Rejoignez nous !

Interview

Jean Butez : « Je ne regrette pas mon départ »

Thomas Deleglise

Publié

le

Crédit photo : IconSport

Pur produit de la formation lilloise, Jean Butez a commencé à l’âge de 8 ans au LOSC. Il y a fait toutes ses classes avant de partir en Belgique, bloqué par la concurrence. Aujourd’hui au Royal Excel Mouscron en D1 belge, il est revenu sur ses souvenirs de sa vie lilloise.

A savoir : le championnat belge est suspendu, sa reprise ne se fera pas avant le 31 juillet. Le Royal Excel Mouscron devait prouver cette semaine qu’il était dans les clous financièrement et administrativement. Il est passé devant le CBAS (sorte de DNCG belge) vendredi après-midi, s’est vu valider sa licence pour rester en D1.

Comment es-tu arrivé au LOSC ?

Avant d’arriver au LOSC, j’ai commencé à 5-6 ans dans le club de Merris, un petit village entre Hazebrouck et Bailleul. Au bout de deux ans, le LOSC m’a repéré dans un tournoi de futsal où j’avais été élu meilleur gardien du tournoi. J’ai donc été invité à faire des essais au stade Adolphe Max, devant Grimonprez-Jooris. Dans le même temps, j’ai aussi été repéré en tant que joueur, parce que j’alternais les deux postes. J’ai fait les deux tests et j’ai été pris en tant que gardien, depuis j’y suis toujours resté.

 

Tu aurais préféré être pris en tant que joueur ou en tant que gardien ?

Quand je suis arrivé, on m’a dit que j’avais le choix. J’ai dit que je voulais être joueur, j’ai passé le test et on m’a invité à faire celui de gardien. C’était le jour de l’anniversaire de ma mère et mon coach m’a dit : « Fais plaisir à ta mère, va faire le test de gardien ». Je pense qu’il savait que j’avais plus de chance d’être pris à ce poste-là. J’ai mis les gants et depuis, je ne les ai plus quittés. Finalement, ça m’a bien servi de jouer sur le terrain parce que j’ai dépanné 1 ou 2 matchs en tant que joueur de champ parce qu’il y avait des absents (il rigole). Ça avait été hyper plaisant pour moi et ça m’a beaucoup servi pour mon jeu au pied et ma compréhension du jeu.

 

Racontes-nous, c’était comment le centre de formation ? Quel est ton plus beau souvenir là-bas ?

Je suis arrivé à l’âge de 8 ans à Lille, j’étais en CM1-CM2. Je suis ensuite passé par les sports-études du Collège Lavoisier avant de partir à l’internat au Lycée Jean Perrin où on était 4 en chambre et où j’ai passé de super moments. En terminale, j’ai intégré Luchin et les U19 nationaux, c’était déjà un rêve à ce moment-là d’aller dans un centre de formation aussi neuf avec des infrastructures belles et innovantes. Mes meilleurs souvenirs resteront à Luchin, nous étions 3 en cours avec un professeur, c’était des francs moments de rigolades même si on devait passer le bac à la fin de l’année. (Il obtenu son bac S avec mention assez bien).

Sur une partie footballistique, notre titre de champion U19 nationaux et le fait de participer aux phases finales avec les 3 autres champions nationaux, c’était vraiment sympa même si nous n’avons pas gagné. Après, tous les tournois en jeunes où on partait des week-end entiers à l’autre bout de la France… On était jeune et on se foutait de manger entre les matchs, il y en avait toujours un pour aller à la baraque à frites acheter une saucisse. Les entraîneurs n’appréciaient pas vraiment… Mais on était jeunes et ce sont des chouettes souvenirs. C’est compliqué de ne garder qu’un souvenir, j’ai passé une multitude de bons moments.

 

« On nous a fait comprendre que le football était plus important que l’école »

 

Comment tu arrivais à concilier école et football ?

Être footballeur pro, c’est un rêve, mais on nous rabâche tellement qu’il y en a très peu qui y arrivent qu’on fait toujours attention. A Luchin, on nous a fait comprendre que le foot était plus important que l’école, mais avec mes parents, on a mis un point d’honneur à ce que j’obtienne le bac. Ils m’avaient fait comprendre qu’il me laisserait continuer au centre de formation si j’avais mon diplôme. On était vraiment bien au niveau scolaire, nous étions 3 par classe, comme pour des cours particuliers, avec des professeurs qui venaient des meilleurs établissements du Nord.

Le post-bac posait un peu problème. Pour mon cas, j’ai eu du mal à passer le cap des études supérieures parce que c’est compliqué d’aller à la fac quand tu es chez les pros à cause des horaires de matchs et d’entraînements. Je regrette un peu de ne pas avoir continué, mais j’ai encore le temps d’y réfléchir, ça reste dans un coin de ma tête.

 

Quelle était une journée type au centre d’entraînement ?

