puisque vous êtres tous les deux sur le banc à Nancy pour la première du jeune belge en novembre 2007. Quel souvenir gardez-vous de son baptême du feu, alors qu’il n’avait pas encore 17 ans ?

Je me souviens surtout d’un gamin très bien élevé. Eden était talentueux et le savait, mais il respectait tout le monde. On a vite compris qu’il préférait toucher le ballon… plutôt que courir, lors des entraînements.

 

« Les supporters lillois nous offraient une ambiance magnifique à Bollaert »

 

D’ailleurs, deux autres joueurs importants du doublé 2011, Ludovic Obraniak, puis Franck Béria ont suivi le même chemin que vous. En passant de Metz à Lille, quelques mois après votre arrivée. Avez-vous joué un rôle dans leur signature ?

Je ne sais pas si j’ai eu un rôle majeur dans leur arrivée. Mais pour Ludovic, qui est un ami, j’ai effectivement été sollicité par les deux parties. Ludo m’a demandé mon avis sur le club, et Claude Puel m’a également sondé sur mon ex-coéquipier. J’ai répondu aux deux que le transfert serait une réussite. Je suis d’ailleurs encore en contact avec Ludovic Obraniak, c’est lui qui m’a fait découvrir la ville de Metz à mon arrivée du Beşiktaş, on s’est lié d’amitié.

 

Avec 6 matchs disputés, vous faites partie intégrante de l’épopée du LOSC, en Champions League 2007. Vous faites d’ailleurs une passe décisive pour Jean II Makoun contre l’AEK, et entrez en jeu à San Siro pour la victoire face au Milan…

J’avais découvert la Champions League avec Anderlecht dès 2001, c’est le rêve de tout footballeur de disputer cette compétition. C’est le sommet ! Tout y est différent. Et ça l’était encore plus à Lille, car nous devions jouer à Bollaert les rencontres de C1. Les supporters lillois qui faisaient le déplacement à Lens, nous offraient une ambiance magnifique.

Contre Milan nous n’avions pas de pression. De toute façon Lille était le “petit poucet”, ça aurait été normal de perdre. Ça nous a surement aidé à jouer plus libérés. En général c’est Gregory Tafforeau qui nous motivait dans les vestiaires, mais là on n’avait pas besoin de long discours. On savait que battre le Milan AC à San Siro ferait le buzz partout. On voulait faire parler du LOSC !

Yoann GOURCUFF et Souleymane YOULA – 06.12.2006 – Milan AC vs Lille – By IconSport

 

Dans les archives, on a retrouvé une chanson sur l’album officiel du LOSC de l’époque intitulée « secouer les filets », où vous donnez la réplique aux joueurs revenant de la CAN (Makoun, Sylva, Keita, …). Vous vous en rappelez ?

(rires) Oh oui oui, je m’en souviens parfaitement. De toute façon, on était une bande de potes dans les vestiaires. Popito (surnom de Kader Keita NDLR) dansait tout le temps et ça n’était pas le seul. On avait même réussi à faire apprécier la musique africaine à une partie du groupe. Ludovic Obraniak nous accompagnait souvent dans les restaurants africains de la métropole. De bons souvenirs…

 

Votre dernier match pour Lille a lieu en mars 2008. Vous y faites une passe décisive sur l’un des rares buts de Rio Mavuba (1-0 à Strasbourg) puis ensuite vous n’êtes plus sur les feuilles des matchs. Que s’est-il passé ?

J’ai eu une déchirure à la cuisse et le temps de me remettre, le championnat était terminé. Fin juin j’apprends que Claude Puel part vers Lyon, donc j’ai attendu de voir qui allait le remplacer car j’avais encore deux années de contrat à honorer.

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C’est alors que Rudi Garcia arrive, avec sa liste de nouveaux attaquants (Robert Vittek ou Tulio De Melo notamment). Cela déclenche votre départ ?

