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Interview

Finale de Gambardella 2000 : dans les souvenirs des anciens Dogues

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Crédit photo : www.collectionlosc.com

Le 7 mai 2000, peu avant le mythique Calais-Nantes, les couleurs lilloises flottent pour la première fois dans l’antre du tout nouveau Stade de France. Cette année-là, les “dix-sept ans” du LOSC se hissent en finale de la coupe Gambardella, la troisième de l’histoire du club après l’échec de 1955 et la victoire de 1960. Pour Le Petit Lillois, Matt Moussilou, Stéphane Dumont, José Saez, Sébastien Pennacchio et Fréderic Advice dépoussièrent leurs souvenirs de ce parcours mémorable.

 


Le parcours de Lille en coupe Gambardella 1999-2000 :

  • 32e : LOSC – RC Strasbourg (1-0)
  • 16e : LOSC – SC Sedan Ardennes (2-0)
  • 8e : AS Monaco – LOSC (1-0)
  • Quarts : LOSC – PSG (3-1)
  • Demi-finale : LOSC- AS Nancy-Lorraine (2-1)
  • Finale : LOSC – AJ Auxerre (0-1)

 

Quel match vous a le plus marqué dans cette épopée de Gambardella avant la finale ?

Advice : On avait fait deux gros matchs contre Strasbourg et Sedan, mais je me suis vraiment dit qu’il y avait quelque chose à faire lorsqu’on est allés gagner 1-0 à Monaco. On se déplace là-bas, on joue sur la pelouse du Louis-II et on s’impose sur un but de Matt. C’est là que l’aventure a commencé.

Moussilou : C’est vrai, on avait fait le trajet en avion, le club nous avait pris un hôtel… On se prenait pour des pro ! Ce qui est dingue, c’est que je marque le but de la qualification au stade Louis-II alors que je jouais encore dans ma ville du Bourget quelques mois avant.

Pennacchio : Moi je ne me souviens pas de tous les matchs car en tant que première année, je n’étais pas toujours convoqué. Je sais juste que j’étais sur le banc contre Paris en quart.

Dumont : Paris, quel souvenir ce match ! On avait joué à Tourcoing, je m’en souviens bien. Il y avait un monde fou au bord du terrain.

Moussilou : Cette rencontre est importante pour moi car à l’époque, le PSG avait beaucoup insisté pour me recruter, mais j’ai préféré Lille car je savais qu’ils donnaient plus leur chance aux jeunes. Bref, on rencontre Paris en quart de finale, on gagne 3-1, et je mets un doublé. Sacré signe du destin…

 

Cette victoire vous envoie en demi-finale contre Nancy, le match qui peut vous ouvrir les portes du Stade de France…

Advice : Les demi-finales étaient délocalisées en terrain neutre, à Cherbourg. Avant nous, Auxerre jouait la sienne contre Le Havre.

Saez : L’année d’avant, on avait perdu notre demi-finale contre Auxerre justement, la génération des Cissé, Méxès, Mathis… Du coup, on n’avait qu’une chose en tête : passer en finale.

Dumont : Je garde un souvenir particulier de ce match contre Nancy, car on ouvre le score, je marque le deuxième but, et un quart d’heure plus tard je suis expulsé pour une main dans la surface. On gagne 2-1 mais je comprends par la suite que je suis suspendu pour la finale. À 17 ans, quand tu as été titulaire sur l’ensemble de la compétition, c’est très dur à digérer…

Pennacchio : Pour palier cette absence, c’est à moi que le coach a fait appel pour la finale.

Moussilou : Dum’s, c’était notre Laurent Blanc à nous ! Le taulier suspendu pour la finale au Stade de France, comme en 1998… Mais c’était incroyable, cette qualification. Dans le bus du retour, on avait des étoiles plein les yeux. On s’est dépêchés d’appeler tous nos potes en rentrant pour leur dire “Réservez votre 7 mai, on joue la finale !”

 

LA JOIE APRÈS LA VICTOIRE CONTRE LE PSG EN QUART. En haut : Balijon, Bonvoisin, Bourgeois, Advice, Dumont, Pierru, Hamadi, Djamba / En bas : Moussilou, Van de Wiele, Zenguinian, Saez, Debackère, Coque.

 

Quelle était l’ambiance au centre de formation et dans l’effectif à ce moment-là ?

