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Interview

Matt Moussilou : « Le LOSC, une grande partie de ma vie »

Tristan Couvreur

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Près de quinze ans après son départ, Matt Moussilou est dans le cœur des Lillois l’un des symboles du LOSC des années 2000. En exclusivité pour le Petit Lillois, le meilleur buteur européen des Dogues s’est confié sur son histoire d’amour avec le club nordiste.

 

Ton histoire avec le LOSC a commencé au centre de formation. Comment se sont passées ces premières années ?

Lille est venu me chercher à l’âge de 15 ans dans mon club de région parisienne. J’avais l’impression de partir au bout du monde mais c’était un bon compromis pour moi. Je n’étais pas trop loin de chez moi et je pouvais me concentrer sur le foot, c’était juste ce qu’il me fallait. Les salariés du centre de formation s’occupaient de nous comme de leurs enfants. Ils ont tenu leur rôle à merveille.

 

Tu y as côtoyé la génération de Stéphane Dumont et José Saez, mais aussi de Franck Ribéry. Quels sont tes souvenirs de cette époque ?

Nous avions un bon groupe, avec une bonne mentalité. Franck nous a quittés rapidement mais je me souviens bien de lui. Sans être très proches, on s’entendait bien. À l’époque, on se chambrait souvent sur les survêtements Lacoste, le niveau des uns et des autres au ping-pong, les petits ponts à l’entraînement… C’était déjà un grand boute-en-train dans l’effectif. Sur le terrain, il était très à l’aise techniquement mais très petit, très frêle. Le club s’est séparé de lui suite à une altercation. Ça nous a fait très mal de le voir faire ses valises et partir avec ses parents.

 

Matt MOUSSILOU – Lille / Benfica – 22.11.2005 – 1er tour Champions League 2005 / 2006 – Photo : Newspix / Icon Sport

 

Après des débuts en professionnel à 19 ans, tu as connu une saison 2003-2004 en demi-teinte, avec peu de matchs les premiers mois puis des buts à la pelle après la trêve. Que s’est-il passé ?

Je n’ai quasiment pas joué de la première partie de saison à cause d’une blessure au dos. Au mois de janvier, l’équipe était mal classée et Claude Puel jouait clairement sa place sur le banc. Lors d’un match à Metz, il décide d’aligner tous les jeunes : Makoun, Bodmer, Dernis, Plestan… Il n’avait plus rien à perdre. Nous gagnons 1-0 avec un but de la recrue Acimovic et tout s’enchaîne pour nous dans la saison. Je crois que le LOSC de Puel est véritablement né ce jour-là, avec des valeurs de combativité et de solidarité qui sont chères aux gens du Nord.

 

“Être le dernier buteur à Grimonprez-Jooris, personne ne pourra me l’enlever !”

 

2003-2004 est aussi synonyme de la dernière saison à Grimonprez-Jooris, une enceinte qui a compté dans l’histoire du club et dans le cœur des supporters. Au mois de mai 2004, tu deviens le dernier buteur de ce stade lors d’une victoire contre Bastia (2-0). Qu’est-ce que cela représente pour toi ?

Le club avait prévu des festivités car c’était le dernier match de la saison. Acimovic ouvre le score et j’inscris le deuxième but dans le temps additionnel. Je n’ai pas réalisé sur le moment que j’allais être le dernier buteur à Grimonprez-Jooris. C’est un stade où les Lillois y ont vécu de grands moments. Quand j’étais chez les jeunes, notre dortoir était là-bas. Le fait que ce soit un gamin du centre de formation qui y marque le dernier but, c’est un très beau symbole. Personne ne pourra me l’enlever.

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Lorsque l’on évoque ton nom aux supporters des Dogues, un match d’avril 2005 revient sur toutes les lèvres : la victoire 8-0 face à Istres, où tu t’illustres en inscrivant 4 buts dont 3 en cinq minutes, le hat-trick le plus rapide de la Ligue 1. Raconte-nous cette performance affolante…

J’avais reçu une mauvaise nouvelle avant le match, une de mes amies était décédée dans des conditions tragiques. Le matin de la rencontre, j’avais le présage que je marquerais en sa mémoire. Avant la vingtième minute, je marque trois buts, et j’en inscris un quatrième en deuxième période. C’était le jour pour gonfler les statistiques (il sourit). Je suis fier d’être encore aujourd’hui l’auteur du triplé le plus rapide de la Ligue 1. Je pense que personne ne le battra. Quinze ans plus tard, mes enfants en parlent à leurs copains dans la cour de récré.