On se réveillait vers 7h15, on allait prendre notre petit-déjeuner deux étages plus bas, préparé par les cuisiniers, on était vraiment comme des petits princes. A 8h, nos cours commençaient et nous étions pas souvent en jean… C’était fréquemment t-shirt, basket, jogging, il n’ y avait personne à qui plaire dans la classe… (il rigole). On avait deux heures de cours le matin puis on s’entraînait de dix heures à midi. On déjeunait et on enchaînait avec trois heures de cours. Et on finissait la journée avec deux heures d’entraînements. Le soir, on avait la télé, le billard, le babyfoot… On avait le choix de faire ce qu’on voulait à condition de respecter le « couvre-feu » à 22h30. Nous étions seuls dans nos chambre, c’était un luxe d’avoir sa salle de bain, son toilette et son bureau : tout ce qu’il faut pour être tranquille.

A lire aussi :  LOSC - OL : Présentation

 

Sur le terrain, comment tu définirais tes qualités ?

Je dirais que je suis un gardien moderne, bon au pied et dans l’anticipation pour pouvoir arrêter le plus rapidement des situations adverses. J’aime bien jouer assez haut et être utile pour l’équipe avec mon jeu au pied. Je sais aussi me faire assez grand pour gagner les situations de 1vs1. On va dire que je suis assez complet mais j’ai encore pas mal de domaines dans lesquels je dois travailler comme l’explosivité, je suis grand donc un peu plus lourd et lent.

 

Jean Butez à la lutte pour protéger son ballon – Photo by Icon Sport 

 

Lequel de tes entraîneurs de gardien t’as le plus marqué, t’as le plus appris au LOSC ?

La réponse est assez simple pour moi. Je suis encore en contact avec lui et il vient encore voir mes matchs quand il vient en Belgique : c’est Karim Boukrouh. Il est arrivé en même temps que moi à Luchin, il a été entraîneur des U17, U19 et CFA. Il était à Valenciennes et il m’avait déjà parlé lors d’un match là-bas. Il était content de me retrouver à Lille parce qu’il m’aimait bien. Il m’a fait énormément progresser dans mon jeu au pied, dans mon sens tactique du jeu et il m’a fait prendre confiance en moi et fait prendre conscience de la pleine mesure de ma valeur. J’aimerais beaucoup qu’on refasse de la route ensemble même si la probabilité est très basse.

 

Quels joueurs t’ont le plus impressionné au centre de formation ?

Il y a eu Alexis Araujo, avec un centre de gravité très bas, il arrivait toujours à se faufiler et à rester debout malgré les coups qu’il prenait. Il savait faire de grandes différences mais quand il est arrivé chez les pros ça a été très compliqué pour lui physiquement.

Plus récemment, son éclosion parle pour lui, c’est Martin Terrier. Je ne le connais pas vraiment parce qu’il est 2 ans plus jeune, mais on avait pas mal d’échos sur son talent. Je n’ai pas joué avec lui en jeune mais quand il est arrivé en CFA, on a pu voir sa vitesse, son explosivité et son intérieur du pied qui faisait des misères.

 

« Benjamin Pavard ? Il ne sortait pas du lot, ça restait un joueur assez banal »

 

Quel est le joueur que tu voyais percer mais qui ne l’a pas fait ?

Allan Richard. Il avait un an de moins, a été surclassé donc il jouait avec nous. Il était très fort entre 12 et 17 ans, vraiment au-dessus de lot. Il était impressionnant dans sa vitesse, sa technique, dans sa facilité à éliminer et à marquer. Il n’a pas éclos comme on l’aurait pensé, il a joué dans des niveaux belges de 3e et 4e division.

 

Quel est celui que tu ne voyais pas percer mais qui a percé quand même ?

Benjamin Pavard, tout le monde ne voyait pas son talent. Il ne sortait pas du lot et on en parle parfois avec ceux qui l’ont côtoyé. Il était très simple, très propre et avait des facilités techniques assez intéressantes mais ça restait un joueur assez banal. A première vue, on ne le remarquait pas facilement. Il ne payait pas de mine mais il a eu un déclic, il a su prendre confiance en lui et c’est un exemple à suivre parce qu’il n’a jamais rien lâché. Pas grand monde n’aurait parié sur lui, mais il est aujourd’hui titulaire dans un des meilleurs clubs du monde et il est surtout champion du monde.

 

Comment s’est passée la signature de ton contrat pro ?

J’avais signé un contrat stagiaire quand je suis arrivé à Luchin. A 18 ans, soit on signe pro, soit on n’est pas conservé. Au bout d’un an et demi de contrat stagiaire, mon agent a discuté avec le club qui a pris la décision en janvier 2015 de me signer pour 3 ans et demi. Ça s’est fait avec Jean-Michel Vandamme, directeur sportif de l’époque, mon agent et mon père. C’était un bon moment et ça reste un chouette souvenir. C’était la continuité de tout un travail et une étape de plus dans ma progression.

 

En intégrant le groupe pro pour la première fois en 2013, tu te retrouves avec des joueurs comme Balmont, Mavuba, Kalou, Basa. Ça t’a impressionné ?