Dumont : C’était vraiment de la bonne camaraderie. Avec cette génération, on se connaissait depuis des années, on avait grandi ensemble et tout le monde s’entendait super bien. Il y avait l’école d’abord, puis on se retrouvait pour le foot en fin d’après-midi.

Saez : La formation de l’époque, c’était assez rustique. Etant d’Halluin, je prenais la navette du club pour aller en cours le matin. Quand le bus arrivait vers Tourcoing-Roubaix, tu avais Cabaye, Coque, Pennacchio qui montaient…

Pennacchio : Oui, le bus de 7h05 à Tourcoing ! On était pas mal à venir de ce coin-là. La formation du LOSC, c’était pas comme aujourd’hui… Le centre était sous les tribunes de Grimonprez, on s’entraînait sur le terrain annexe et parfois sur le terrain rouge du stade Max. Pour la muscu, c’était dans les couloirs ou contre le béton du stade.

Advice : C’étaient des conditions très modestes mais ça nous a forgés. On n’avait pas le confort de maintenant. Nous à l’internat, je crois qu’on était à peine vingt toutes catégories confondues. C’était super familial, on a vraiment noué des liens forts avec le groupe.

Moussilou : L’ambiance était super saine, il n’y a jamais eu d’histoires. Depuis vingt ans, on s’est tous revus au moins une fois et c’était toujours avec plaisir.

Pennacchio : Ce qui est bien, c’est que personne ne te parle par intérêt à cet âge. Les mecs qui t’entourent, ils sont là parce que ce sont tes potes, j’ai d’ailleurs rencontré mes meilleurs amis à ce moment-là. C’est la période de ma vie où j’ai le plus rigolé.

 

Votre entraîneur était Jean-Noël Dusé, gardien emblématique du LOSC devenu éducateur au club. Son épouse l’aidait à gérer la vie du centre de formation. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Pennacchio : Mon souvenir de Jean-Noël Dusé, c’est un grand monsieur costaud avec un trousseau de clé énorme… On avait l’impression qu’il pouvait ouvrir toutes les portes de Lille ! Il vivait avec sa femme dans un petit logement à côté du stade. Je crois qu’ils ont été d’un grand soutien pour les gars de l’internat, notamment la colonie de Parisiens.

Moussilou : Absolument, leur présence et leur affection nous ont beaucoup aidés. C’était notre deuxième famille, ils étaient comme nos parents. Ils ont toujours voulu notre bien-être et nous ont tous pris sous leur aile. Tous les mecs du centre de formation qui ont réussi une carrière dans le foot leur doivent quelque chose.

Advice : Je suis d’accord, Madame Dusé, c’était un peu notre mère à tous. Au foot, son époux était un coach très humain avec des notions de jeu très en avance sur l’époque.

Saez : Ils étaient durs mais passionnés, ils auraient tout fait pour nous faire avancer. Honnêtement des éducateurs comme Monsieur Dusé, on n’en trouve plus beaucoup.

 

Photo retrouvée par Sébastien Pennacchio (t-shirt rouge de face) : des jeunes Dogues aux maillots dépareillés à l’entraînement… Jean-Noël Dusé est le coach.

 

En finale un gros client vous attend : l’AJ Auxerre, détenteur du record de victoires dans la compétition (8 titres dont 1 l’année d’avant), plus grand club formateur français du moment… En tant que petit centre de formation de deuxième division, comment avez-vous abordé cette rencontre ?

Saez : Pour te dire, c’est comme si un club de Ligue 2 rencontrait le PSG aujourd’hui. Ils avaient plein de mecs en équipe de France de jeunes, moi j’y étais aussi donc je les connaissais bien. Méxès était toujours là, c’était la star. Il avait déjà plein de matchs en professionnel, il était même surclassé en Bleu. Ceci dit, je pense qu’on était préparés et qu’on avait le niveau.

Dumont : Moi, je dirais qu’on était quand même le petit de la compétition depuis le début. On était costauds mais on a jamais été favoris, a fortiori en finale.

Advice : Auxerre, c’était un ogre de la formation ! Ils avaient des gars qui jouaient en Ligue 1, et on savait qu’un mec comme Méxès allait nous poser des problèmes.

