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Interview

Gianni Bruno : « Faire ma formation au LOSC, c’était le bon choix »

Emile Simon

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Crédit photo : IconSport

Arrivé au LOSC à 15 ans en 2007, Gianni Bruno a disputé une trentaine de rencontres avec l’équipe première du LOSC entre 2011 et 2013. Pour le Petit Lillois, l’attaquant belge est revenu sur son passage à Lille et la suite de sa carrière.

 

SON PARCOURS DEPUIS 2013

Votre dernier match sous le maillot du LOSC remonte au 4 mai 2013 (défaite à Toulouse), soit plus de sept ans. Depuis votre départ, vous en êtes à votre sixième club. Après être notamment passé par le championnat russe, vous semblez retrouver la stabilité du coté de votre Belgique natale. Racontez nous en quelques mots ce parcours depuis vos 22 ans…

Après avoir enchaîné quelques saisons en Ligue 1, ça s’est mal passé à Evian qui a d’ailleurs chuté en Ligue 2. J’ai eu l’opportunité de faire une remise à zéro en Russie, à Samara (club alors entraîné par Frank Vercauteren, ex sélectionneur belge NDLR). Devoir faire mes preuves face à des gens qui ne me connaissaient pas m’a fait du bien. J’y ai gagné en maturité avant de revenir en Belgique en 2017. Ici, la présence de ma famille m’a permis de devenir plus régulier. Je reste sur trois belles saisons avec le Cercle de Bruges, puis Zulte.

 

SA FORMATION ET LE LOSC

Entre vos 9ème et 15ème anniversaires, vous faisiez partie du centre de formation du Standard de Liège. Y avez-vous croisé Kévin Mirallas avant qu’il rejoigne Lille ?

Kévin était plus âgé et faisait partie d’une génération dorée, avec Axel Witsel ou Marouane Fellaini, mais nos catégories d’âges faisaient souvent les déplacements ensemble. Je les côtoyais tous dans le bus. Kévin n’habitait pas loin du domicile familial d’ailleurs, et nos parents se connaissaient. Ça nous a rapprochés. Lui et Eden m’ont énormément aidé lors de mon arrivée à Lille.

 

Vous avez joué 31 matchs avec l’équipe première du LOSC, pourtant ce n’était pas gagné au vu des circonstances de votre première signature de contrat professionnel…

En effet, à l’issue de mon contrat stagiaire, juste après le doublé du LOSC, Jean-Michel Vandamme et Rachid Chihab me convoquent et m’expliquent que je ne signerai pas pro. La politique du club s’oriente alors vers des joueurs d’expérience. Je prends un véritable coup derrière la tête et je réponds favorablement à l’appel du Havre, qui me propose un essai. Le HAC s’apprêtait à me faire une proposition de contrat quand Rudi Garcia m’appelle sur la route du retour. Lui, et surtout Claude Fichaux qui m’avait vu jouer avec la réserve, ont convaincu Jean-Michel Vandamme de faire machine arrière. Même s’il ne me promet aucun temps de jeu, Garcia insiste pour que je reste, et me permet d’intégrer le groupe pro avec Lucas Digne, lors de la préparation estivale. Je signe alors un an (il signera une prolongation de contrat de 3 ans en juin 2012 NDLR).

 

« La victoire au Bate Borisov ? Clairement le meilleur souvenir de ma carrière »

 

Vous souvenez vous de votre premier match en pro ?

J’ai d’abord dû m’adapter au groupe professionnel, et cravacher pour intégrer les 18, puis faire quelques bancs. J’ai galéré six bons mois avant de faire mes premières entrées en jeu, je me souviens être rentré au Vélodrome quelques minutes en janvier 2012 (il s’agit en réalité de sa deuxième entrée en jeu en pro, après un quart de coupe de la Ligue à Lyon, quatre jours plus tôt). Ensuite je marque assez vite mon premier but, à Compiègne (16e de finale coupe de France, le 21 janvier 2012, NDLR). Ces moments restent des supers souvenirs, inoubliables.

