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Interview

Le parcours atypique de Jérémy Obin, ancien défenseur de la réserve du LOSC

Emile Simon

Publié

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Crédit photo : Twitter de Jérémy Obin

Jérémy Obin est un défenseur formé à Lille entre 2004 et 2011. S’il vient de rejoindre un club portant le nom de REAL (Royale Entente Acren Lessines), son chemin s’est depuis quelques années éloigné du football professionnel. 

Lors de son passage chez les Dogues, Jérémy fut pourtant appelé à une trentaine de reprises en Équipe de France (catégories U16 à U18). Né en 1993, il y a côtoyé une génération de grands talents, devenue Championne du Monde U20 en 2013, et qui compte quelques Champions du Monde 2018 (Pogba, Varane, Umtiti ou Aréola). Le Petit Lillois dresse son portrait…

 

Son passage au LOSC

Jérémy, vous avez passé toute votre adolescence au LOSC (de 11 à 18 ans), comment le club vous a-t-il approché ?

L’Iris Club de Lambersart où j’évoluais en catégories “poussin” et “benjamin”, était partenaire du LOSC. J’ai participé à deux tests sur les annexes du Stadium, avec une quarantaine d’autres jeunes. Lors de la deuxième détection, Lille me propose d’intégrer le centre de formation, via une formule sport-étude avec le collège Lavoisier. J’entrais en sixième, donc c’était le timing parfait.

 

Trois ans plus tard, vous faites partie des joueurs ayant connu le déménagement vers Luchin. Qu’est-ce que cela changeait pour un gamin de 14 ans ?

Au domaine de Luchin, tout était réuni pour progresser, j’étais particulièrement impressionné par la piste finlandaise, les terrains de five ou la salle de musculation…

Pour nous collégiens ou lycéens, ça changeait également la donne au niveau de la scolarité ; puisque ce sont désormais les professeurs qui se déplaçaient pour nous faire cours. Nous étions ensemble toute la journée entre coéquipiers. Si certains dormaient sur place, j’avais la chance de pouvoir rentrer chaque soir au sein du domicile parental (à Lomme).

 

Vous progressez jusqu’en équipe réserve où vous êtes en concurrence avec Adama Soumaoro en défense. Que pensez-vous de sa carrière, lui qui a atteint les 100 matchs de L1 avec Lille, et qui en était capitaine l’an dernier ?

Le talent d’Adama ne faisait aucun doute, sa réussite avec l’équipe première est la suite logique de ses années en équipe réserve, où il sautait plus haut, était plus puissant que les autres… Il est certain que sa concurrence, ainsi que celle de Mathieu Sauvage (né en 1987 NDLR), ne m’ont pas aidé à obtenir beaucoup de temps de jeu. Ça fait partie des règles. Il faut accepter cette concurrence, et travailler pour la surpasser. A ce titre, je trouve que Soumaoro lui-même a été très patient avant d’obtenir ses premières minutes en L1 et y percer (il signe pro en 2011, fait quelques bancs, mais ne joue régulièrement qu’à partir de 2015 NDLR)

 

Vous avez été surclassé en jouant parfois avec la génération 1990 (voire encore plus âgée), alors que vous êtes né en 1993… finalement être repéré très tôt, ça n’aide pas forcément pour percer ?

Je ne pense pas qu’être surclassé m’ait empêché de progresser. En effet, lorsque j’évoluais en réserve, si je n’avais pas eu suffisamment de temps de jeu le samedi, j’étais également convoqué en U19 le dimanche ou en Gambardella. C’est plutôt la marche qui est énorme entre les U19 et une équipe senior. Jouer contre des joueurs de son âge, qui n’ont pas terminé leur développement physique et musculaire, ou contre des équipes d’adultes ça change tout dans les duels, mais ça permet aussi de progresser plus vite.

 

Quelques-uns de vos coéquipiers en réserve font une carrière honorable (Lucas Digne, Gianni Bruno, Arnaud Souquet…). Quels sont les facteurs pour réussir ?

Je citerai quatre facteurs de réussite : TALENT, TRAVAIL, MENTAL et CHANCE. Celui qu’on maitrise le moins, c’est la chance… celle d’être dans le bon club, au bon moment vis-à-vis de la concurrence, et avec le bon coach. Un joueur peut réussir dans un centre et obtenir un contrat pro, alors que le club voisin ne l’aurait pas conservé et vice versa.

 

Avez-vous encore des relations avec d’ex-joueurs du LOSC ? 

J’ai recroisé totalement par hasard Souleymane Youla en D4 belge à l’été 2018. Même si je n’ai pas évolué avec lui à Lille, il faisait partie de l’équipe première du LOSC quand j’y étais en U15 et U16. J’étais étonné de le voir arriver en Belgique, à 37 ans, car je croyais qu’il avait raccroché les crampons. On a fait une belle saison, en permettant à Winkel d’être champion et de monter en D3. Je suis encore en contact avec Souleymane.

 

Les sélections en équipe de France

Vous avez disputé en mai 2010, l’Euro U17 à Vaduz au Lichtenstein. La France est allé jusqu’en demie finale. Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?

