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Ignacio Prieto : un Dogue sûr de lui

Thomas Deleglise

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LOSC-Zenith : 0-0. La météo d’une nuit d’automne et un simple match amical contre une équipe étrangère ont eu raison des supporters du LOSC. Le stade Henri-Jooris est presque vide, le match entre les deux équipes se termine sur un triste 0-0. Personne ne se doutait que ce soir-là, une légende du club allait débuter sa belle aventure lilloise.

1971. Les belles années loscistes sont bien loin. Les Dogues font le yoyo entre la première et la seconde division. L’équipe entraînée par René Gardien est revenue dans l’élite du football français, après deux années en Ligue 2. Mais l’effectif est moyen, les finances du club sont en baisse et le coach lillois peine à trouver une composition digne de ce nom. Les résultats s’en ressentent : 2 victoires, 3 matchs nuls et 8 défaites en 13 journées de championnat.

René Gardien avait décidé de faire confiance au même groupe qui avait remporté le titre de seconde division la saison précédente. Il ajoute quelques jeunes joueurs prometteurs dans le groupe mais aucun ne sort du lot. Le groupe ne semble pas assez complet pour se maintenir en Ligue 1.

Un match test contre le Zenith

Les dirigeants lillois en sont conscients : il manque un vrai meneur au LOSC, sur le terrain et en dehors. Mais il est difficile de trouver ce genre de joueur à moindre prix, compte tenu des difficultés économiques sur la période. René Gardien reçoit 4 joueurs qu’il doit tester lors d’un match amical contre le Zenith de Leningrad : Deux Suédois, un Danois et un Chilien. Lors du match, aucune équipe ne marquera et les joueurs testés n’auront pas réellement convaincus.

Le lendemain, le club en signe tout de même un : le chilien Ignacio Prieto. Les supporters apprennent la nouvelle mais quelque chose cloche. Prieto n’a pas joué une seule minute la veille contre les Russes du Zénith. On apprend que le sud-américain est resté en tribune pendant la rencontre et que C’EST LUI qui avait refusé de jouer. Il avait dit « Je suis international avec soixante-six sélections, je ne fais pas d’essai. » selon Patrick Robert dans La Voix du Nord. Un joueur qui ne doute pas de son talent mais il avait peut-être raison…

 

Intégration difficile

Le palmarès de Prieto parle pour lui. Une soixantaine de sélections internationales, plusieurs fois champion national en Uruguay et au Chili, vainqueur de la Copa Libertadores et de la coupe Intercontinentale avec le National de Montevideo et surtout une participation à une Coupe du Monde en Angleterre en 1966. Pourtant la presse réagit mal à son arrivée, personne ne l’a jamais vu jouer et son réel niveau pose question.

Sa première séance d’entraînement se passe loin des terrains en herbe. C’est dans une salle de basket qu’il va toucher ses premiers ballons dans le Nord de la France. Tout ne se passe pas comme prévu, il est en manque de rythme et rate tout ce qu’il entreprend. Lors du dernier entraînement avant le match contre Nîmes, 2ème du championnat, il récidive et produit une autre prestation de basse qualité. Il n’intégrera pas le groupe cette fois-ci.

L’atmosphère est tendue à Lille. Les Dogues sont mal placés au classement. Prieto accumule les entraînements mais n’a toujours pas convaincu René Gardien qui commence à douter de ses qualités : « Ce n’est pas possible, il n’a jamais joué à haut niveau. Je ne sais même pas à quel poste le placer ! »

Les matchs s’enchainent sans le chilien et les fans lillois commencent à se demander où est passé la recrue sud-américaine. La presse et les supporters se demandent pourquoi avoir pris Prieto à la place d’un des 3 joueurs à l’essai. Le LOSC fait partie des pires défenses du championnat, et l’achat de Prieto, milieu de terrain à la base, fait débat dans la capitale des Flandres.

 

Sa première contre l’ASSE

Sous la pression du grand public, René Gardien veut lancer son joueur, mais il ne sait pas à quel poste. L’enjeu est de taille, le prochain match se joue contre le club historique de l’ASSE.

Le temps est humide, la pelouse est dégradée et le vent souffle énormément. Ce ne sont pas les meilleures conditions pour jouer au football. Il faut mettre les crampons vissés pour limiter les glissades. Et c’est là qu’Ignacio Prieto va faire face à un petit problème technique : ses crampons sont restés à l’hôtel à quelques kilomètres du stade.

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Il faut traverser Lille pour les rechercher et c’est une mission impossible avec la circulation en ville. C’est l’affolement général. Le chilien chausse du 38 et personne n’a cette pointure dans le vestiaire. Les grands moyens sont mis en place : le club appelle une ambulance qui reviendra avec crampons de Prieto seulement 15 minutes avant le match.

Ignacio Prieto fait partie de ces joueurs qui n’ont pas besoins de s’échauffer pour être chaud bouillant et faire un match digne des plus grands. C’est ce qu’il s’est passé. Ce jour-là, Ignacio devient Ignace. Il est un grand artisan de la victoire 2-0 de son équipe, il a complètement éteint le grand attaquant stéphanois Salif Keita (2ème meilleur buteur du championnat), qui représentait le principal danger adverse. Henri-Jooris s’en rappellera, Ignace sort sous les crampes…Et les applaudissements.

 

Un homme de club

Prieto aura marqué le club de son empreinte par son implication dans le club. Devenu capitaine en 72, on pouvait l’apercevoir de temps en temps au bord des terrains des catégories de jeunes. Patrick Robert, président des Anciens du LOSC, se rappelle dans la VDN : « Il est entré dans le moule comme s’il avait toujours joué au club. Il s’impliquait beaucoup. Si son match avec les pros avait lieu le samedi soir, on le voyait le dimanche matin pour encourager les cadets. »

Il s’est même improvisé, pour le temps de quelques semaines, comme recruteur pour la venue d’un joueur uruguayen. Il a convaincu le défenseur Juan Mujica de jouer au LOSC. Encore une preuve de son dévouement au club.

Malgré des rapports difficiles avec le successeur Georges Peyroche, Prieto a connu ses meilleures années avec ce dernier. Peyroche l’a placé en libero et c’est là que le chilien s’est dévoilé comme un excellent défenseur aux yeux de tout le monde et a formé une charnière d’enfer avec Bernard Gardon pendant quelques années.

Ce même coach, voulant faire le grand ménage des cadres de l’effectif, pousse Ignacio vers la sortie. Une sortie par la petite porte…Mais Ignacio Prieto reste et restera une légende du club. Son amour pour le LOSC est éternel. A 76 ans, il revient parfois à Luchin pour admirer la jeunesse lilloise et nous faire part de sa nostalgie.

Crédit photo : LOSC.fr

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