 

Lucas Digne a été lancé dans le grand bain en même temps que vous (16 matchs pour sa première saison, également en 2011/12). Quels liens avez-vous entretenu ? Avec quel autre joueur du centre vous entendiez-vous le mieux ?

Lucas est de deux ans plus jeune que moi donc nous n’étions pas dans les mêmes catégories d’âge à Luchin, mais comme Garcia nous a intégré au groupe pro en même temps, nous avons effectivement créé des liens entre jeunes bizuts. On travaillait beaucoup à l’entraînement pour gravir les échelons. Au centre, en dehors des Belges que je connaissais, je m’entendais particulièrement bien avec Simon Dia et avec Matteo Fedele (milieu suisse, actuellement sous contrat à Valenciennes NDLR). Matteo, je l’ai pris sous mon aile à son arrivée, je l’ai aidé à s’intégrer, je suis content de la carrière qu’il réalise.

 

En dehors des tours préliminaires, à peine une vingtaine de joueurs du LOSC ont marqué en Champions League. Vous en faites partie avec votre but à Borisov en novembre 2012. Dîtes-nous en un peu plus sur ce match.

Ce match ! C’est clairement le meilleur souvenir de ma carrière. Je m’en souviens parfaitement. Deux ou trois heures avant la rencontre, Rudi Garcia rentre dans la chambre que je partage avec Dorian Klonaridis, et il m’annonce que je serais titulaire dans cette rencontre de Champions League. À 20 ans, l’hymne, les frissons, mon but… tout ça reste bien gravé dans ma mémoire. J’ai même été élu homme du match par l’UEFA.

 

Saviez-vous que cette victoire à Borisov est la dernière victoire du LOSC en coupe d’Europe (hors tours préliminaires)? Les Dogues restent notamment sur 17 matchs sans victoire sur la scène continentale. Comment expliquer ces difficultés ?

J’ignorais que la disette était si longue. C’est clair que ça n’est pas évident de comparer le championnat et la coupe d’Europe, surtout la Champions League. On l’a vu cette saison, malgré les bons matchs du LOSC, les erreurs se paient cash à ce niveau. Après mon match face au BATE Borisov, Rudi Garcia m’avait aussi titularisé face à Valence, je me souviens n’y avoir touché aucun ballon, l’intensité était énorme. Les défenseurs sont plus expérimentés qu’en Ligue 1, et ils ont l’habitude de jouer cette compétition.

Joie de Gianni BRUNO – 20.11.2012 – Bate Borisov / Lille – By Icon Sport

 

ZOOM SUR LA BELGIQUE

Vous avez affirmé en interview (pour LEEROSportNews) que le Standard reste « votre club de cœur », regrettez vous de l’avoir quitté pour le LOSC aussi jeune ? Pensez-vous que votre carrière aurait été différente si vous aviez débuté en professionnel en Belgique avec les Rouches ?

Le Standard est mon club de cœur en Belgique, mais Lille peut rivaliser puisque c’est là que tout a commencé, ce sont deux clubs à part dans ma carrière. Si le Standard est un club historique, avec un beau palmarès, le LOSC était bien plus renommé au niveau de la formation. À mon époque, les entraîneurs des catégories de jeunes à Liège étaient bénévoles ou cumulaient avec un autre emploi. Alors qu’à mon arrivée à Lille, je suis coaché par Michel Titeca ou Stéphane Adam, qui eux sont d’anciens joueurs professionnels. Les infrastructures de Luchin m’ont également permis de progresser. Je continue de penser que rejoindre Lille était une opportunité à saisir. J’ai fais le bon choix.

 

Avant d’exploser à Lille, Kévin Mirallas, Eden Hazard, ou Divock Origi, d’autres attaquants belges ont comme vous passé la majorité de leur formation dans leurs pays de naissance (respectivement à Liège, Tubize et à Genk). Au début des années 2000, était-ce une stratégie bien établie du coté de Lille, d’aller piocher en post-formation chez les voisins ? Comment se passaient les détections à l’époque ?

