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Interview

À la découverte de Jo, gardien du Temple et fan des Dogues

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Gérant de quatre établissements sur le parvis du stade Pierre Mauroy (le Village du Panini, le Temple, l’Atelier et le Bar Éphémère Lillois) et grand amoureux du LOSC, Johan Schrynemakers concilie parfaitement travail et passion. Pour le Petit Lillois, il se confie sur cette double-vie si particulière.

 

Que faisais-tu avant de créer Le Village du Panini et le Temple ?
J’ai commencé à bosser très jeune dans des boutiques de sport comme Foot Locker car j’ai arrêté l’école après le lycée. Vers mes 17 ans, on m’a formé dans la famille à faire des pizzas ainsi qu’aux rudiments du commerce. Trois ans plus tard, avec mes parents, nous avons ouvert une pizzeria à emporter sur Mons-en-Baroeul, la Pizza Maria. Je l’ai récupérée  à l’âge de 23 ans pour faire un peu mes armes tout seul, mais j’ai très vite eu envie de partir sur un plus gros projet. Dans les affaires, le plus dur c’est de partir de rien, sans argent ni contact. Mais dès que l’on a la force et l’envie, on peut y arriver.

 

Quelles activités as-tu développé depuis ?
À l’époque, je voulais m’installer autour du Stade Pierre Mauroy, tout juste construit. J’ai ouvert le village du Panini en février 2013, puis la pizzeria a fermé en septembre 2014. J’avais fait le tour. Début 2016, j’ai ouvert le Temple de manière éphémère pour un Lille-Lyon, mais les gens ont tellement adhéré que nous l’avons ouvert définitivement quelques mois plus tard, en mars. Depuis nous avons aussi l’Atelier et le Bar Ephémère Lillois avec ma femme, que nous gérons en évènement. Enfin, on peut nous retrouver sur le marché de Noël de Lille depuis dix ans.

 

Avant d’être le gérant de plusieurs établissements autour du stade, tu es surtout un vrai passionné du LOSC. Comment c’est arrivé ?
Mon père est un grand supporter du LOSC depuis qu’il est petit. Il allait seul au stade Henri-Jooris quand il était jeune, à vélo, et il demandait à des inconnus de lui donner la main pour entrer dans le stade gratuitement. C’était une autre époque, les enfants ne payaient pas leur place. Il m’a donc naturellement transmis sa passion. Mon premier match remonte à la saison 1989-1990, un Lille-Bordeaux. Mon père m’avait dit « Tu verras quand Lille marque, tout le monde saute de joie et s’embrasse… », j’avais hâte de voir ça. Hélas, le match s’est terminé sur un 0-0 bien ennuyeux mais c’est ce jour là que ma passion est née. Je la partage avec mon père encore aujourd’hui. Nous avons une relation père-fils très forte qui tourne beaucoup autour du foot.

 

Arrives-tu à voir les matchs des Dogues lorsque tu travailles ?
Nous avons tous les deux un abonnement. On arrive généralement vers la 20ème minute, quand le coup de feu est passé, et on repart vers la 87ème. Mon équipe et ma femme gèrent les commerces pendant le match. Même si on ne voit pas tout, on a la chance de bosser et voir la rencontre le même soir, on ne va pas se plaindre. Après, ç’a quand même été difficile à certains moments. Par exemple, il y a deux ans, lors de Lille-Guingamp, nous avons quitté le stade à 2-0 et une fois arrivé au Temple, le score était de 2-2. La rage. Il y en a eu pas mal comme ça. Mais aujourd’hui, avec mon père, quand on sort de la tribune Nord pour retourner au Temple, on contourne le stade par la gauche. On a remarqué que ça nous portait plus de chance. Si on le contourne par la droite, on se prend un but. Les fins de matchs du LOSC dépendent de nous (rires).

 

« Aujourd’hui, je ne me vois pas ailleurs qu’au stade. J’ai même déjà refusé plusieurs projets sur Lille »

 

Tu t’es aussi rapproché des DVE, le plus grand groupe de supporters du LOSC… As-tu des liens particuliers avec eux ?
J’étais proche de l’ancien président Fred et de son épouse, avec qui je suis encore en contact. Ce sont des personnes très sympathiques. Fred est quelqu’un de respectueux et humble. Depuis son départ, je n’ai plus trop de liens avec le groupe car beaucoup de jeunes sont arrivés et j’ai moins d’affinités avec eux. Je leur souhaite malgré tout de continuer à bien encourager notre équipe. Il y a encore des DVE qui viennent au Temple mais moins qu’avant. Ceci dit, ça n’enlève rien à l’ambiance festive devant le bar avant ou après la rencontre.