Rudi Garcia m’a pris avec le groupe pour le stage de pré-saison. Mais j’avais peur de ne pas avoir plus de temps de jeu, et de perdre de ma valeur. Comme, j’avais une proposition concrète pour un retour en Turquie, j’ai fait le forcing pour que Lille accepte le prêt vers Eskisehirspor. Le LOSC hésitait un peu à me laisser partir, donc j’ai mis la pression en ne me présentant pas pendant deux jours à l’entrainement, et ils m’ont laissé partir. Le prêt s’est bien passé et j’ai finalement été transféré définitivement l’été suivant (contre 750k€, NDLR)

 

La sélection guinéenne

Vous faites partie d’une génération talentueuse en Guinée, celle des Pascal Feindouno ou Fodé Mansaré, habitués des beaux parcours à la CAN (quarts de finale en 2004, 2006 et 2008). Quel sentiment vous habitez au moment de représenter votre pays ?

Représenter son pays reste un aboutissement. Pour moi qui ait débuté dans les rues de mon quartier puis au Satellite FC de Conakry, porter le maillot de la sélection a toujours été un honneur. J’ai connu toutes les catégories de jeunes et je connaissais la plupart de mes coéquipiers de longue date. Nombre d’entre nous, évoluions en Europe, et nous avions pour objectif d’accrocher une qualification pour la Coupe du Monde 2006, mais malheureusement, nous n’y sommes pas parvenus (la Guinée échoua à 4 petits points de la Tunisie dans le groupe 5 des éliminatoires, NDLR).

 

Sa retraite sportive

Vous avez raccroché les crampons en 2019 (il évoluait à Winkel Sport avec un ancien espoir lillois). Parlez-nous de votre reconversion.

Comme évoqué, je suis reconnaissant envers mon pays, et j’essaie d’aider à mon tour les jeunes africains. Je suis devenu agent de joueurs, et j’essaie de faire le lien entre les guinéens prometteurs, mes contacts en Turquie et en Belgique.

On m’envoie beaucoup de vidéos, puis je mets les gens en relation. Je donne beaucoup de conseils aux jeunes. Ici le poids familial est énorme pour un apprenti footballeur, je suis passé par là, je connais cette attente. Quand j’ai percé au plus haut niveau j’envoyais régulièrement un budget à ma famille restée au pays, pour qu’elle puisse vivre correctement.

Signer un contrat professionnel en Europe est difficile, mais durer plusieurs années c’est ça le plus important. Si j’ai réussi à durer presque 18 ans dans le monde pro, c’est aussi parce que je savais écouter mon corps. J’expliquais qu’à Lille, on savait faire la fête, mais on savait quand le faire, et en l’occurrence jamais la veille de matchs ou des jours d’entrainements. C’est ce que j’essaie de faire comprendre à la nouvelle génération. L’hygiène de vie est importante, sinon la blessure arrive vite, puis le banc de touche, puis ta valeur baisse… et tu peux te retrouver sans club.

 

« Je garde un agréable souvenir de Lille »

 

Vous êtes un grand voyageur, et avez connu une douzaine de clubs sur quasiment tous les continents (en Guinée, en Belgique, sur la rive asiatique de la Turquie, en France, en Hongrie et aux USA…). Finalement où passez-vous votre retraite ?

C’est vrai que j’ai pas mal voyagé. J’ai même été faire un petit tour du côté des États-Unis, mais j’étais seul là-bas, et j’ai écourté l’aventure pour retrouver ma famille. Le football est un fabuleux métier, qui permet de découvrir de nombreuses cultures. J’ai également rencontré mon épouse (Miss Hongrie 2015 NDLR) lors de mon passage au Budapest Honvéd. Depuis la fin de ma carrière, nous nous sommes installés là-bas, et nous vivons désormais entre la Hongrie et la Belgique.

 

Un dernier mot pour les supporters ?

Je passe évidemment un coucou à tous les supporters qui m’ont connu au LOSC. Je garde un agréable souvenir de Lille, que ce soit la première année avec nos exploits en Europe, où l’année suivante plus difficile, ils étaient toujours à nos côtés. A partir du moment où nous étions combatifs, les fans étaient indulgents avec nous ! Et avec Puel, combatifs, il fallait l’être !

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