La proximité avec la Belgique a dû jouer effectivement, car les scouts pouvaient venir nous rencontrer assez souvent. Pour ma part, j’ai été détecté en 2005-2006 par François Vitali qui venait voir les matchs internationaux chez les jeunes. Puis ensuite, lui ou d’autres représentants lillois venaient me superviser régulièrement en championnat à Liège. A 13/14 ans, ils ne me jugeaient pas assez mature pour quitter le cocon familial, mais ils m’ont fait venir un peu plus tard.
Tout ce temps, mon père me remettait les pieds sur terre, et j’ai continué à jouer pour m’amuser, sans chercher à impressionner les observateurs.

 

Quand on associe la Belgique et le LOSC, on pense forcément à Eden Hazard. Vous avez joué 12 matchs ensemble avec Lille. Eden vous offre d’ailleurs une passe décisive pour votre seul but lillois en L1 (vs Ajaccio en avril 2012). Êtes-vous toujours en contact ?

Oui oui, on s’écrit de temps en temps. Il a pris de mes nouvelles pendant le confinement. Pour la petite histoire, Eden, que je connaissais des U17 belges, m’a donné toutes les informations nécessaires pour que je le rejoigne au LOSC, il est pour beaucoup dans mon arrivée au club. À Luchin, nous mangions régulièrement ensemble après les entraînements, avec Kévin Mirallas également, ils me prêtaient des crampons… l’entraide quoi. Même s’il est désormais dans une autre galaxie, il reste toujours l’Eden que j’ai connu, très humble. Quand j’ai la possibilité d’aller le voir jouer, il m’offre des places et on se voit après la rencontre.

 

Chez les Hazard, le foot est une histoire de famille, et vous avez aussi joué avec Kylian au Cercle Bruges…

Avec Kylian, on se connaît depuis 10 ans. On s’écrit quasiment tous les jours. J’ai fait sa connaissance à Luchin, car il venait souvent voir son frère dans les vestiaires (le frère d’Eden jouait en U19 de 2011 à 2013, NDLR). Je l’ai retrouvé ensuite du coté du Cercle Bruges, c’est là que nous avons vraiment sympathisé. Depuis, il mange régulièrement à la maison, et inversement. Kylian est comme Eden… lui et l’entrainement, ça fait deux. Ce qu’il aime c’est le ballon et les matchs, il ne faut pas lui demander de faire des tours de terrain. C’est un super mec, « no stress », toujours de bonne humeur. Je dirais que c’est de famille. Les frères Hazard sont très bien entourés, bien élevés, et savent rester humbles.

 

« J’étais tout proche de l’équipe nationale Belge en 2014, avant la Coupe du Monde »

 

Nous retrouvons bien trace d’un match en commun avec Eden, sous le maillot des diables rouges U17 (contre les Bleuets génération Lacazette, en février 2008). Puis avec Kévin De Bruyne en U18, puis U19… Après avoir connu toutes ces catégories de jeunes avec les Diables (plus de 20 buts en 50 matchs de U15 à U21)… Que vous a-t-il manqué pour atteindre les A ? Cet objectif est-il toujours envisageable à 28 ans ?

En football, il ne faut jamais dire jamais. Mais je reste lucide, ça parait compliqué à bientôt 29 ans d’intégrer la sélection, surtout au regard des talents offensifs et des jeunes dont ils disposent. Je pense qu’il m’a manqué la régularité et le fait d’enchaîner les buts quand je jouais en Ligue 1. J’étais tout proche des A en 2014, j’ai d’ailleurs reçu quelques pré-convocations lors de mon passage à Bastia. Mais à l’époque Divock Origi était en pleine réussite avec Lille, et c’est lui qui dispute le mondial au Brésil

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RETOUR SUR LA FRANCE

Vous a-t-on déjà parlé du Gianni Bruno Challenge ?