 

Par le passé, as-tu rêvé de tenir la buvette des supporters lillois devant le stade du LOSC ?
Ce n’était pas un rêve, tout est venu par un concours de circonstances. Ma vie est faite de concours de circonstances d’ailleurs, rien n’est calculé à l’avance. On avait déjà remarqué que les Lillois aimaient venir au Village du Panini car ils voyaient que mon père et moi étions de vrais amoureux du LOSC. L’ouverture du Temple était la suite logique car nous n’avions plus assez de place pour recevoir et servir tous les supporters avant le match. Aujourd’hui, je ne me vois pas ailleurs qu’au stade. J’ai même déjà refusé plusieurs projets sur Lille pour rester sur le parvis. Je n’ai pas envie de m’enflammer pour tout perdre derrière.

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Il n’y a pas seulement les matchs du LOSC mais aussi les concerts et d’autres rencontres sportives. C’est autre chose, une clientèle différente ?
A l’Atelier ou au Panini la carte est plus réduite car sur un concert, 100% des gens viennent manger contrairement au mode football où beaucoup mangent chez eux. Du coup on réduit la carte afin de servir encore plus vite les clients. Aussi, quand on ouvre pour le LOSC, certains de nos produits sont un peu moins chers car les supporters lillois viennent au moins 19 fois voir plus au Stade sur la saison, c’est normal dans leur faire des prix plus attractifs.

 

Tu préfères servir un soir de Lille-Marseille ou de concert de Justin Bieber à Pierre Mauroy ?
Lille-Marseille évidemment, et de loin ! De toute façon pendant les concerts je suis rarement au Temple, contrairement aux matchs de foot. Et d’ailleurs, cette année je préférais encore Lille-Paris car il y avait trop de pseudos-Marseillais sur le parvis, c’était bizarre.

 

En 2017, tu crées une bière, “La 96ème”, en hommage au but à la 96ème minute de Manu Bourgaud lors de la dernière journée de Ligue 2, qui permet aux Amiénois de monter à la place de Lens. Comment t’est venue l’idée ?
On a eu ce délire sur ma page Facebook, rien n’était calculé. Dans la foulée, ça commence à buzzer mais tout doucement, du coup on décide de faire cent bouteilles à la vente. On fait des précommandes lors d’un match amical, on en vend quatre-vingts. On se dit tranquille, il en restera vingt à vendre au prochain match. Et là dans la semaine, gros buzz sur la bouteille, des pages commencent à en parler sur internet. Puis ça devient incontrôlable, en faisant mes courses, j’entends qu’on en parle à la radio dans le supermarché. J’ai des demandes d’interview qui arrivent de partout, je refuse tout. Et au moment où ça commence à se calmer, le RC Lens parle de ma bouteille sur Twitter. Il montre carrément la bouteille avec un slogan « à consommer avec modération ». Derrière, le LOSC reprend et écrit « à consommer sans modération », et ça repart de plus belle.

La meilleure sollicitation restera celle de Manu Bourgaud lui même, le joueur d’Amiens. Il était super fier et en voulait pour sa famille. Mais je ne pouvais pas lui en livrer beaucoup tellement j’avais de demandes. Pour me remercier, il m’a invité chez lui. Je me souviens même qu’après son premier match du championnat contre le PSG, Manu Bourgaud est appelé en zone mixte. On lui demande s’il a réellement acheté des bouteilles de 96ème… Pour moi c’était le graal ! Nous avons ensuite déposé le nom afin que ça ne soit pas détourné par méchanceté car nous voulions que ça reste dans la vanne. D’ailleurs, on a arrêté d’en vendre pour ne pas être trop lourds.