Moussilou : En y repensant, la clé du match c’était lui contre moi. Moi j’étais l’attaquant du petit club à qui tout souriait, qui avait marqué plein de buts dans les tours d’avant, et lui c’était le patron de la défense d’une très grande équipe. Même quand il jouait avec les pro, il dégageait un grand sang-froid, un calme. J’ai eu beau mettre mes buts en huitième, en quart, on n’était pas dans le même monde, d’ailleurs il m’a surpassé sur la finale. C’est là que je me suis dit que j’avais encore beaucoup de chemin à faire jusqu’au haut niveau.

 

Matt Moussilou : « En marquant ce jour-là, j’aurais pu changer le destin de pas mal de potes… »

 

Cette rencontre, comme depuis quelques temps avec la Gambardella, s’est jouée en lever de rideau de la finale historique de coupe de France entre Calais et Nantes. L’ambiance était bonne ?

Saez : Le public est arrivé au fur et à mesure, mais vers la fin il y avait quand même 20 000, 25 000 personnes. Le Nord était bien représenté cette année-là.

Advice : Et puis les Calaisiens nous ont soutenu à la fin du match, je m’en souviens bien !

Pennacchio : Le plus drôle dans cette histoire c’est que deux ou trois ans après, je signe à Calais. Tous ces joueurs qui ont disputé la finale, qu’on a croisé dans les couloirs du stade, sont devenus mes coéquipiers par la suite.

Moussilou : C’était quand même quelque chose de jouer au Stade de France. Toute ma famille était là, les dirigeants m’avaient appelé pour me dire qu’ils avaient confiance en moi, j’avais la pression.

Advice : Moi qui suis de Sarcelles, ce stade, je l’ai vu se construire. On passait devant en voiture quand j’étais petit. Jouer là deux ans après la victoire en coupe du monde, c’était particulier. C’était notre France-Brésil à nous.

 

Vous prenez un but de Benoît Leroy juste avant la pause… Comment vivez-vous la rencontre ?

Saez : Dans une finale, celui qui marque en premier prend un gros avantage. L’ouverture du score nous a cassé le moral. Pourtant le match était équilibré jusque là, mais Auxerre était quand même la meilleure attaque et la meilleure défense de France dans cette catégorie.

Advice : Ce but de Leroy, je m’en suis voulu. Le latéral déborde côté droit, j’anticipe une passe en retrait mais il opte pour un centre au point de penalty et ça fait but. Le foot c’est une question de choix, ça se joue sur des détails. J’ai mal appréhendé l’action.

Pennacchio : J’entre en jeu dans les dix dernières minutes, on pousse, on essaie de revenir, mais c’était très difficile. On avait quand même le sentiment qu’ils étaient au dessus.

Moussilou : Moi en tant qu’attaquant, je m’en veux aussi. Je ne me suis pas créé d’occasions, je n’ai pas fait la différence contrairement aux autres matchs. En marquant ce jour-là, j’aurais pu changer le destin de pas mal de potes. Certains auraient pu s’appuyer sur une victoire en Gambardella pour lancer leur carrière.

 

Voix du Nord du 8 mai 2000

 

À la fin du match, êtes-vous frustrés d’avoir frôlé la coupe ou fiers de votre épopée ?

Advice : Le premier sentiment, c’est de la frustration. On est déçus, certains sont en larmes. Je me dis qu’il n’y avait pas un si grand écart. À ce moment-là, tu n’as pas de recul. Ensuite tu prends la douche, tu quittes le stade… Le club nous avait offert un séjour à Euro Disney pour nous féliciter, on y passe quelques jours… Et c’est seulement là que tu réalises ce que tu as accompli.

Moussilou : Moi, j’étais très frustré. On avait traversé la France en avion, gagné des matchs très difficiles, dont certains plus durs que celui-ci. Un trophée aurait sûrement entraîné pas mal de contrats pour nous, et au fond, on savait que notre génération s’arrêtait plus ou moins ce jour-là.

Saez : Sur certaines photos au coup de sifflet final, on voit que certains ont quand même le sourire car on venait de faire quelque chose de très grand. En plus, je fêtais mes 18 ans. Après le week-end à Disney, on est rentrés à Lille avec beaucoup de fierté.

Pennacchio : Je crois qu’on était surtout très content d’être tous ensemble, de partager ce moment. C’est dingue mais ce jour-là, on n’avait pas conscience qu’un tel parcours serait si rare au club par la suite.