Ce tournoi, est le meilleur souvenir de ma carrière. Malgré mes 17 ans, c’est finalement le plus haut niveau que j’ai atteint. J’ai eu la chance de jouer aux cotés, ou face à des joueurs qui évoluent aujourd’hui en Champions League, ou qui ont soulevé la Coupe du Monde !

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Vous êtes titulaire et capitaine, lors des 4 matchs des bleuets dans la compétition. Quand on joue ce genre de tournoi, ne se sent-on pas « arrivé » ? Que le plus dur est fait et qu’on signera forcément pro un jour ou l’autre ?

J’ai toujours su garder les pieds sur terre, et je savais que tant qu’aucun contrat n’était signé, rien n’était fait. D’ailleurs, même un contrat pro ne fait pas de vous un véritable joueur professionnel, il faut ensuite jouer puis enchaîner les rencontres avec l’équipe première.

Néanmoins, j’avoue qu’au regard du parcours des bleus et de mes prestations, je m’attendais à une proposition de contrat stagiaire de la part du LOSC… ou à recevoir quelques offres d’autres clubs, mais il n’y a rien eu de spécial derrière ce tournoi.

 

Quelques mois plus tard (le 24 aout 2010), vous êtes appelé en U18 par Pierre Mankowski. Sur la feuille de match de ce Danemark-France, vous êtes de nouveau capitaine au sein d’une défense composée de Raphael Varane et Samuel Umtiti ! Quel sentiment vous habite, quand cette même charnière est sacrée championne du monde, 8 ans plus tard ?

Lors du mondial russe, j’étais leur premier supporter, comme tous les français j’ai fêté la victoire des bleus, avec en plus, la fierté d’avoir été leur coéquipier étant jeune. C’est certain, que j’aurai préféré être à leur place, mais chaque trajectoire est différente.
Ces joueurs-là avaient une marge de progression encore énorme en U18, alors que moi, qui pensais pourtant que ce n’était que le début, j’étais sûrement arrivé à mon apogée. Personnellement je ne me remémore pas quotidiennement ces sélections avec les Pogba, Varane… ce sont surtout la famille, les amis, ou mes nouveaux coéquipiers qui me le rappellent de temps à autre, ou lorsqu’ils tombent dessus sur internet.

 

On retrouve aussi une photo de vous avec Lilian Thuram sur votre Twitter. Une anecdote à ce sujet ?

Lilian Thuram était le parrain de notre génération U16 / 1993. Je l’ai donc rencontré en collectif à Clairefontaine, puis nous nous sommes recroisés ensuite en Belgique ou une connaissance commune nous avait organisé un entretien. De bons souvenirs.

 

L’échec en centre de formation

Est-ce que le LOSC prépare bien au taux d’échec qui entoure les jeunes en centre de formation ?

Oui, Lille met tout en place pour alerter les jeunes et les préparer face à la possibilité d’échouer. Dès mon arrivée au centre, des conférences étaient organisées, en présence des parents, afin de nous sensibiliser sur le taux très réduits d’élus, qui pourraient vivre de leur passion, en faisant le métier de footballeur. Les éducateurs mettent tout le temps l’accent sur l’importance d’avoir un plan B, et nous poussent à obtenir le meilleur diplôme possible. Personnellement, j’ai obtenu un BAC S.

En dehors du club, il y a aussi l’UNFP qui propose d’adhérer au syndicat des joueurs, afin de bénéficier d’assurances (en cas de blessure, ou juridique). Dès le plus jeune âge, cette organisation propose également des thématiques sur le fait de bien s’entourer et nous met en garde contre certains profils d’agents.

 

A votre départ du LOSC, vous signez à Valenciennes, alors en Ligue 1 ? Pourquoi ce choix ?

Le LOSC qui venait d’être champion relevait clairement son niveau d’exigence en réserve. Jean-Michel Vandamme qui a toujours été correct avec moi, m’a laissé le choix, en me proposant de continuer un an de plus en CFA, mais avec un contrat fédéral. J’ai alors préféré rejoindre la réserve de Valenciennes.

Au départ ça se passe très bien, le coach de l’équipe première, Daniel Sanchez me convoque pour la préparation estivale, et je profite de l’absence des internationaux pour apparaître en Coupe de la Ligue et même entrer en jeu avec les pros (contre Dijon en aout 2011). Je pensais avoir trouvé le bon club.

Mais dès le mois d’octobre je suis black-listé par le directeur du centre. Après une prestation moyenne en championnat, sans autre explication particulière il m’indique ne plus compter sur moi, et me demande de chercher un club. A 18 ans, et pour ma première expérience en dehors du foyer familial, la pilule est difficile à avaler. D’autant que le coach de la réserve semble apprécier mon comportement à l’entrainement, allant jusqu’à s’excuser de ne pouvoir me faire jouer. Encore aujourd’hui j’ignore les raisons de cette mise à l’écart.

 

A 21 ans en 2013, non conservé par Valenciennes, vous signez au White Star (D2 Belge), deuxième club bruxellois derrière Anderlecht et alignait enfin les rencontres avec une équipe première. Aviez-vous d’autres pistes ?