 

Le chambrage et les réseaux sociaux te réussissent plutôt bien finalement ?
Oui, la page Facebook du Village du Panini plaisait déjà bien à l’époque. Ensuite avec l’ouverture du Temple, je me suis concentré beaucoup plus sur celle-ci qui regroupe pas mal de supporters lillois. Et ça fait seulement un an et demi que je suis sur Twitter, on est assez suivis pour un bar. En ce moment j’y vais souvent car on y retrouve beaucoup plus de gens proches du LOSC comme Anne-Sophie Roquette ou des gens qui travaillent à la communication du club. Le ton est différent de Facebook, il faut juste s’adapter. Sur Instagram, je publie des contenus plus personnels comme des vidéos de mon fils qui joue au foot.

De base, je suis plutôt chambreur. Avec mes potes, tu avais intérêt à l’être pour répondre à leurs vannes sinon tu étais mort. C’était un bon entraînement en fait. En plus de cela, les Lensois ne sont pas les plus durs à vanner. Ils me facilitent souvent le travail eux-même. Je pense même qu’ils me font même des cadeaux parfois, je les en remercie. Mais plus sérieusement, je crois que tout le monde a compris que c’est de l’humour. Il y a quelques années, on a pris cher aussi.

 

« Une fois, Fernando D’Amico est passé derrière le bar »

 

Hormis Manu Bourgaud, as-tu rencontré d’autres personnes connues grâce au Temple ?
Oui, Grégory Wimbée à l’époque du Village du Panini, ainsi que Sylvain N’Diaye. Greg avait ouvert un Five à Lesquin en même temps que j’ouvrais le Village du Panini, donc on a sorti un panini « Le Five ». Il bossait avec Franck Béria sur ce projet mais celui-ci n’est jamais venu au bar, je ne l’ai rencontré qu’à leur complexe. Depuis le Temple, Fernando D’Amico est venu plusieurs reprises. Une fois, il est carrément passé derrière le bar pour motiver les troupes avant un match important pour le maintien, c’était incroyable. La saison dernière aussi, le dernier match, nous sommes prêts à fermer et là, Fernando arrive avec sa femme. Il tape la bise à tout le monde et ça part en chansons jusque très tard. C’était magique.

 

Il y a aussi eu des moments plus difficiles comme le Lille-Amiens vécu à huis clos après l’envahissement de terrain en 2018. Comment vit-on ça en tant que commerçant dépendant de l’affluence au stade ?
Ç’a été très compliqué à gérer pour nous. Surtout qu’après ça il n’y a eu qu’un match à domicile en cinq semaines. On a eu un gros manque à gagner alors qu’on venait d’investir nos économies dans une maison.
Pour nous, c’est tombé au pire des moments, mais on a l’habitude de ne jamais rien lâcher. Du coup, nous avons quand même diffusé le match avec une tombola, des bières et des croque-monsieurs. Nous étions environ 200 devant le Temple. Le gros lot de la tombola était le maillot porté de Tavlaridis. J’avais réussi à négocier des fûts gratuits pour pallier le manque à gagner. Coca m’avait aussi aidé tout comme mon fournisseur Pomona. Les négociations furent difficiles mais je ne suis pas trop mauvais dans ce domaine heureusement. L’ambiance était plutôt bonne même si Amiens marque sur sa seule occasion.

 

Rebelote en ce moment avec la crise sanitaire et le COVID-19…
Dans le commerce comme dans la vie, il faut apprendre de ce genre d’épreuves. Avec le marché de Noël comme au stade, on a du faire face aux attentats terroristes, aux gilets jaunes, aux grèves… Du coup, ma femme qui gère les comptes a en quelque sorte créé notre propre fond de secours pour ne pas être trop en stress dans ces moments. Par contre, contrairement à ce qu’annonce la région, nous n’avons droit à aucune aide car notre entreprise est bien gérée. Nous vivons donc actuellement sur notre propre fond de secours sans attendre l’aide de qui que ce soit. Il ne faut compter que sur soi-même pour s’en sortir.

 

Pour finir, quel est ton rêve le plus fou en tant que gérant du Temple ?
Le plus fou, et de loin, serait que mon fils joue pour le LOSC au Grand Stade et qu’après les matchs il passe au Temple pour venir y servir des bières avec mon père et moi. À part ça, je n’ai pas vraiment de rêves. Je suis quelqu’un de terre à terre qui sait que la vie n’est pas simple, surtout quand on vient d’en bas.

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