Dumont : Aujourd’hui, quand on se recroise, on en parle encore beaucoup. On a défendu la ville, le club, ça nous a tous marqués.

 

José Saez : « La formation lilloise de l’époque était largement au-dessus. »

 

Comment expliquez-vous une telle fascination pour la Gambardella en France, du district aux U19 Nationaux ?

Pennacchio : Dans les clubs de village, tu te bats pour gagner les maillots de la Fédé (rires)… En tout cas à notre niveau, c’est presque la seule fois dans la saison où tu es médiatisé. Tu sais qu’en cas de bon parcours, le club se dira qu’il a une belle génération sur laquelle s’appuyer. Le gardien Stéphane Coque et Matt ont eu des convoitises cette saison-là.

Moussilou : Oui, il y a plein de recruteurs français et étrangers qui suivent les matchs. La Gambardella, c’est une sensation très particulière. Le championnat c’est cool, mais la Gambardella c’est notre Ligue des Champions à nous.

Dumont : C’est ça, c’est l’odeur de la coupe. Tu rencontres aussi des équipes que tu n’as pas l’occasion de voir en championnat. Et depuis notre époque, finale rime avec Stade de France… Aller défendre les couleurs de son club en jeunes, c’est fantastique, et ça peut être un beau tremplin.

Advice : Si tu gagnes la Gambardella, tu es la meilleure équipe de France, tu montres à tout le pays que le meilleur centre de formation, c’est le tien !

 

Depuis cette saison 1999-2000, aucune génération du LOSC n’est allée plus loin que les quarts de finale de Gambardella. Que pensez-vous de la formation lilloise d’aujourd’hui ?

Advice : J’en suis assez déçu. On a l’impression que l’idée, c’est de recruter, prêter et revendre dix fois plus cher. C’est comme ça, c’est un choix de la direction qu’il faut respecter, mais je trouve que le club n’est pas assez productif au vu du réservoir que l’on a dans la région. Il faut aussi que les joueurs sortent de leur zone de confort, à l’image de ce qu’on faisait avant. C’est dans ce genre de contexte qu’ils progresseront.

Saez : Quand je croise les anciens, on se dit “Qu’est ce qu’on travaillait, à l’époque !” Le problème, c’est que les jeunes d’aujourd’hui ne doivent plus s’arracher pour passer pro, on leur donne des contrats pour les retenir. De toute façon à Lille, la formation de l’époque était largement au-dessus. Le LOSC ne sort plus personne, je ne peux même pas citer un jeune du moment.

Dumont : J’ai entraîné plusieurs générations à Lille ces dernières années et je dois dire qu’on n’a pas toujours eu ce facteur chance. En 2014, on a un bon groupe, celui de Benjamin Pavard, Alexis Araujo etc, et au tirage au sort on prend Lyon à l’extérieur en quart de finale. C’est dur, mais il y a quand même eu de bonnes équipes au LOSC ces derniers temps. Cela dit je reconnais que c’est moins facile pour les jeunes du cru d’émerger de nos jours.

Moussilou : Après, c’est aussi une histoire de générations. Des fois tu en as une bonne, des fois non, c’est le jeu. Je sais qu’il y a encore de super éducateurs à Lille. Ça reste une grande école de foot mais au vu des résultats récents, c’est vrai qu’ils pourraient faire mieux.

 


 

LA FEUILLE DE MATCH DE LA FINALE 

Lille : COQUE – BOURGEOIS – ADVICE – PIERRU – VAN DE WIELE – SAEZ (c) – ZENGUINIAN (PENNACCHIO, 80′) – DEBACKERE – ESSAKA (HAMADI, 81′) – MOUSSILOU – DJEMBA.

Auxerre : CHABERT (NEVERS, 84′) – MBOCK – LECACHEUR (BERTHE, 77′) – MEXES – RATINET – SURIANO – COCHET (c) – LLOP – GIRARD – SABATIER – LEROY.

But : Benoît LEROY (43′)

 

Voix du Nord du 8 mai 2000

1 commentaire

1 commentaire

  1. Zenguinian

    7 mai 2020 at 12:04

    Beau résumé bien décrit par mes coéquipiers et amis. 20 ans déjà…allez le Losc. Zengui.

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