 

 

En 2005-2006, l’éclosion de la recrue Peter Odemwingie t’évince peu à peu des plans de Claude Puel. Comment as-tu vécu ce moment ?

Le coach avait l’habitude de faire énormément de turn-over. Nous jouions la coupe d’Europe, il y avait beaucoup de compétitions, alors on arrivait à se répartir les tâches. Mais après la trêve, le calendrier s’est beaucoup allégé. J’étais moins rigide, moins concentré, et Peter a pris une longueur d’avance. Les choses se passaient aussi moins bien avec Claude Puel. C’est à ce moment que j’ai réfléchi à un départ. Avec le recul, je me dis que j’aurais dû être plus patient.

 

“Je continue à jouer pour ne pas avoir de regrets plus tard…”

 

Tu as ensuite joué à Nice, Saint-Étienne, Marseille, et certains clubs de niveau inférieur en France ou à l’étranger, sans parvenir à afficher les mêmes performances qu’à Lille. Quel regard portes-tu sur ta carrière ?

Quand je croise des amis ou des anciens coéquipiers, tout le monde me dit que j’aurais pu faire mieux. Certains me voyaient même en équipe de France un jour ou l’autre. Je me suis peut-être un peu trop reposé sur mes lauriers, j’en suis conscient. Mais c’est comme ça, c’est mon histoire. J’ai eu une carrière très honorable, qui m’a permis de vivre de grands moments. Je n’ai aucun regret.

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Trois ans après ta dernière expérience au haut niveau avec le club d’Yverdon en Suisse, tu es désormais sorti du sillage professionnel. Où en es-tu avec le football ?

Je suis installé en Suisse depuis cinq ans avec ma famille. Nous vivons à Genève. Je joue toujours au foot, sous les couleurs du FC Meyrin, un club de troisième division. Je veux continuer de jouer tant que c’est possible pour n’avoir aucun regret plus tard. En plus d’être intégré à l’équipe première, qui vise la montée en D2, j’occupe le poste d’entraîneur des attaquants chez les jeunes. Je n’ai pas encore décidé ce que je ferai après ma carrière, mais j’aimerais continuer à transmettre mon vécu. Pas forcément en tant que coach, mais au contact des joueurs. J’aimerais beaucoup créer mon académie de foot en Suisse plus tard.

 

 

De quels coéquipiers gardes-tu le meilleur souvenir ?

J’ai beaucoup aimé jouer avec Makoun et Bodmer. Ils connaissaient par cœur mes qualités, ils savaient me mettre sur orbite. J’ai reçu des sacrés caviars de leur part. En dehors des terrains, je prends beaucoup de plaisir à revoir des anciens. L’invitation du club pour l’anniversaire des 75 ans m’a beaucoup touché. J’aime bien ce genre d’évènements où toutes les générations du LOSC se retrouvent. J’ai croisé quelques visages connus : D’Amico, Cheyrou, Tavlaridis…

 

“Les supporters qui avaient dix ans à l’époque, et qui en ont vingt-cinq aujourd’hui, m’arrêtent souvent dans la rue.”

 

À ton époque, Lille était l’outsider du championnat, aujourd’hui c’est un club installé dans le haut de tableau. Comment juges-tu le LOSC actuel ?

C’est une très bonne équipe, mais je ne pense pas qu’ils gagneraient contre le LOSC de Puel (rires)… Plus sérieusement, je trouve que c’est un très beau projet. Lille commence à devenir un club historique du championnat de France. Je suis content de voir les performances de mon pote Loïc Rémy, que j’ai connu à l’OGC Nice. Il montre toute son importance dans le collectif de Christophe Galtier. J’ai encore le record de buts européens du club (9, ndlr) mais je pense qu’il sera vite battu au vu des joueurs actuels. Je suis encore dans l’histoire du LOSC pour quelques temps…

 


Après le dernier but dans le stade Grimonprez-Jooris en mai 2004, le kop lillois s’embrase en scandant le nom de Moussilou.

 

Que représente le LOSC pour toi quinze ans plus tard ?

C’est mon club de cœur. Je suis fier que les gens en France associent mon nom au LOSC. Je dis souvent que je suis Parisien de naissance, mais Nordiste d’adoption. Lille c’est une grande partie de ma vie. C’est là que je me suis fait en tant que joueur et en tant qu’homme. J’ai énormément d’amis ici. J’ai la chance de faire encore jeune, alors on me reconnaît toujours quand je viens dans la région. Les supporters de vingt-cinq ans, qui en avaient dix à l’époque, m’arrêtent dans la rue. Je me suis rendu compte ces dernières années que notre équipe avait marqué toute une génération de Lillois.

Crédit photo : IconSport

 

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