Les premières fois oui. J’avais 16 ans, un samedi après-midi, j’étais resté au centre d’entraînement pour un match avec la réserve le soir. Vers 16h30, le maître d’internat vient me voir et me dit « viens, tu dois aller t’entrainer avec les pros », je lui réponds direct : « tu te fous de moi ? » et il me dit : « non, non, tu dois remplacer un blessé. » C’était à l’époque de Rudi Garcia, c’était impressionnant, les premières fois, j’arrivais un peu sur la pointe des pieds parce que j’étais un peu le jeunot qui doit remplacer. Tout doucement, j’ai fait mes preuves. Rudi Garcia aimait mon style, il m’encourageait et me donnait confiance. J’allais de plus en plus dans le groupe pro jusqu’à avoir mon nom dans le vestiaire. C’était un peu bizarre de s’entraîner avec des joueurs qu’on voit à la télé ou au stade et qu’on a supporté en étant jeune. C’était assez simple de se fondre dans un groupe comme celui-là, c’étaient des super gars.

A lire aussi :  LOSC - OL : Présentation

 

Au bout de 2 ans avec les pros, tu commences à te faire une petite place, mais en 2015, Mike Maignan arrive et tu es relégué au poste de 4ème gardien, comment tu l’as vécu ?

C’était assez difficile à vivre parce qu’avec Mike, on est de la même année, et je ne comprenais pas vraiment sa venue à l’époque. Hervé Renard l’avait ramené car il avait eu écho que c’était un bon jeune qui avait besoin de jouer et qu’au PSG, il n’avait pas ce temps de jeu. Je n’en veux pas du tout à Mike parce que c’est un super gars en plus d’être un super gardien. J’ai l’impression que quand tu es un jeune du club qui vient du centre de formation, tu as un peu moins de crédit que quelqu’un qui vient d’ailleurs. J’avais déjà fait quelques bancs avant avec les pros et je n’étais pas loin d’avoir ma chance, quand Mike est arrivé, c’est devenu plus compliqué. Je me suis dit qu’il était l’avenir du club et qu’on ne comptait plus trop sur moi, donc j’ai voulu partir en prêt. En 2016, je suis parti en Belgique pour être prêté dans un club belge mais Lille a refusé parce qu’il me voulait absolument comme 3e gardien. J’ai dû attendre un an avant d’être prêté à Mouscron, ça s’est fait surtout grâce à l’arrivée de Luis Campos. Il a été à mon écoute et m’a donné l’opportunité de pouvoir bouger. Je ne regrette pas ce départ, ça m’a permis de jouer et de prouver que j’avais un bon niveau chez les pros. La division 1 belge est loin d’être ridicule en Europe, donc je pense que j’ai fait le bon choix.

 

« Mon agent a eu quelques contacts avec Anderlecht »

 

Marcelo Bielsa est arrivé l’année où tu es parti définitivement du club. Est-ce qu’il t’avait parlé ?

Non pas du tout. Il avait fait une liste de joueurs qu’ils ne voulaient pas retenir et j’en faisais partie. De toute façon, j’avais déjà envie de quitter le club, j’avais de bons contacts avec Mouscron donc j’y suis retourné. Je n’ai même pas fait mon retour avec le groupe pro du LOSC à la reprise, je ne pense pas que Bielsa aurait accepté de me parler… (il rigole).

 

Après 3 belles années à Mouscron où tu t’es imposé comme titulaire, où se situe ton avenir ?

L’année dernière, j’avais failli partir à Bruges mais le transfert a capoté et cette année je pense que c’est le bon moment pour partir dans un club plus huppé. Mon agent a eu quelques contacts avec Anderlecht mais ce ne sont que des discussions pour l’instant. La période des transferts va être compliquée avec les conditions actuelles.

 

Jean Butez garde les buts à Mouscron – Belga pour Icon Sport

 

Évoluant en Belgique, tu as joué une fois contre Victor Osimhen, c’était lors du derby en février 2019 et tu as gardé ta cage inviolée. Est-ce que tu avais perçu des qualités chez ce joueur ?

Pour être honnête, non. On ne parlait pas de lui comme un attaquant redoutable dans les analyses vidéo. J’avais gagné deux face-à-face contre lui… (rire). Il marquait souvent et il avait des qualités, mais je n’aurais pas imaginé qu’il arrive à ce niveau aujourd’hui. C’est là qu’on voit que la cellule de recrutement lilloise fait un boulot incroyable.

 

Enfin, avec du recul, qu’est-ce que tu penses du nouveau projet du LOSC ?

Les résultats parlent d’eux-mêmes. C’est un projet complètement différent de celui de Michel Seydoux, qui avait fonctionné, mais qui n’a duré qu’un temps. Je pense que ce nouvel élan a fait du bien au club. Les supporters veulent surtout que l’équipe soit performante et qu’elle ait de bons résultats. Je suis fier que le LOSC joue la Ligue des Champions et parfois je passe par Pierre-Mauroy pour aller les voir.

C’est un projet qui fonctionne beaucoup sur le business et moins sur la formation lilloise. Les jeunes issus du centre de formation vont avoir encore plus de mal à monter dans le groupe pro. Je ne sais pas comment ça se passe en interne aujourd’hui, mais j’espère de tout cœur que de bons jeunes puissent sortir du centre.

Cliquez pour commenter

Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Populaires

Le Petit Lillois

GRATUIT
VOIR