Oui je suis tombé dessus par hasard. C’est un internaute qui a remarqué que j’avais joué dans des clubs aux quatre points cardinaux de France. C’est sympa. J’aurais laissé une petite trace de mon passage…

 

Au-delà de ce challenge géographique, vous souvenez vous avoir affronté le LOSC avec deux maillots différents en seulement 10 jours ? 7 janvier 2015 avec Evian, puis 17 janvier 2015 avec Lorient.

Oui à l’époque ça ne se passait pas très bien avec Evian, je suis alors prêté à Lorient lors du mercato hivernal. C’était particulier de jouer deux fois en si peu de temps face au club de mes débuts. Si je suis plutôt en réussite face à mes anciens ou futurs clubs (il a en effet marqué contre Bastia, Lorient, Bruges et Waregem NDLR),  je n’ai jamais marqué face à Lille.

 

Vous avez côtoyé Djibril Cissé à Bastia en 2014 (8 matchs en commun), que pensez-vous de son souhait de retrouver un club en Ligue 1 ?

Je me souviens qu’il s’était fait opéré de la hanche à l’époque. Djibril c’est un grand compétiteur, si lui sent que son corps peut le suivre et qu’il peut encore apporter à un club, pourquoi pas. En tant qu’attaquant, je confirme qu’atteindre les 100 buts en Ligue 1, ça reste un challenge motivant.

 

En jouant à Bastia, ou à Evian, vous n’étiez pas très loin des frontières de l’Italie, dont on vous prête des origines. Évoluer en Serie A ou Serie B, vous y avez déjà pensé ?

Mes parents sont nés en Italie. C’est vrai que j’y ai déjà réfléchi, c’est dans un coin de ma tête. J’ai d’ailleurs eu quelques contacts avec des clubs italiens avant de signer à Zulte Waregem, mais sans suite. Le fait de parler la langue peut m’aider à m’y intégrer. Actuellement, je suis bien stabilisé en Belgique. Mais d’ici la fin de carrière, découvrir un nouveau championnat, qui plus est dans le pays de mes origines, ça pourrait m’intéresser.

Gianni Bruno sous le maillot du SV Zulte Waregem en octobre 2019 – Photo de Kurt Desplenter by Icon Sport

 

 

LE COVID & LA SUITE

La Belgique, comme la France, fait partie des rares championnats européens à ne pas avoir repris après le COVID. Zulte termine donc 9ème du championnat. Comment avez-vous vécu la période de confinement ?

J’étais confiné avec mon épouse et tout s’est bien passé. J’avais un programme d’entraînement à respecter à la maison de la part du club, et je courais aussi tous les matins. Depuis trois semaines, les entraînements collectifs ont repris en petits groupes, et normalement nous reprenons tous ensemble lundi 22 juin. J’ai hâte d’être le 7 août, date de reprise du championnat. La compétition me manque énormément !

 

Parlons également de Mouscron. Le club était déjà filiale lilloise (de novembre 2011 à mars 2015) lors de votre période chez les dogues. Que pensez-vous du nouveau projet de rachat de ce club par Gérard Lopez ?

Créer un groupe ça n’est jamais facile, ça demande du temps. Le projet est sûrement d’intégrer de nombreux joueurs qui ne se connaissent pas, c’est un risque. Mais si le choix des profils se fait de façon intelligente, et Lille a prouvé son savoir faire en la matière, ça peut être un véritable plus pour Mouscron.

 

Vous disposez actuellement d’un contrat jusqu’en 2022 à Waregem. Que pouvons-nous vous souhaiter ?

Je suis sur une bonne lancée, je regrette d’ailleurs l’arrêt brutal de la Jupiler Pro League, car j’aurais pu inscrire encore plus de buts (9 en championnats et 3 en coupe cette saison NDLR). Il faut que je continue sur cette voie, être décisif le plus souvent possible. Pour le moment, mon objectif est d’atteindre les Play-Off 1, avec mon club de Zulte-Waregem dès la saison prochaine.

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