Oui en 2012, j’ai fait des tests à Leganés (en Espagne) et au Cremonese (en Italie), clubs dont les projets m’intéressaient, et qui m’ont fait des propositions. Malheureusement, les salaires proposés n’étaient pas suffisants pour me projeter. D’autant qu’il fallait me loger à l’étranger tout en faisant des voyages réguliers pour voir ma famille, et ma compagne qui seraient restées ici. L’offre du White Star, qui me proposait un contrat pro est arrivé à pic.

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Certains joueurs réussissent à percer sur le tard, malgré un échec en centre. C’est le cas de votre coéquipier à Lille, Arnaud Souquet, aujourd’hui titulaire en L1 après être redescendu jusqu’en CFA à Drancy en 2014. De votre côté, jusqu’à quel âge avez-vous cru pouvoir percer et jouer parmi l’élite ?

Que je fasse carrière ou non en pro, mon plan a toujours été d’avoir un métier en dehors du foot à l’issue de ma période de joueur. Voyant que je n’évoluais pas au plus haut niveau, je me suis alors fixé un âge limite. Je me suis dit, tente ta chance à fond, mais si tu n’es pas en D1 à 25 ans, tu devras arrêter et te concentrer sur tes études. Je ne me voyais pas repartir à l’école à 35 ans !

 

Vous faites un passage à l’UNFP FC à l’été 2016. Cette équipe de joueurs sans contrat qui disputent à chaque intersaison quelques amicaux face à des clubs de Ligue 1/Ligue 2. Comment postule-t-on pour intégrer cette équipe ?

Je ne m’attendais pas à ce niveau de service. L’UNFP FC est la copie conforme d’un club pro, avec le staff et les infrastructures adéquates pour réaliser une préparation estivale, et maintenir en forme les joueurs libres.

Il suffit d’adhérer à l’UNFP et de postuler pour participer au stage. Ensuite, ce sont eux qui font la sélection, avec un système de file d’attente s’il y a trop de candidats.

En 2016, je me souviens avoir joué contre Valenciennes, Caen ou Auxerre. A la suite de ce stage, je rejoins le RFC Seraing, qui venait de descendre de D2 belge et qui me proposait de rester sous contrat pro.

 

Vous qui connaissais bien la Belgique, que pensez-vous du rachat de Mouscron par Gérard Lopez prochainement acté ?

C’est drôle que vous me parlez de Mouscron, puisque lors de mon départ du LOSC, un premier partenariat était prévu entre ces deux clubs frontaliers (ce partenariat dura de novembre 2011 à mars 2015, NDLR). Lors de la fin de mon contrat aspirant, on m’a proposé une année de plus au LOSC, avec opportunité de basculer en 2012 du coté de Mouscron. J’avais déjà des contacts avec Valenciennes donc j’ai privilégié cette piste.

Concernant le rachat actuel, c’est à mon sens un super coup pour les deux clubs. Les meilleurs jeunes de la réserve pourront évoluer dans un championnat intermédiaire. La Jupiler Pro League est certes moins huppée que la L1, mais certains clubs y auraient tout à fait leur place (Anderlecht, Genk, le Standard…) et les stades sont bien remplis.

 

La vie sans contrat pro

Depuis 2017, vous continuez à jouer en amateur, mais on imagine que ça ne suffit pas pour vivre. Comment faites-vous financièrement (à désormais 27 ans), sans le salaire adéquat provenant de votre passion ?

Jusqu’à Seraing j’avais un contrat professionnel, nous avions parfois la chance d’évoluer devant 5000 personnes. Ce n’est qu’à Winkel Sport à partir de 2017 que j’ai basculé sur un contrat semi-pro, et des entrainements moins fréquents… afin de pouvoir me concentrer sur mon école de kiné.

Même en D4, le salaire reste correct. Évidemment cela ne permet pas de préparer l’avenir, mais beaucoup d’étudiants aimeraient avoir ça, en parallèle de leurs études, donc je ne me plains pas. Il me reste une dernière année à faire pour être diplômé.

J’aspire toujours à jouer le plus haut niveau possible. Vu mon jeune âge, j’espère pouvoir jongler entre le foot et mon futur métier pendant encore quelques années. Je pense qu’avec mon expérience, même modeste, je peux encore apporter quelque chose aux clubs qui m’accueillent…

 

Et un retour du côté de l’Iris, voire même de Lille B, s’il reste quelques temps en N3 ?

Comme vous le dites en introduction, je viens de signer à la REAL, je suis très enthousiaste et j’espère pouvoir répondre à leurs attentes sur le terrain. Ensuite, il ne faut jamais dire jamais. Pourquoi pas revenir dans quelques années, dans un club de la métropole lilloise avec des collègues de promo, qui comme moi ont fait le tour de plusieurs clubs belges. Mais ce sera davantage un projet entre potes.

Pour le LOSC, je doute pouvoir y revenir en tant que joueur, mais pourquoi pas boucler la boucle en y devenant kiné (rires) !

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